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Les Talibans

Les talibans, prochains maîtres de l’Afghanistan: encore une défaite américaine…

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La reconquête de l’Afghanistan se poursuit encore plus rapidement que prévu, avec la chute des villes de Kundus, Sar-e-Pul et Taloquan. C’est donc le nord-est du pays, carrefour stratégique entre Kaboul et le Tadjikistan, désormais aux mains des talibans.

Les armées étrangères, américaines principalement, même si censées quitter le territoire, le 31 août prochain, ont pourtant tenté d’aider l’armée gouvernementale en bombardant massivement ces trois villes, tuant à peu près autant de civils que de talibans, suscitant ainsi des vocations chez les survivants.

Interrogé par Radio France International, le général Vincent Desportes constate : « On voit bien que ce moral joue pour beaucoup, parce que l’armée afghane est théoriquement bien mieux formée que les talibans, qui ne sont jamais que des guérilleros avec des kalaknichovs. […] Posez-vous la question : les Américains étaient bien plus forts que les Vietnamiens et ils ont perdu ! Et ils étaient bien plus forts que les talibans. »

Comme si les USA n’avaient rien retenu de leurs échecs passés, au Vietnam ou en Somalie, conflits perdus où ils tenaient leurs ennemis pour envahisseurs, alors que ces derniers jouaient à domicile ; ce qui, à propos du moral plus haut évoqué, donne un sacré avantage.

En effet, même si politiquement et religieusement formés au Pakistan, les talibans sont avant tout des Afghans de l’ethnie majoritaire pachtoune et ne débarquent donc pas dans un pays tiers. Pour la majorité silencieuse locale, le véritable envahisseur n’est donc pas ce taliban pachtoune, musulman certes un peu rigoriste, mais pas plus que les tadjiks du commandant Massoud, naguère idole de nos médias… mais l’étranger occidental. Première erreur.

La seconde découle évidemment de la politique erratique de Washington vis-à-vis de cette région du monde. Traumatisés par les attentats du 11 septembre 2001, ils pointent aussitôt l’Afghanistan du doigt, alors que les terroristes incriminés sont majoritairement des Saoudiens, censés par ailleurs être les meilleurs alliés orientaux des USA. Alors, pourquoi envahir l’Afghanistan, là où les empires anglais et soviétiques se sont déjà cassés les dents ?

Pour tenter de justifier cette guerre de vingt ans, aujourd’hui conclue par une cruelle humiliation, le président Joe Biden tente de se justifier : « Nous sommes allés en Afghanistan à cause d’une effroyable attaque qui a eu lieu il y a vingt ans. […] L’objectif était clair et la cause était juste. » Certes, sans doute, au départ, l’objectif était clair et la cause juste : s’emparer mort ou vif de Ben Laden, détruire les bases d’Al-Qaïda en Afghanistan. Après, l’objectif est-il resté clair et la cause juste ? On peut en douter. Comme on peut se poser la même question au sujet de l’entrée en guerre des USA contre l’Irak, en 2003, sachant que la responsabilité des Irakiens dans l’attaque des Twin Towers relève de la plaisanterie cynique. Dans cette affaire comme dans tant d’autres, la Maison-Blanche paye une fois de plus son impéritie en matière de politique étrangère, semant partout le chaos, tout en exportant la vision à la fois angélique et mâtinée de cynisme qu’elle se fait du monde.

La troisième erreur consiste évidemment en la manière qu’ont les USA de conduire leurs guerres : mépris des populations, de leurs us et coutumes, bombardements systématiques dès qu’ils sentent la vie de leurs soldats menacée. Puis, l’ancestral besoin de s’appuyer sur les personnalités politiques les plus corrompues – le président fantoche Hamid Karzai au premier chef – qu’ils estiment ainsi être les plus manipulables. Sans oublier l’emploi de milices improvisées, armées et entraînées par la CIA, obligeant, à chaque bévue meurtrière, les indécis à rallier les insurgés.

Il peut arriver que l’on ne retienne rien de ses échecs. Mais à ce point-là, voilà qui commence bigrement à ressembler à une marque de fabrique chez « l’ami » américain.

Source : Boulevard Voltaire

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