Rechercher
Filtres
Le magazine des idées
mère et enfant

Le rejet d’être mère, maladie de civilisation ?

Légère dépression postnatale ou regret maternel ? Le sujet fait couler beaucoup d’encre et illustre la difficulté que rencontrent certaines mères à incarner leur rôle. Il est légitime d’en parler, mais le point de vue adopté est toujours le même : doctrinal, pas hormonal. C’est celui de la mère victime des stéréotypes et de la mère désarmée face à une société gangrénée par les tabous. Une réalité plus nuancée montre qu’il y a loin entre le « baby blues » postnatal et le rejet morbide de la maternité.
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur whatsapp
Partager sur telegram
Partager sur print

Tout d’abord, il est important de bien différencier la dépression post-partum du fameux regret maternel. Tandis que l’un est un trouble de l’humeur survenant après l’accouchement, l’autre est un fléau idéologique féministe.

Dans un extrait de l’émission « Ça commence aujourd’hui » sur France 2 portant sur la maternité, on y retrouve une jeune femme qui témoigne de sa dépression post-partum et, de ce fait, la difficulté qu’elle a rencontrée à aimer son bébé. Ce ne fut qu’au bout d’un an, après un suivi psychologique spécialisé, qu’elle a enfin pu connecter avec son enfant.

La dépression post-partum est un trouble de l’humeur qui survient après l’accouchement. Aussi connue sous le nom de dépression postnatale, elle peut survenir à tout moment de l’année après la naissance du bébé. Plus grave que le « baby blues », la dépression post-partum nécessite un traitement. Elle affecte 15 à 20 % des nouvelles mamans, et parmi celles-ci, environ 7 % développeront des symptômes dépressifs importants ; et 19 %, des symptômes légers ou modérés.

Ne pas confondre l’hormonal et le doctrinal

Rien n’autorise à qualifier de regret maternel la dépression post-partum, car cela n’en est, tout simplement, pas un. L’un est hormonal, l’autre est doctrinal. L’un se soigne, l’autre se propage. L’un est temporaire, l’autre est mortifère.

En 2015, la sociologue israélienne Orna Donath publie la première enquête sur le regret maternel. Un livre traitant de cette étude paraît en 2019 aux éditions Odile Jacob sous le titre Le regret d’être mère. Un recueil de 23 témoignages de femmes à propos de la maternité.

Après avoir lu l’ouvrage de la sociologue en question, Pop Laura, youtubeuse, nous explique que « tout le monde n’a pas les épaules pour aller à l’encontre de ce que veut la société ». « La société te met la pression parce qu’à un moment l’horloge biologique tourne. » Ainsi, d’après Pop Laura, si une jeune maman rencontre des difficultés à s’adapter à son rôle de mère, c’est forcément la faute de la société, coupable idéal. Une société restrictive, à l’image de la maîtresse d’école un peu trop sévère avec ses règles et ses punitions. Un raisonnement peu mature…

La Youtubeuse ajoute : « Dans la cour de récré, avec mes copines, on se demandait à quel âge on allait se marier et avoir des enfants alors que les garçons ne se posaient pas la question. » « Ce n’est pas du tout ce à quoi une petite fille doit réfléchir. » Mais dis-nous Pop Laura, à quoi une petite fille doit-elle réfléchir ? À la durée de sa carrière professionnelle ? Aux nouvelles inégalités homme/femme à inventer ? À son orientation sexuelle ? À son identité de genre ? À son identité en tant qu’être humain ou hélicoptère apache ? Il est très probable que la petite Pop Laura et ses copines avaient envie de ressembler à leur maman comme tout enfant de 8 ans normalement constitué.

Où sont les mères louves d’antan ?

Ces réflexions homicides ne sont pas à sous-estimer. Elles entraînent une distorsion de la réalité pour les mères en devenir, plus fragiles que d’autres. En 2016, un sondage révélait que 20 % des parents allemands regrettaient d’avoir eu des enfants. En France, aucune étude n’est parue à ce jour.

L’exemple de la vidéo d’Arte sur Julie, 36 ans, habitant à Bordeaux avec sa fille de 10 ans et son mari, parle d’elle-même. Pour ce chef d’entreprise, devenir mère n’était pas un choix mais plutôt « un état de fait, un chemin tout tracé imposé par sa condition de femme ». Son enfant, elle a beau l’aimer et vouloir son bonheur, elle regrette de l’avoir eue aux dépens de sa liberté.

Qu’avons-nous fait de ces lionnes prêtent à tout pour protéger leurs petits ? De ces louves courageuses face au moindre danger ? Si les féministes égoïstes rejettent même leur propre chaire, qu’allons-nous devenir ?

Vice versa

Il existe aussi des femmes dont le regret prend une autre tournure, celui de ne pas avoir eu d’enfants. Le replay de l’émission « Toute une histoire », tournée en 2015 (France :2), présente la figure de Véronique, 51 ans, professeure des écoles. Elle regrette de ne pas avoir donné la vie quand elle le pouvait encore. À l’époque, elle se disait qu’elle avait « besoin de vivre avant ». Mais l’horloge tourne et, quand à 38 ans, elle se rend enfin compte qu’elle désire devenir mère, les hommes se font plus rares. Aujourd’hui, Véronique est une célibataire sans enfants et le regrette amèrement…

Dans son ouvrage Être mère, c’est… (Salvator, 2020), Raphaëlle Simon déclare : « Plus quelque chose est évident, plus il est difficile de l’expliquer. » La solution est plus simple qu’elle n’y paraît, laissons l’évidence se frayer un chemin en nous et redonner à la maternité sa place clef dans la féminité.

Laisser un commentaire

Sur le même sujet

S’abonner à la newsletter