Nuit tragique à Saint-Pierre-des-Corps, bourgade, qui fut paisible dans un lointain passé, des environs de Tours, dans la nuit du dimanche au lundi 21 septembre. Comme d’habitude, un rodéo urbain et nocturne, qui empêche les voisins de dormir. Comme d’habitude, encore, la police, appelée sur les lieux du désordre tente d’intervenir. Inutile de préciser que les voyous incriminés ne se laissent pas appréhender : ils prennent la fuite, poursuivis par les forces de l’ordre. Dans le tumulte, un motard, roulant sans casque percute une voiture de police. Blessé à la jambe, ses jours sont pourtant loin d’être en danger. Et comme d’habitude, comme toujours, ce sont les policiers qui sont sommés de s’expliquer. L’un d’eux passe la nuit en garde à vue avant d’être relâché au matin. Il est considéré comme « témoin assisté » ; c’est-à-dire la dernière étape avant la mise en examen. Qu’il y ait encore des Français pour vouloir s’engager dans la maréchaussée tient désormais du miracle.
Dans l’intervalle, le quartier est mis à sac, comme d’habitude, une fois de plus. Neuf policiers blessés, plusieurs voitures incendiées, celles des riverains, tel qu’il se doit, lesquels ne sont sûrement pas fatigués d’être milliardaires.
Le mythe des « violences policières »…
Dans la foulée, et ce sans surprise, une écrasante partie des médias entonne l’air des « violences policières », ritournelle bien connue. Ce faisant, ces confrères se donnant pour seule vigie des « valeurs de la république » (sans oublier la trouille existentielle de perdre leur boulot, des fois qu’ils se mettraient à penser hors des clous), négligent deux menus détails.
Le premier, c’est que, pour reprendre l’expression consacrée, les forces de l’ordre détiennent le monopole de la seule violence légitime qui soit : celle de l’État. Et on ne saurait mettre sur le même plan la parole d’un policier assermenté et celle d’un voyou. Bien sûr, tout cela peut évidemment se discuter, la violence exercée contre les Gilets jaunes paraissait bien excessive, eut égard à des manifestations parfaitement tranquilles, avant que les Black Bloc ne viennent y semer le chaos. Mais là, ces mêmes médias ne se sont guère inquiétés de ces violences-là, de ces yeux crevés, de ses mains arrachées. Ils devaient avoir piscine.
Le second, c’est que la vocation de voyou comporte aussi les risques inhérents à toute profession. Tels les couvreurs susceptibles de tomber des toits ou les marins de mourir en mer, les voyous sont eux-aussi soumis aux risques de leur métier. Se prendre une balle quand on force un barrage routier, avoir un accident de la route lorsque poursuivi par les voitures des pandores, ou décéder des suites d’une arrestation mouvementée quand le suspect n’est pas très bien portant, tel Adama Traoré.
En ce sens, le comité éponyme persistant à le défendre contre toute évidence est ici parfaitement dans son rôle. Tout comme les Insoumis tentant de tirer un bénéfice politique de la non-affaire de Saint-Pierre-des-Corps ; une jambe cassée, ce n’est pas tout à fait ce qu’a subi George Floyd, victime emblématique des violences policières de la police américaine, bien réelles, celles-là.
Mathilde Panot et Thomas Portes, les incontournables…
Ainsi, pour l’inénarrable Mathilde Panot, nos policiers ne seraient que des « cowboys » perpétrant leurs méfaits grâce à un fantasmatique « permis de tuer ». Mieux, elle affirme : « Quand on voit des policiers aller délibérément heurter une moto, comme ils l’ont fait, on comprend qu’il faut rénover la police de la cave au grenier. » Magnifique. Elle décrit la scène comme si elle y était ; sauf qu’elle n’y était pas, l’enquête venant tout juste de commencer. Mieux : « Ce qui se passe est extrêmement grave. Il faut sortir du déni, il faut retrouver une police avec une déontologie qui est un service public au service des habitants et de la population de ce pays. Pas le contraire. Pas des cowboys qui sont autorisés à faire tout et n’importe quoi, ce qu’on vient de voir une fois encore. »
Telle est l’actuelle vulgate mélenchoniste. L’innocent, c’est le voyou, alors que le flic est suspect par principe et coupable par nature. Même son de cloche chez son comparse Thomas Portes, qui poste ce message sur X (1) : « Le fameux “accident” à Saint-Pierre-des-Corps. Ce n’est pas un accident. Une fois de plus une voiture de police a tamponné un jeune homme à moto. Des méthodes d’interventions qui tuent. »
Alors oui, que ces gens jouent leur partition, rien que de plus normal. En revanche, que les pouvoirs publics, humiliant leurs agents, que des médias dominants (mais qui le sont de moins en moins), se moquent de leurs derniers lecteurs et auditeurs, se joignent au chœur des pleureuses, à de quoi laisser pantois.
Mais peut-être ne veulent-ils pas officialiser cet état de fait qu’une proportion grandissante de Français constate, de manière plus ou moins confuse, voulant que la France soit désormais « archipellisée », pour reprendre l’expression du sociologue et sondeur Jérôme Fourquet. Les cités de Saint-Pierre-des-Corps, à l’instar de toutes celles, disséminées sur le territoire national, vivent depuis longtemps selon leurs propres codes, leurs propres lois. Et pour eux, la police n’est jamais qu’une bande rivale empiétant sur leur territoire. Nous sommes loin de « l’universalisme républicain », cette gigantesque tarte à la crème brandie, tel un totem, par des générations de journalistes, de politiques, de spécialistes et autres olibrius. Bienvenue dans le monde réel, en d’autres mots.
(1) – Étrange. Nous avions cru comprendre que tous les démocrates vigilants ne communiquaient plus sur le réseau social d’Elon Musk, « connard de suprémaciste », pour reprendre les mots de l’irremplaçable Sandrine Rousseau, en parfaite roue libre lors de la dernière Fête de L’Humanité.



