ÉLÉMENTS. Philippe Herlin a parlé d’« étatisme de connivence » dans son intervention au Xe Forum de la dissidence, le samedi 16 novembre 2024. La formule est suggestive. À quoi renvoie-t-elle ? Assisterait-on à la formation d’une élite parasitaire, non productive, vivant de la captation de l’État plutôt que de la création de richesse ?
JEAN-YVES LE GALLOU : L’étatisme de connivence est le parfait symétrique du capitalisme de connivence.
De quoi s’agit -il ? Différents organismes se font la courte échelle pour augmenter leur part de pouvoir et d’argent public : et les plus actifs ne sont pas les administrations centrales mais les agences (il y en a 700), les organismes de formation, les associations, les syndicats et les entreprises bénéficiant de marchés captifs.
ÉLÉMENTS. Philippe Herlin parle de dépenses privées obligatoires, de quoi s’agit-il ?
JEAN-YVES LE GALLOU : L’État n’est pas seulement un principe ni une abstraction, c’est une réalité sociologique concrète qui contrôle 60% du PIB : 56% de prélèvements obligatoires publics (impôts + endettement) sans oublier de l’ordre de 3% à 5% de « dépenses privées obligatoires » telles qu’elles sont imposées par des règlements de plus en plus contraignants aux entreprises (normes, documents uniques par exemple) ou aux particuliers (diagnostics pour les logements, travaux de mise en conformité, DPE), etc. C’est l’un des exemples de « l’étatisme/capitalisme de connivence », des forces privées et des lobbys se créent des marchés captifs. Le surcoût de l’électricité dû au financement à perte des énergies intermittentes devrait aussi figurer parmi les dépenses privées obligatoires.
ÉLÉMENTS. Peut-on parler, au sens fort, d’un parasitisme généralisé de l’État contemporain comme un mode de fonctionnement structurel ? Consanguinité idéologique ? Endogamie sociale ? Reproduction du même par le même ?
JEAN-YVES LE GALLOU : Il faut faire une sociologie de l’État – ou plutôt de ses démembrements tous au service de logiques et d’intérêts particuliers : il y a l’État social, l’État mutualiste, l’État logeur, l’État associatif, l’État local, l’État judiciaire, l’État éducatif. A chaque fois il y a des intérêts particuliers, des réseaux d’intérêts, ou des réseaux philosophiques ou idéologiques.
ÉLÉMENTS. Impossible de ne pas songer à Vilfredo Pareto…
JEAN-YVES LE GALLOU : Les travaux de Vilfredo Pareto restent pertinents pour comprendre comment tout cela fonctionne. Il y a ce que le sociologue italien appelle les « dérivations » c’est-à-dire les justifications morales (accueillir les migrants, réinsérer des délinquants, lutter contre l’exclusion). Et puis il y a les « résidus » d’intérêts : toute une bureaucratie semi-publique et associative qui prospère là-dessus. C’est confortable d’avoir des idées de luxe (celles de SOS Racisme) et cela permet souvent – regardez Julien Dray – d’avoir des montres de luxe.
ÉLÉMENTS. Guillaume Travers oppose l’État impersonnel, l’État organique, et l’État civilisation, comment situez-vous l’État français aujourd’hui.
JEAN-YVES LE GALLOU : Évidemment du côté de l’État impersonnel rompant avec toutes ses racines organiques. Mais pire encore peut-être, un État démantelé au profit de nouvelles féodalités. Les « nouvelles féodalités » : un concept développé dans les années 1970 par le club de l’Horloge et qui garde tout son sens. L’État providence est géré par des syndicats dont le pouvoir est inversement proportionnel à la faible représentativité. La terrifiante question de l’immigration est gérée par des juges sous la pression et à la remorque des associations humanitaristes. Le monde du logement social et des mutuelles est contrôlé par la Franc-maçonnerie, en particulier le Grand Orient de France. L’éducation nationale a été détruite par les syndicats d’enseignants et la secte des pédagomanes. Tout ce petit monde accapare (ou contrôle) la répartition de 50% de la richesse produite. Aujourd’hui l’Europe est l’homme malade du monde et la France l’homme malade de l’Europe.
ÉLÉMENTS. Comment jugez-vous la décentralisation ?
JEAN-YVES LE GALLOU : La décentralisation a été un leurre. Pire : une recentralisation hypocrite et coûteuse. L’idée d’origine était de rapprocher la décision du citoyen. La réalité est tout autre : les régions se sont substituées aux départements, les intercommunalités aux communes. Avec deux conséquences : un étatisme de connivence, on se subventionne les uns les autres et la montée en puissance des technocraties locales qui se sont accaparés le pouvoir à coup de novlangue managériale : au lieu d’un bon sens enraciné ce n’est plus que transition énergétique et bilan carbone, lutte contre l’exclusion et diversité, résilience et gouvernance.
ÉLÉMENTS. On sait combien vous êtes attaché à la notion d’anarcho-tyrannie, que vous avez contribué à faire connaître. En quoi consiste-t-elle ? L’État est-il encore un outil au service de la société ou bien une machine devenue folle qui se retourne contre la société qu’elle est censée protéger ?
JEAN-YVES LE GALLOU : Hier l’Etat a fait la France ? Aujourd’hui il la défait. Eric Werner a raison de dire que « l’État fait la guerre a sa propre population », c’est l’élément clé de l’anarcho-tyrannie. Vous en voulez une présentation ? Voilà celle qu’en donne l’IA de Polémia
« L’anarcho-tyrannie, concept forgé par Samuel T. Francis dans les années 1990, décrit un régime où l’État combine un laxisme envers les délinquants et une répression excessive des citoyens respectueux des lois. Ce paradoxe, peu connu en France jusqu’à récemment, illustre un dysfonctionnement étatique profond : l’État néglige ses fonctions légitimes, comme la protection des citoyens, tout en imposant des lois ou des mesures oppressives sans justification valable. […] Ce régime se manifeste par des exemples concrets : un propriétaire victime de squat doit attendre des années pour récupérer son bien, mais s’il agit seul, la justice le sanctionne rapidement. De même, un citoyen agressé peine à obtenir l’aide des forces de l’ordre, mais s’il se défend, il est souvent jugé pour riposte disproportionnée. L’État tolère les violences dans certaines banlieues tout en verbalisant systématiquement des automobilistes pour des infractions mineures.
Structurellement, l’anarcho-tyrannie reflète une inversion des priorités étatiques, où l’ordre sert le désordre. […] Pour contrer ce phénomène, il faut exiger un retour à un État qui protège ses citoyens et applique la loi uniformément, sans discrimination positive ou laxisme ciblé. Cela implique de rétablir la légitimité de la légitime défense, de sanctionner effectivement la délinquance, et de cesser la répression des libertés d’expression ou d’action des Européens de souche ».
ÉLÉMENTS. Qu’est-ce que l’IA de Polémia ?
JEAN-YVES LE GALLOU : C’est une intelligence artificielle qui puise dans un corpus de 30 000 textes issus de sites alternatifs (Polémia, l’ILIADE, Éléments mais aussi l’observatoire de l’immigration et de la démographie, Vangard et bien d’autres) et qui a aussi accès à une bibliothèque de livres de référence. A chaque question, l’IA de Polémia apporte deux réponses : un résumé (entre 150 et 500 mots) et une liste de textes à consulter. Fini les biais politiquement corrects !
ÉLÉMENTS. Comment avoir accès à l’IA de Polémia ?
Ainsi : https://ia.polemia.com/
C’est pour le moment une V1. En fonction des fonds que nous pourrons lever ensuite nous développerons une V2 avec davantage des sources et des synthèses plus longues. C’est le début d’une aventure.




