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LFI et RN : vainqueurs du premier round municipal ?

LFI et RN : vainqueurs du premier round municipal ?

Comme souvent à chaque premier tour d’élections municipales, chaque parti affirme qu’il a gagné, même si le premier parti de France demeure l’abstention (42 %). Ce 15 mars, certains ont pourtant gagné plus que d’autres, malgré l’archipellisation manifeste du pays.

Il y a désormais trois France. Celle des cités, dont la population est massivement issue de l’immigration. Elle vote peu, mais quand elle se rend aux urnes, c’est pour plébisciter la France insoumise, tel à Saint-Denis (93). Puis, celle des campagnes et des zones péri-urbaines, où les Français de souche tiennent le Rassemblement national pour ultime recours. La troisième, enfin, bourgeoise, celle des grandes villes, fief des représentants du bloc central, côté gauche et côté droit, où LFI fait figure d’indispensable force d’appoint pour le premier, et parfois de repoussoir pour le second.

Nous voilà donc dans un système tripartite : extrême gauche, extrême droite et extrême centre ; précisons que le vocable « d’extrême », qui ne signifie pas grand-chose, est ici utilisé à dessein. Même si le scrutin municipal est moins politisé – dans nombre de petites et moyennes communes, les listes en présence, généralement sans étiquette, ne sont souvent mues que par les seuls intérêts locaux –, il n’empêche que ce premier tour est lui, bel et bien politique.

Rapports de force et éventuelles alliances…

À gauche, la force la plus offensive demeure LFI, qui détient les clefs du second tour dans nombre de grandes villes, mettant ainsi ses « alliés » socialistes et écologistes sous pression. C’est le cas de Lyon, Grenoble, Marseille ou Rennes ; liste évidemment non-exhaustive.

À droite, c’est évidemment le RN qui se retrouve en position d’arbitre vis-à-vis de LR et de ses épigones macronistes. Après, se pose la question d’éventuelles alliances.

À gauche, c’est déjà quasiment fait, même si socialistes et écologistes jurent leurs grands dieux qu’il n’y aura pas d’alliance nationale avec le diable mélenchoniste. Quoique Manuel Bompard, l’un de ses bras droits, évoque un « front antifasciste » sur base de « fusions techniques ». Une sorte de soutien sans participation, donc.

À droite, c’est déjà plus complexe. Déjà parce que la fameuse « union des droites » a été mise en œuvre avec le ralliement d’Éric Ciotti et de son UDR. Certes, cela n’empêche pas Jordan Bardella de « tendre la main aux listes de droite sincères, aux listes indépendantes, et à tous ceux qui refusent à la fois le désordre de l’extrême gauche et le macronisme. » Un service minimum, en quelque sorte. Mais qui, ne devrait guère aller plus loin, tel que noté par Alexis Brézet dans Le Figaro du lendemain : « La droite ne franchira pas le Rubicon qui la sépare du RN, parce que Marine Le Pen a par avance dit non à tout accord, et que son unité n’y survivrait pas. » C’est judicieux de se souvenir que de Jean-Marie à Marine et de Marine à Jordan, l’objectif de ce mouvement fondé en 1972 a toujours consisté à sauver la France et non point la droite. Soit la ligne populiste qui a jusque-là fait son succès : tous ses maires ont été reconduits dès le premier tour, ce qui n’a rien d’anodin. Bref, quand on est arrivé au sommet, ce n’est pas pour faire du saut à l’élastique sans élastique.

Un avant-goût de 2027…

De l’autre côté de la barricade, le vote révolutionnaire de LFI, déjà évoqué en ces colonnes, se poursuit tout en s’affinant : imposer des accords aux écologistes et aux socialistes, histoire de rappeler que cette formation est maintenant incontournable, ou maintien de leur candidature, quitte à faire passer un maire LR ou RN, espérant ramasser la mise ensuite en jouant sur la rue, la fureur et le bruit.

Rappelons que ce premier tour des élections municipales, délicat à commenter tant qu’on ne connaît pas les résultats du second, préfigure néanmoins ce à quoi pourrait bien ressembler le match de la présidentielle de l’année prochaine. Soit un duel au sommet entre les deux partis connaissant la meilleure dynamique. Un scénario d’autant plus plausible que les candidatures issues du bloc central sont parties pour se multiplier. Ce qui mettrait le ticket d’entrée pour la finale aux alentours des 10 %. Et ce score, seul Jean-Luc Mélenchon a les troupes et l’électorat nécessaires pour l’atteindre.

Après, il convient de ne jamais oublier que si le « système » gouverne souvent mal, il se défend généralement très bien. Si Édouard Philippe sauve sa peau au Havre, il peut prétendre à entrer dans la course en position de force, voir même à accéder au second tour. Et ce serait là une toute autre configuration. Nous en saurons plus la semaine prochaine.

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