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Les frissons du thriller italien

Le giallo n’en finit plus de fasciner les cinéphiles d’aujourd’hui. Avec son Étude en jaune, Frédéric Pizzoferrato dresse un panorama complet des maîtres du thriller d’angoisse européen.
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Il a souvent été question de « giallo » en ces colonnes. Pour rappel, le « giallo », dans la langue de Dante, « jaune » dans celle de Molière, est l’équivalent transalpin de notre Série noire. Soit un polar le plus souvent urbain qui, une fois transposé sur grand écran, fit les belles heures du cinéma populaire européen.

Après, il y a eu plusieurs sortes de « gialli » en Italie. Certains calqués sur Les Diaboliques (1955), d’Henri-Georges Clouzeau ; soit le « giallo » de machination, conjugale généralement, sur fond de captation d’héritage, tel qu’il se doit. Voilà pour les influences françaises, auxquelles il faut encore ajouter celles venues d’Allemagne, le « krimi », pour ses ambiances glauques, et le « whodunit » anglais, façon Agatha Christie : sur une dizaine de suspects, il ne peut y avoir qu’un unique coupable, découvert à la fin du film, juste avant le début du générique.

Mais le génie italien, celui du précurseur Mario Bava, avec La Fille qui en savait trop (1963) et surtout, l’année suivante, Six Femmes pour l’assassin, fut d’avoir inventé une nouvelle déclinaison du genre : assassin masqué aux mains gantées de noir, maniant l’arme blanche pour occire de jeunes femmes dévêtues, déambulant dans des couloirs sans fin. Ce n’est pas pour rien que Martin Scorsese, grand amateur du genre, évoquait… « les films de couloirs ». Quitte à être pointilleux, il faut encore ajouter une autre déclinaison du « giallo », plus « gothique » et britannique, directement inspirée par les films de la Hammer, auguste firme qui redonna vie, au début des années soixante du siècle dernier, à des figures telles que le comte Dracula et le baron Frankenstein, respectivement incarnée pour l’éternité par les défunts Christopher Lee et Peter Cushing. Bref, quand le surnaturel s’invite dans le quotidien.

Pour encore mieux définir et classifier tout cela, il aurait au moins fallu un livre. Voilà qui est désormais chose faite avec ce très encyclopédique ouvrage en forme de dictionnaire : Une Étude en jaune, giallos et thrillers européens, signée du très aguerri journaliste Frédéric Pizzoferrato. Là, les amateurs du genre seront plus que comblés : près de 400 pages richement illustrées et permettant, au néophyte comme au spécialiste, de parcourir l’ensemble du sujet jusque dans ses moindres méandres. Ainsi, après le nécessaire historique du giallo, sont détaillées par le menu les carrières des principaux maîtres : Mario Bava, Dario Argento, Lucio Fulci, Sergio Martino et Umberto Lenzi. Puis, c’est toute la filmographie du genre qui se trouve ici répertoriée, des œuvres les plus fameuses aux moins réussies – près de 400 films chroniqués, excusez du peu –, avec parfois des jugements un peu sévères ; mais qui aime bien châtie bien, dirons-nous.

Ensuite, s’il a longtemps été reproché, non sans raison, au cinéma populaire italien, d’avoir souvent plagié son homologue américain, sont ici listés tous ces films hollywoodiens qui, sans le génie novateur de ces artisans d’exception n’auraient jamais vu le jour, du remarquable Pulsions (1980) de Brian de Palma, aux excellents Yeux de Laura Mars (1978) d’Irwin Kershner, par ailleurs réalisateur de L’Empire contre-attaque (1980), le meilleur volet de la saga Star Wars : soit une injustice enfin réparée.

Pour la petite histoire franco-française, le « giallo » aura même essaimé en nos contrées, juste retour des Diaboliques plus haut évoqués, avec, pour le haut de gamme, Peur sur la ville (1975) d’Henri Verneuil, avec notre Belmondo national et, pour le bas du panier, Le Couteau sous la gorge (1986), de Claude Mulot, dans lequel l’assassin, au risque d’en gâcher le final, n’est autre qu’Alexandre Sterling, alias Matthieu, le petit ami de Sophie Marceau dans La Boum, film tourné six ans plus tôt par Claude Pinoteau ! Un livre d’exception pour un genre cinématographique exceptionnel. À mettre en les mains de tous les amateurs éclairés, et même dans celles qui ne demandent qu’à l’être.

Une étude en jaune : giallos et thrillers européens
de Frédéric Pizzoferrato (Artus livre
)

Source : Boulevard Voltaire

L’Appel de la chair et La Dame rouge tua sept fois, d’Emilio Miraglia

Histoire de mettre tous ces écrits en images, les nobles artisans d’Artus films viennent de rééditer deux films jusqu’ici introuvables et signés du trop rare Emilio Miraglia.

L’Appel de la chair, le premier, tourne autour du naturalisme et du surnaturel, avec ce lord anglais tentant d’oublier la mort de sa chère épouse en se livrant à des jeux plus que sadomasochistes ; les Anglais sont ainsi faits, semble-t-il. Pourtant, de tels amusements peuvent mener plus que loin, sachant que Thanatos n’est jamais très loin d’Eros. Pour redevenir normal – cesser d’être anglais ? – notre aristocrate convole donc à nouveau en justes noces ; ce qui, pourtant, n’arrange rien. Des visions cauchemardesques hantent ses nuits, tandis que sa nouvelle épouse, étrange réplique physique de la précédente, ne lui mène pas non plus la vie facile. Ce d’autant plus que la défunte revient lui ruiner l’existence. Pourquoi ? Et surtout, au profit de qui ? Mystère. Le temps de le savoir, on aura eu tout loisir d’admirer l’accorte plastique de Marina Malfatti et l’énigmatique visage de la sublime Erika Blanc. Un film à découvrir. Le second, La Dame rouge tua sept fois, participe du même registre gothique italo-britannique. Là encore, une possible machination sur fond d’ancestrale malédiction familiale. Si l’on se rince encore l’œil avec la belle Marina Malfatti, Barbara Bouchet, starlette d’alors, arrive en prime. Et ce n’est pas du cake aux olives, dirons-nous. Hormis ces considérations érotico-artistiques, demeure une solide histoire filmée de main de maître, avec tant de rebondissements que certains spectateurs peu attentifs y perdront éventuellement leur latin. Mais, diantre, que tout cela est-il bien filmé ! Chaque plan est un tableau à lui seul, tandis qu’Emilio Miraglia joue de sa caméra comme un peintre de sa palette. C’est beau. C’est sublime. C’est italien. Et c’est surtout à ne pas manquer !

L’Appel de la chair
(La notte che Evelyn uscì dalla tomba)
Réalisateur : Emilio Miraglia
Italie (1971)


La Dame rouge tua sept fois
(La dama rossa uccide sette volte)
Réalisateur : Emilio Miraglia
Italie (1972)

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