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L'empire du bien ou l'empire du moindre mal ?

L’empire du bien ou l’empire du moindre mal ?

Travaillant au cœur de la matrice, dans ce « milieu culturel » terre bénie du wokisme « diversitaire », Jean Montalte, auditeur de l’Institut Iliade (promotion Léonidas), nous décrypte les us et coutumes des adeptes de cette nouvelle religion qui n'est « tolérante » qu'envers ceux qui la vénèrent avec suffisamment de dévotion.

Il n’y a pas à dire, le regretté Patrick Buisson avait raison. Il y a du bon à être minoritaire idéologiquement. C’est ainsi qu’on aiguise nos arguments à force d’entendre les mots d’ordre de nos adversaires, qu’on apprend à les connaître. Grâce à cette position inconfortable, nous possédons des « dégoûts très sûrs » pour reprendre la formule de Paul Morand. Et Balzac d’expliquer que l’infortune et la souffrance créent les meilleurs observateurs d’une société puisqu’ils la subissent et que pour échapper à son oppression, ils doivent en comprendre les rouages afin de mieux les déjouer.

Mon travail dans le secteur culturel m’offre une riche gamme de sottises à analyser, le régime diversitaire, pour citer Bock Côté, y ayant établi ses quartiers depuis si longtemps que personne ne songe à lui disputer sa suprématie. Tout au plus contestons-nous tel point de détail jugé excessif dans le bloc massif de propagande qui fait désormais partie du quotidien ou les méthodes de censure qui prétendent ne pas en être tout à fait ou devenues si habituelles qu’elles passent pour des usages rentrés dans le cours normal des choses.

Une nouvelle religion

Toutes les tendances du gauchisme y sont représentées, du marxisme le plus archaïque au wokisme le plus délirant, en passant par les variantes de la social-démocratie, de l’extrême-centre, les couleurs du spectre de la « tyrannie à bras et face de poulpe », selon l’expression énergique de Pierre Boutang. S’y dessine finalement une espèce de religion qui ne dit pas son nom. La religion woke, décortiquée par Braunstein, ou la religion diversitaire selon le sociologue québecois. Toutes les professions de foi libérale, démocratique, tolérance en bandoulière, ne résistent pas à l’examen : nous sommes en face de séides d’une religion qui ne s’avoue pas comme telle et c’est la raison pour laquelle ils ne sont atteints ni par l’argumentation rationnelle ni par les faits d’observation les plus obvies. Une foi peut offusquer le réel et même se renforcer par un mépris supérieur à son égard. D’où notre sidération lorsqu’on les écoute parler et qu’on tente de leur signaler les contradictions qui grèvent leur discours, pensant l’avoir invalidé par nos démonstrations en bonne et due forme. Pour se rendre compte très vite que la salive fut dépensée en pure perte. Le prêche reprend de plus belle et les chances pour la France peuvent bien la brûler au cours d’émeutes, ils n’en demeurent pas moins des chances pour la France. Comment ? Nul ne le sait et aucune précision ne doit être demandée, car cela relèverait déjà d’un crime de pensée. Une féministe peut vouloir abattre le patriarcat et militer pour l’accueil de migrants qui vont importer l’Islam, religion patriarcale au suprême degré. Un marxiste défendra le prolétariat mais honnira les électeurs du rassemblement national, majoritairement issus de ce prolétariat. La dénomination « beauf » a beaucoup fait pour intégrer le mépris de classe dans le discours des prétendus tenants de la lutte des classes. La liste serait longue et vous la connaissez aussi bien que moi.

Des exorcistes face aux nihilistes

À la question : « qui fut le premier libéral ? » Samuel Johnson répondit : « Satan ! » et, au fond, qu’on soit religieux ou non, cette réponse permet d’aller au cœur du problème. Philippe Muray déclarait que notre époque avait davantage besoin de démonologues que de sociologues ou de philosophes. Il évoquait pour désigner le monde sous le joug duquel nous ployons l’expression « l’empire du bien. »

Quant à Jean-Claude Michéa, il parle de « l’empire du moindre mal » et met davantage l’accent sur la neutralité axiologique comme pierre angulaire du libéralisme philosophique. Pour résumer, l’Etat n’a ni religion, ni philosophie, ni opinion, ce sont toutes choses qui regardent les individus dans la sphère privée. Mais plus on creuse et plus on voit néanmoins se dessiner les lignes d’une doctrine officielle, de psalmodies en psalmodies, de sermons cathodiques en sermons cathodiques. Et la protestation de tolérance cent fois formulée : « chacun pense comme il veut » devrait être complétée par : « tant qu’il pense comme chacun », c’est-à-dire, selon les dogmes indigénistes, décoloniaux, antiracistes, féministes et tout l’attirail de l’intersectionnalité des luttes.

L’auteur du « totalitarisme sans le goulag » a mille fois raison lorsqu’il parle, à propos des régimes politiques occidentaux, d’idéocratie. À ces derniers, il oppose la bête humaine qui renâcle à l’enrégimentement. J’applaudis, mais j’ajouterais une armée de prêtres exorcistes et au moins l’équivalent d’un saint Dominique. Dostoïevski a montré dans « les possédés » que les libéraux ancienne manière, qui conservent un peu de bon sens, sont voués à disparaître aux profits des nihilistes purs et durs. Nous y sommes.

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