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Emmanuel Macron élection 2017

Les dés sont jetés – Tous président ! J moins 100

Le premier tour de la présidentielle approche à grands pas sans qu’aucun candidat ne se détache véritablement, sinon un sortant qui a mis la France sous anesthésie générale. Patience et longueur de temps. Une présidentielle ne démarre vraiment dans l’opinion qu’en février. Si les dés sont jetés, les jeux sont loin d’être faits…
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L’année s’achève, une nouvelle fois, bouleversée par la Covid-19, venue mettre à mal la précampagne électorale du scrutin phare de notre pays.  Dans une relative indifférence, près d’un Français sur deux ne s’intéressant pas encore à la présidentielle, les protagonistes se sont déjà mis en place ; profitons-en donc pour faire un petit tour d’horizon des prétendants à la magistrature suprême.

À gauche, le chaos règne. De fait, la gauche non macronienne apparaît plus que jamais divisée et semble réduite à se partager des miettes. Hidalgo, Montebourg, et désormais Taubira, sont les derniers avatars d’une gauche sociale-démocrate vermoulue qui s’avère aujourd’hui inaudible au-delà du boulevard périphérique parisien et des médias publics ou subventionnés. Même réunis, ces candidats risquent une humiliation encore plus grande que celle subie par Benoît Hamon en 2017. Mme Hidalgo, la plus lucide, l’a bien compris et tente maintenant par tous moyens de se retirer de la course, tout en feignant de ne pas le faire…

Mélenchon rame, Jadot patine

Yannick Jadot, dans une moindre mesure, est lui aussi confronté à de grandes difficultés. Vainqueur à la Pyrrhus d’une primaire étriquée, sa candidature se trouve gauchisée par la frange la plus radicale de son mouvement, sectaire, et peu attractive pour le grand public. Chez EELV, on parle beaucoup sapins, vélos et foie gras, ce qui ne risque pas de rameuter des bataillons d’électeurs pour une présidentielle. EELV est et reste avant tout un parti local, adepte des marottes de ses électeurs, souvent urbains et plutôt aisés ; il est inintelligible pour le Français moyen.

Jean-Luc Mélenchon est moins en verve cette année. Il plafonne depuis longtemps dans les sondages et a mal géré son après-2017. En effet, depuis son impressionnante performance aux dernières présidentielles, la France insoumise a marqué le pas dans tous les scrutins intermédiaires. Elle n’a brillé dans le débat public que par les excès de son gourou, qui a multiplié les « maladresses », entre son mémorable coup de gueule face lors de la perquisition houleuse au siège de LFI (« je suis la République »), sa participation à une manifestation coorganisée par les Frères musulmans et ses sympathies envers les mouvements indigénistes et autres groupuscules qui aspirent à la destruction de notre pays. Le gourou grisonnant apparaît aujourd’hui dépassé, courant après les gauchistes pour montrer qu’il est dans le « coup » comme en témoigne sa proposition d’inscrire dans la Constitution la liberté de choisir son genre. Son idole, Mitterrand, savait faire des gauchistes ses pantins. La vieillesse est un naufrage.

Macron et la deuxième gauche

La guerre d’ego à gauche rend plus qu’improbable la tenue d’une primaire commune envisagée par certains.  Partant, ce sont les personnes et pas les projets, nul ne travaillant sérieusement depuis bien longtemps, qui créent ces oppositions. La question centrale, éludée par ces différents prétendants, demeure la même : pourquoi les Français, notamment ceux ayant une sensibilité de gauche, voteraient-ils pour l’un de ces candidats plutôt que pour Emmanuel Macron ? Nous l’avons déjà écrit, mais répétons-le : au-delà des discours, ces gens-là proposent les mêmes mesures et appliqueraient, comme par le passé, les mêmes politiques, celles de la deuxième gauche, rocardienne et deloriste. Pourquoi donc ne pas conserver M. Macron, dont on sait déjà ce qu’il vaut, pour le meilleur et pour le pire ? Le vote utile à gauche, et les Français l’ont bien compris, face à une droite assez forte, c’est le vote Macron.

Aucun candidat de la gauche non macronienne n’a réussi à persuader les Français qu’il ferait mieux que Macron, et aucun ne sera donc au second tour. L’enjeu pour cette gauche sera donc la gestion de l’après 2022, avec la possible disparition du PS, qui pourrait connaître le sort du parti radical au début de la Ve République, et, la succession Mélenchon pour la France insoumise, succession qui paraît compliquée, tant le gourou s’est échiné à excommunier tous ceux qui étaient susceptibles de s’opposer à lui.

Le trublion Zemmour

À droite, la confusion prévaut également. Éric Zemmour s’est invité dans la course et perturbe le schéma attendu depuis plusieurs années : la (nouvelle) victoire de Macron face à Le Pen au second tour. Sa présence abaisse mécaniquement le seuil d’accès au second tour de la présidentielle et rebat les cartes, lui offrant l’opportunité d’un face-à-face avec le chef de l’État, ou l’offrant au candidat LR…

Éric Zemmour parvient aujourd’hui à capter une partie des suffrages de la droite LR « filloniste » des personnes âgées, et, à la marge, des classes populaires. Il a le mérite de mettre sur la table deux grandes questions proscrites ou oubliées par la totalité des acteurs politiques : le Grand Remplacement du peuple français par un peuple étranger, et la nécessaire assimilation des immigrés d’ores et déjà présents sur le sol national. La mise en exergue de ces problématiques fondamentales, dédaignées par la droite et niées par la gauche, lui assure un socle non négligeable et explique sa percée dans les sondages.  

Dramatisant l’enjeu de cette élection et n’ayant de cesse d’évoquer la mort prochaine de notre pays, il appelle à un retour de la dimension tragique du politique et invoque les mânes des aïeux, inscrivant son discours dans une veine historique et la nostalgie d’un âge d’or révolu. Car c’est bien cela qu’est le zemmourisme, pour l’heure, une nostalgie. Peut-il être plus, un projet politique positif et concret ? C’est le défi de Zemmour à Zemmour. En outre, une telle ligne, un brin anxiogène et radicale, à la hauteur des maux dont souffre notre pays, pourrait-elle réunir une majorité de Français ? L’antienne de Zemmour est qu’il fait l’union de différents électorats, de ceux qu’ils appellent les classes populaires et la bourgeoisie patriote, et, ainsi, mieux que la candidate du RN, face à Macron. Pourtant, pour le moment, il fait moins bien que Marine Le Pen dans toutes les études d’opinion. Un important travail reste à faire.

Marine Le Pen face aux retraités

Marine Le Pen, quant à elle, poursuit sa route. Fragilisée par ses récentes déconvenues électorales, elle sera favorisée par ce scrutin, dernier auquel les Français participent massivement. Échaudée par la déculottée de 2017, elle tente depuis lors de lisser son discours, multipliant les renoncements, tant sur l’euro que sur l’Union européenne. Dotée d’une base populaire solide, elle conserve ses chances d’accéder au second tour, mais au-delà… Marcel Gauchet, dans son dernier ouvrage, Macron, Les leçons d’un échec, explique parfaitement le plafond de verre auquel le candidat du RN reste confronté. Apparaissant comme incompétente et insuffisamment entourée, elle ressemble fort à une « aventure », et dans notre pays vieillissant, peu enclin au risque, on goûte assez peu les aventures et on craint pour ses avoirs, même maigres. Les vieux ne font pas la révolution. En 2017, 75 % des plus de 60 ans ont voté pour Macron, contre elle. Sans cet électorat, clé de voûte du scrutin, elle n’a pas la moindre chance.

Entre Zemmour et Le Pen, tout se jouera début 2022. Celui qui apparaîtra comme le mieux à même de battre Macron bénéficiera du vote « utile », qui devrait lui permettre d’accéder au second tour.

Néanmoins, une petite alternative semble poindre à « droite ». Valérie Pécresse, candidate désignée par les adhérents LR profite elle aussi d’une base électorale, plus friable, mais suffisamment importante pour dépasser les 10 %. Celle-ci tente de renouer avec les vieilles recettes du temps de Sarkozy, en affichant une posture étatiste, hostile à l’islam et conservatrice. Sa sincérité semble toutefois discutable, son parcours personnel et la référence constante à Chirac étant de bons indicateurs… Y croira qui voudra bien y croire… Elle pourrait, sur un malentendu, se glisser devant Zemmour et le RN, qui se neutraliseraient.

Un président par défaut ?

Enfin, le président Macron, à la stature renforcée par une crise sanitaire qu’il exploite à fond, malgré une politique erratique et assez médiocre, jouit de la prime légitimiste du sortant. La mise sous cloche du pays pendant de long mois, ainsi que l’efficace matraquage des Gilets jaunes ont su lui conférer, particulièrement auprès des électeurs âgés, l’image d’un homme d’ordre. Il bénéficie par ailleurs de l’absence d’alternative réputée crédible, tant à gauche, qu’à droite. En définitive, Emmanuel Macron risque fort d’être réélu par défaut et de demeurer impopulaire pendant un deuxième quinquennat, entravé par des mouvements contestataires.

D’aucuns s’étonneront de cette prédiction, notamment au regard de récentes études qui montrent l’inquiétude du Grand Remplacement chez deux Français sur trois. Cela étant, il ne faut pas négliger l’inertie et le désintérêt croissant des Français pour ces consultations électorales qui ne changent rien à leur quotidien. En 2017 déjà, un Français sur trois n’avait pas voulu choisir entre Macron et Le Pen (entre l’abstention, le vote blanc et les nuls). On en vient à penser à cette fable de la grenouille plongée dans l’eau chauffant progressivement… Les Français se réveilleront-ils un jour pour s’extirper de cette nasse ? Lentement mais sûrement, l’eau bout… Le pire n’est jamais certain.

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