Beziers

L’agriculture française est-elle viable sans vraie souveraineté ?

Il faut, me semble-t-il, éviter de ne considérer l'idée de souveraineté que sous le seul angle institutionnel, et de se focaliser sur la commission de Bruxelles ou la Politique Agricole Commune.
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Fabien Niezgoda, vice-président du Mouvement Écologiste Indépendant et contributeur d’Éléments, participera à une table ronde au Rendez-Vous de Béziers le 28 mai 2016 prochain, autour du thème : « L’agriculture française est-elle viable sans vraie souveraineté ? ». Entretien…

Éléments : Quelle est la place d’un écologiste à une telle table ronde des Rendez-Vous de Béziers ?
Fabien Niezgoda : J’espère faire comprendre qu’un écologiste n’a pas un rôle de lobbyiste : il n’est pas là pour défendre le point de vue ou les intérêts d’un groupe particulier (« les écolos »), face aux représentants de différentes catégories de la population : les agriculteurs, les chasseurs, les consommateurs, etc. L’écologie est une pensée globale et systémique, qui cherche à intégrer les constats des scientifiques à nos choix de société, dans la recherche d’un bien commun (qui ne se limite évidemment pas aux générations actuelles). Les différentes catégories citées sont à même de s’y retrouver : que l’écologie puisse les amener à remettre en cause telle ou telle pratique ne relève pas d’une hostilité quelconque à leur égard, bien que les groupes économiques et financiers puissants qui vivent d’un système non durable fassent tout pour empêcher la convergence.

Éléments : Il semble pourtant y avoir un réel fossé entre le monde rural et la sphère écolo…
Fabien Niezgoda : Ce fossé repose pour l’essentiel sur un malentendu. Un grand nombre de pratiques traditionnelles, qui sont encore parfaitement maîtrisés par bien des ruraux (auto-production potagère, « méthodes de grand-mère », valorisation des sous-produits…), relèvent tacitement d’une démarche écologique, alors même que la dérision ou la méfiance sont malheureusement souvent le lot de ceux qui se réclament explicitement de celle-ci. À l’inverse, il faut admettre que le repoussoir des « bobos écolos urbains » n’est pas qu’un mythe. Quand bien même un certain nombre d’entre eux maîtrisent mieux les problématiques écologiques que ne le prétend parfois une critique facile, leur démarche est trop souvent discréditée par des lubies sociétales complètement hors de propos, et qui ont fini dans la sphère médiatique par prendre le dessus sur les vrais enjeux écologiques. Il faut comprendre également que l’écologie bien comprise refuse cette politique d’aménagement qui ne jure que par les métropoles au détriment de la « France périphérique » et profonde ; elle cherche au contraire à rééquilibrer le territoire au profit d’un réseau de petites villes, inscrites dans une réelle symbiose avec un tissu rural revivifié.

Éléments : Comment articuler les deux thèmes ici associés : « agriculture » et « souveraineté ».
Fabien Niezgoda : Il faut, me semble-t-il, éviter de ne considérer l’idée de souveraineté que sous le seul angle institutionnel, et de se focaliser sur la commission de Bruxelles ou la Politique Agricole Commune. Une question essentielle à se poser est celle-ci : une nation peut-elle être souveraine si son approvisionnement alimentaire et énergétique (c’est-à-dire ses besoins vitaux) repose sur un système aussi fragile que le modèle productiviste, dont la consommation d’engrais, la motorisation ou la géographie commerciale sont inconcevables sans hydrocarbures bon marché ? La souveraineté agricole, c’est d’abord la reconstruction d’une résilience territoriale, dans la perspective d’un effondrement prochain des bases de la croissance et de la mondialisation.

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