Les Rogations

Dans le rituel chrétien, la fête des Rogations a lieu dans la cinquième semaine après Pâques. Elle couvre le dimanche des Rogations, ainsi que les trois jours suivants (du lundi au mercredi), qui précèdent l'Ascension.
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Dans les campagnes, on avait autrefois l’habitude, pendant cette période, de faire des actions de grâces afin de remercier le Seigneur d’avoir béni les récoltes. Une autre coutume marginale, attestée surtout en Angleterre, consistait à vérifier la délimitation des frontières paroissiales.

            Ces traditions ont leur origine dans le paganisme. Elles furent christianisées au Ve siècle, dans les circonstances suivantes. En 470, alors que sévissait la peste et que plusieurs tremblements de terre venaient de se produire, Mamertus, évêque de Vienne, ordonna que des litanies fussent récitées au cours de processions solennelles qui auraient lieu pendant les trois jours précédant l’Ascension. Cette décision fut accueillie avec enthousiasme, car elle recoupait l’ancien usage païen, resté vivace dans les campagnes. Un demi-siècle plus tard, en 511, le premier concile d’Orléans décidait d’étendre à l’ensemble de la Gaule l’usage des Rogations. La tradition gagna ensuite le reste de l’Europe. Au VIIIe siècle, elle se répandit en Grande-Bretagne, où, dans les comtés du Nord, cette période des Rogations (Rogationtide) porte encore aujourd’hui le nom de Ganging Days ou Gang Days, de l’angl.-sax. gangen, « aller, marcher » (cf. angl. to go, all. gehen) – car c’est alors que se déroulent les processions.

            Après la Réforme, les coutumes des Rogations furent supprimées dans certains des pays gagnés au protestantisme. En Angleterre, toutefois, le clergé élizabéthain reçut des instructions pour faire droit au vœu des populations locales. Dans un ouvrage daté de 1652, The Country Parson, George Herbert explique que cette décision est d’au­tant plus justifiée qu’à l’occasion des Rogations, une « déambulation collective » (perambulation), menée par le clergé, permet aux habitants des villages de vérifier que, d’une année à l’autre, les frontières entre les diverses propriétés dépendant de la paroisse n’ont pas été déplacées – et que les contrats ont été respectés. Cette déambulation juridico-frontalière a donné lieu, jusqu’au siècle dernier, à de nombreu­ses traditions de « marquage ». Aujourd’hui encore, à Leicester, une cérémonie quasi officielle, dite bound-beating, se déroule une fois tous les trois ans. Elle a lieu le jour de l’Ascension, en présence des notables de la ville – et du doyen de la cathédra­le, qui prononce la formule consacrée : « Cursed is he who removeth his neighbour’s land mark ! » (« Maudit soit celui qui déplace les bornes de son voisin ! »). Cette cérémonie est attestée pour la première fois en 1555. On en possède une description détaillée pour 1687, sous le règne de Jacques II. Des usages comparables existent à Oxford, Lichfield et Brixham, dans le Kent, Cullercoats, dans le Northumberland, North Shields, Mudeford…

Extrait du livre Les Traditions d’Europe d’Alain de Benoist

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