RÉBELLION : En quoi Karl Marx est-il pour vous un penseur actuel ?
ALAIN DE BENOIST. Le capitalisme est-il actuel ? La question paraît baroque tant la réponse est évidente. Or, l’essentiel de l’œuvre de Marx est une critique serrée du capitalisme, et il se trouve que cette critique me semble pour l’essentiel fondée. Dans ces conditions, il n’y a guère de doute à avoir sur l’« actualité » de Karl Marx. Cela dit, le mot me paraît un peu convenu. Ce qui fait la valeur d’une œuvre théorique, ce n’est pas son « actualité » mais sa pertinence. Quand Nietzsche a fait paraître, à partir de 1873, ses Considérations inactuelles (Unzeitgemäße Betrachtungen), il ne voulait certainement pas dire que son propos n’avait pas de pertinence, mais qu’il en avait au contraire d’autant plus qu’il se voulait résolument « intempestif ». Tout au plus pourrait-on dire que la pensée de Marx reste tout aussi pertinente à notre époque qu’elle a pu l’être de son temps. Certains pensent même d’ailleurs que cette pertinence est plus évidente encore aujourd’hui, car c’est seulement maintenant que l’on peut vérifier certaines de ses intuitions Je pense par exemple à ce que Marx a appelé, au livre III du Capital, la baisse tendancielle du taux de profit.
RÉBELLION : Dans le combat actuel des « patriotes socialistes révolutionnaires » contre la Forme-Capital, quels sont les apports de Marx ?
ALAIN DE BENOIST. Ce qui rend à mon sens Marx incontournable, c’est qu’il a mieux que quiconque mis au jour l’essence même d’un système capitaliste caractérisé par l’illimitation du « toujours plus ». « La tendance à créer le marché mondial est immédiatement donnée dans le concept de capital », écrivait-il en 1857. Comme le Gestell heideggérien, l’expansion planétaire de la Machinerie du Capital correspond à l’accomplissement de la métaphysique dans la configuration historiale du nihilisme.
Pour explorer la dynamique interne du mode de production capitaliste, Marx privilégie deux fils conducteurs : un concept historique, le mode de production, et un concept naturaliste, la nature humaine. Son point de départ est la marchandise, dont la dualité phénoménale s’exprime dans la différence entre la valeur d’usage (la forme naturelle) et la valeur d’échange (la forme valeur), la première étant qualitative, concrète, particulière, tandis que la seconde est quantitative, abstraite, universelle. La valeur d’échange, médiée par cet équivalent général qu’est l’argent, dégage une survaleur qui permet à l’argent de se nourrir de lui-même pour s’autonomiser en se transformant en capital à l’expansion infinie.
RÉBELLION : A l’inverse, quels sont les éléments qui vous semblent désormais à écarter dans sa pensée et chez ses « disciples » ?
ALAIN DE BENOIST. D’abord ce qui a trait à sa description un peu irénique de la future « société sans classes ». Ce n’est pas en lisant Marx que l’on peut se faire une idée exacte de ce à quoi pourrait ressembler une société fondée sur les idées qu’il préconise. Marx, dans son désir de renverser la philosophie de Hegel pour la « remettre sur ses pieds », s’est souvent laissé influencer par les perspectives historicistes de son temps qui, en dernière analyse, relèvent de l’idéologie du progrès. La vérité est qu’il n’y a pas de fatalité historique globale. De même faut-il à mon avis rejeter l’idée que toute l’histoire advenue se résume en une lutte éternelle entre les dominés et les dominants, au terme de laquelle les gentils l’emporteront bien sûr sur les méchants. Marx donne parfois l’impression, à tort ou à raison, qu’il aspire à un état d’équilibre idéal qui équivaudrait à la fin de l’histoire – ce à quoi certains libéraux aspirent également (pensez à Fukayama) mais pour des raisons différentes.
On a reproché beaucoup de choses à Marx. Certains de ces reproches sont justifiés, beaucoup ne le sont pas ou ne le sont qu’en partie. Le déterminisme, l’économisme, le technologisme, le progressisme historiciste, la foi dans l’aboutissement inéluctable de la lutte des classes – nourrissant l’idée fausse que la disparition de la classe exploiteuse suffira à supprimer la domination du Capital –, cela appartient moins à Marx qu’au « marxisme » de la Deuxième Internationale préfiguré par les interprétations biaisées d’Engels puis de Kautsky. Le « marxisme-léninisme » sera le produit de ces falsifications, pour ne rien dire du « matérialisme dialectique », pure invention de Lénine en 1908.
On a souvent présenté Marx comme un progressiste, alors qu’il affirme, dans Le Capital, que « chaque progrès économique est en même temps une calamité sociale ». Ce n’est pas non plus un matérialiste au sens courant du terme, mais bien plutôt un « idéaliste de l’émancipation » – Marx s’intéresse en priorité à la liberté, non à l’égalité – qui, en même temps, en tient pour un monisme ontologique. D’ailleurs, l’une des choses qu’il reproche le plus au capitalisme, c’est de mettre en œuvre une marchandisation de tous les domaines de la vie, qui aboutit au matérialisme !
RÉBELLION : L’auteur du « Capital » a été le premier à montrer l’importance de l’idéologie dans la domination à l’époque moderne. Voyez-vous une actualité à ce concept ? Que proposait Marx pour sortir de ce rapport de soumission fondateur ?
ALAIN DE BENOIST. L’idéologie est un mot piégé. A l’origine, ce terme, créé par le politologue Antoine Destutt de Tracy (mort en 1836), désignait tout simplement une discipline qui se vouerait à l’étude des idées pour elles-mêmes : l’idéologie, c’est le discours sur les idées. A partir de là, la polysémie du terme s’est amplifiée, et l’on a commencé à en donner les définitions les plus contradictoires, les unes à connotation positive, les autres (les plus nombreuses) à connotation négative. Les libéraux ont tendance à faire de l’idéologie le contraire de la science. La droite caractérise souvent les « idéologues » (qu’elle identifie aux intellectuels) comme des gens qui élaborent des constructions abstraites étrangères au réel, sans aucunement se soucier des faits. Maurras les accusait de véhiculer des « nuées ». Pour Marx, l’idéologie n’est pas très éloignée de la fausse conscience (dont elle n’est cependant pas synonyme). Elle désigne l’ensemble des idées, des doctrines et des croyances propres à une époque, à une société ou à une classe. C’est un peu l’esprit du temps, le Zeitgeist. Mais la définition qu’en donne Marx est clairement négative : c’est une illusion qui modèle les esprits sans que les gens s’en rende compte – et cette illusion ne peut être qu’entretenue par ceux qui en tirent profit. Marx ajoute que l’idéologie dominante est toujours celle de la classe dominante. Il y a du vrai dans tout cela, mais je pense que l’idéologie, que je ne situe pas nécessairement dans une perspective négative, peut aussi être comprise autrement. Il vaut donc mieux l’éviter.
RÉBELLION : L’aliénation est pour Marx le cœur de l’exploitation capitaliste. Pensez-vous que sa conception de ce phénomène est toujours valable ?
ALAIN DE BENOIST. Marx constate – et c’est également là l’un de ses grands mérites – que le mode de production capitaliste transforme, non seulement les rapports sociaux, mais la nature même de l’être humain en le rendant progressivement étranger à lui-même. On comprend ainsi que le capitalisme, loin d’être un simple système économique, est un phénomène beaucoup plus global, qui implique toute une anthropologie, voire toute une conception du monde. Ceconstat est à la base des idées de Marx sur la notion-clé d’aliénation (Entfremdung). Ce qui est aliéné, c’est l’être naturel générique de l’homme (qu’il ne faut pas interpréter comme une abstraction universalisante). L’homme devient étranger à lui-même quand il est immergé dans un rapport social où se trouvent dénaturés à la fois le travail qu’il effectue, le langage qu’il utilise et la signification même de son existence. L’aliénation n’est pas à comprendre en relation avec une origine déchue, mais en rapport avec les possibilités ontologiques et anthropologiques de l’homme. Elle est tout autre chose que la simple exploitation, puisque l’exploiteur est tout aussi aliéné que celui qu’il exploite. On pourrait dire que la pensée de Marx, c’est l’articulation et la fusion de la théorie de l’aliénation et de la théorie de la valeur.
Une autre manière de penser l’aliénation est de le faire par le détour de la réification ou chosification (verdinglichung) qui caractérise l’homme aliéné contemporain. Marx montre qu’au sein du système capitaliste, les rapports entre les hommes prennent de plus en plus la forme des rapports que nous avons aux objets et que les objets ont entre eux. Finalement, tout est traité comme marchandise. Cette notion de réification a surtout été explorée, après Marx, par le jeune Georg Lukács. Vous connaissez sans doute les antiques croyances selon lesquelles l’humanité est passée de l’époque des dieux à l’époque des héros, puis de l’époque des héros à celle des hommes. Je serais tenté de dire qu’avec la réification, nous passons de l’époque des hommes à celle des choses.
RÉBELLION : Le rôle du travail productif est régulièrement remis en cause comme un des outils de la domination capitaliste. Comment libérer et redonner son sens au travail ?
ALAIN DE BENOIST. Vaste question. Faut-il, quand on se réclame de Marx, chercher à « libérer le travail » ou à « se libérer du travail ». Ce sont évidemment deux choses très différentes. Dans l’histoire du mouvement ouvrier, c’est la première acception qui a le plus généralement été retenue. Mais les théoriciens du mouvement néomarxiste de la Théorie critique de la valeur (Robert Kurz, Moishe Postone, etc.) pensent au contraire que c’est le travail lui-même qui doit être remis en question. Cette réinterprétation radicale est très séduisante, mais elle soulève de nombreux problèmes théoriques que je n’ai pas la place d’examiner ici.
Pour Marx, la grande caractéristique du capitalisme est de transformer le travail vivant en travail mort. Le travail vivant représente le travail réellement accompli dans le processus de production, qui détermine généralement la valeur d’usage, tandis que le travail mort se réfère au travail cristallisé dans les matières premières, les machines et les autres moyens de production, ce qui le relie à la valeur d’échange. L’idée de « redonner du sens » au travail est séduisante elle aussi, mais de quel sens parle-t-on ? Il est sûr aussi qu’il y a dans l’apologie du travail plus que des traces de mortification. « Qui ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas », disait déjà saint Paul (2 Thes. 3, 10). En théologie chrétienne, la condamnation au travail est l’une des conséquences de la faute originelle. Notons aussi que, dans le monde actuel, le mot « travail » est de moins en moins employé, et que l’on parle plutôt d’« emploi ». Autrefois on avait un travail, aujourd’hui on a un emploi. Il faut réfléchir à ce que cela signifie. Ce qui est le plus sûr, c’est que le salariat est le processus par lequel le travailleur se dépossède de sa puissance de travail et du produit de son travail pour les transférer à la valeur. Comme l’écrit Jean Vioulac, « l’avènement du marché mondial n’est rien d’autre que la soumission de tous les hommes, de tous les peuples et de la nature tout entière au Capital et […] à la logique de l’autovalorisation de la valeur (l’argent se produisant lui-même) par la logique spéculative de la subsomption du travail ».
RÉBELLION : Dans ce numéro, vous abordons le parcours de Louis Althusser. Comment jugez-vous aujourd’hui son œuvre et celle de ses disciples ? Le « marxisme universitaire » a-t-il stérilisé pour vous la radicalité révolutionnaire de Marx pour la rendre compatible avec les plans de carrière des mandarins de l’enseignement supérieur ?
ALAIN DE BENOIST. Althusser a essayé de repenser le marxisme dans une perspective voisine du structuralisme, en affirmant qu’il n’y a pas de sujet de l’histoire (« l’histoire est un processus sans sujet »), ce qui a évidemment scandalisé les marxistes « orthodoxes ». Il a par ailleurs exercé, à l’École Normale supérieure, une certaine influence sur des étudiants qui, après Mai 68, se dirigeront vers le maoïsme, ce qui lui a valu la réputation assez imméritée d’être « prochinois ». Ses travaux sur Machiavel et Spinoza ne manquent pas d’intérêt, mais sa thèse selon laquelle il existerait une « coupure épistémologue » entre le jeune Marx des Manuscrits de 1844, encore attaché à l’idée d’une loi générale de l’histoire, et le Marx de la maturité du Capital, qui serait le seul à avoir tenu un discours véritablement « scientifique », est à mes yeux intenable. Quand on distingue, comme cela est courant, deux périodes de l’existence chez tel ou tel auteur, on voit bien les différences, mais les éléments de continuité existent aussi. La « coupure épistémologique » d’Althusser est très artificielle. Quant à son « matérialisme aléatoire », comme Jacques Rancière me paraît l’avoir démontré dans sa Leçon d’Althusser (1974), il n’a débouché sur rien.
RÉBELLION : Quels sont les écoles et les auteurs « marxistes » qu’il vous semble pertinent de lire et pourquoi ? Le Français Denis Collin, comme les philosophes italiens Costanzo Preve et Diego Fusaro, proposent une relecture particulière de Marx. Comment définir cette démarche de rupture dans la continuité de l’héritage révolutionnaire ?
ALAIN DE BENOIST. Michel Henry définissait à juste titre le marxisme comme la somme des contresens que l’on n’a cessé de faire sur Marx. C’est assez bien vu, même s’il y a des exceptions, parmi lesquelles figure justement Michel Henry dont le Marx en deux volumes a fait date lors de sa publication en 1976. J’y ajouterai volontiers Denis Collin, ainsi que mon ami Costanzo Preve, dont les travaux, menés dans une belle indépendance d’esprit, ont renouvelé l’étude de Marx. Cela dit, je ne vois pas trop l’utilité de distribuer les bons et les mauvais points, tant il y a eu de « marxismes » et tant la plupart d’entre eux sont dépourvus d’intérêt.
L’œuvre de Marx est un monument qu’on a le plus grand mal à cerner, et dont il est difficile de parler quand on veut se tenir éloigné des éloges inconditionnels comme des critiques inconséquentes. C’est d’abord une œuvre quantitativement énorme (dont l’édition scientifique n’est même pas encore terminée) et difficile d’accès. C’est ensuite moins une œuvre achevée qu’un chantier toujours en construction. Enfin, comme l’écrivait Costanzo Preve, « la pensée de Marx ne fait pas partie de l’histoire du marxisme ». Elle doit donc être étudiée indépendamment des événements qui s’en sont suivis ou des théories qu’on a prétendu en tirer, puisque nous ne saurons jamais ce que Marx en aurait pensé. Il faut adopter, en somme, une approche « marxienne » et non « marxiste ».
RÉBELLION : Votre nom est journalistiquement associé à la notion de « gramscisme de droite ». Depuis les années 1970, quelle est l’évolution de votre rapport avec le penseur communiste italien ? Que vous inspirent sa vision de l’hégémonie culturelle et du rôle qu’il donne à la figure de l’« intellectuel organique » ? Pensez-vous que dans l’émergence d’un nouveau courant révolutionnaire populaire et patriotique ces deux concepts sont appelés à jouer un rôle crucial ?
ALAIN DE BENOIST. Je crois toujours au rôle des idées, car toute action qui ne renvoie pas à des idées n’est qu’un navire sans gouvernail. Le problème tient au fait que ces idées ne sont pas toujours perçues clairement. L’imaginaire symbolique est aujourd’hui un imaginaire de la marchandise, mais on voit bien que cet imaginaire est en train de s’épuiser. Il appelle d’autres idées, d’autres mythes et d’autres mythèmes.
J’ai été le premier à parler de la théorie gramscienne selon laquelle le pouvoir culturel préconditionne le pouvoir politique. Elle est aujourd’hui reprise un peu partout, avec un demi-siècle de retard, par des politiciens qui n’ont toujours pas lu une ligne de Gramsci, mais qui ont fini par en entendre parler. Je lisais encore récemment, dans une gazette quelconque, un entretien avec l’actuel ministre de l’Intérieur, où celui-ci déclarait : « Je suis gramscien. La politique, c’est le combat des idées. Pour gagner dans les urnes, il faut gagner dans les esprits ». Après quoi il ajoutait que « la droite est en train d’emporter cette bataille », oubliant seulement que la bataille en question n’a jamais eu lieu… On oublie, du même coup, que Gramsci n’est pas seulement quelqu’un qui a beaucoup parlé du « pouvoir culturel » et des « intellectuels organiques », mais qu’il a été aussi l’un des fondateurs du parti communiste italien et que son apport à la pensée marxiste n’a pas été négligeable, comme en témoignent ses textes parus dans L’Ordine nuovo, puis dans les Cahiers de prison. Sa conception historiciste de la vérité, par exemple, l’a amené à développer une très intéressante critique du matérialisme vulgaire (ou du « matérialisme métaphysique ») soutenu par Engels et Plekhanov, mais aussi d’un déterminisme économiste aveugle aux circonstances.
RÉBELLION : L’œuvre de Rousseau, comme celle de Marx, a subi de nombreux contresens chez leurs commentateurs. Dans un récent essai, « Un autre Rousseau », paru aux éditions Fayard, vous donnez une vision d’un Rousseau qui nous séduit particulièrement. En quoi est-il un philosophe antimoderne pour vous ?
ALAIN DE BENOIST. Jean-Jacques Rousseau et Karl Marx ont en commun d’avoir été tous deux discrédités, soit par des critiques ad hominem, soit par des arguments anachroniques (Rousseau « père de la Terreur », Marx « annonciateur du Goulag »), soit par des formules toutes faites régulièrement sorties de leur contexte. Ils sont l’un et l’autre célèbres, mais on les a rarement vraiment lus. Rousseau est incontestablement un moderne (il n’a pas de sympathie pour l’Ancien Régime), mais c’est un moderne antimoderne, qui critique la modernité de l’intérieur. En même temps qu’il défend avec force la souveraineté populaire, il critique aussi l’idéologie du progrès, dénonce les valeurs marchandes portées par l’économisme moderne, récuse l’universalisme politique, proclame le primat du politique, etc. La grande erreur est de voir en lui un philosophe des Lumières, ainsi qu’on le fait souvent, alors qu’il est fondamentalement un adversaire des Lumières. C’est ce que j’ai voulu montrer dans mon livre.
RÉBELLION : Rousseau avait-il une vision communautaire de la société avant l’heure ?
ALAIN DE BENOIST. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’adhérait pas à l’idée d’une « société générale du genre humain » ! Cela dit, on ne peut dire qu’il a clairement pensé l’opposition entre la communauté et la société à la façon d’un Ferdinand Tönnies (Gemeinschaft und Gesellschaft, 1887). Il a en revanche mis constamment l’accent sur la notion de commun qui, selon lui, est d’autant plus vivace qu’elle est partagée par une communauté politiquement homogène. Chez Marx, l’être commun (Gemeinwesen) n’est que l’autre nom de la communauté, et il est révélateur que Tönnies, dont je viens de parler, ait pu écrire dans la préface de son livre que « Marx était un penseur qui a essayé de donner forme à la même idée que j’ai voulu exprimer moi-même avec ma propre conceptualisation ».
Un autre point très remarquable est que Rousseau a été le premier à conceptualiser la notion d’aliénation. C’est l’idée qu’il exprime dès les premières pages du Contrat social : « L’homme est né libre, et partout il est dans les fers. Tel se croit le maître des autres, qui ne laisse pas d’être plus esclave qu’eux ». La première phrase est la plus souvent citée, mais la plus significative est la seconde. Rousseau ne se borne pas en effet à dénoncer ceux qui exercent une domination sociale, il affirme d’entrée que ceux-ci sont tout autant « esclaves » que ceux qu’ils asservissent. C’est ce qui fait tout l’intérêt et l’originalité de son propos.
Source : Rébellion
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