Rechercher
Filtres
Le magazine des idées
La société de surveillance

La société de surveillance, stade ultime du libéralisme

« Nous sommes tous en liberté surveillée » alertait il y a vingt ans, en précurseur, "Éléments". Surveiller et punir, soigner et contrôler. Nous y sommes. Consacré à la société de surveillance, ce numéro 192 revient également sur les vingt ans de fiasco américain au Moyen-Orient, la collection d’art contemporain de François Pinault, la publication des carnets inédits de Dominique Venner, et le privilège blanc.
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur whatsapp
Partager sur telegram
Partager sur print

ÉLÉMENTS. Pourquoi cette une ? Pourquoi associer la société de surveillance avec le libéralisme ?

PASCAL EYSERIC : Confinements à répétition, couvre-feux, rassemblements interdits, état d’urgence sanitaire, parcs surveillés par des drones, traçage des personnes infectées via des applications… Depuis deux ans, il n’est plus à démontrer que les mesures de restriction sanitaire ont amputé nos droits et libertés. Bien sûr, aucune société n’échappe au contrôle social. Ce qui change néanmoins, et c’est l’analyse de notre collaborateur Guillaume Travers qu’il développe dans un livre absolument capital La société de surveillance, stade ultime du libéralisme, (La Nouvelle Librairie), c’est la nature de ce contrôle. Sa complexification, son intensification, sa mondialisation. Pour lui, il est dans la nature du libéralisme de concevoir des formes de contrôle de plus en plus sophistiquées et envahissantes. Il n’y a pas dès lors, nous dit Guillaume Travers, à s’étonner de ce que l’État contrôle avec beaucoup plus de zèle et d’efficacité la vaccination de sa population, via le « pass sanitaire », que la présence de clandestins sur son territoire. Les sociétés libérales ont une approche du monde social purement juridique, fondée sur la rhétorique des « droits » universels et sur la conformité à des règles de droit plus ou moins abstraites. Si l’on garde cela en tête, il est aisé de voir que les clandestins violent une frontière politique, tandis que ceux qui n’ont pas de pass sanitaire, quelle que soit leur nationalité, violent une norme de droit. Il est donc logique que la société libérale punisse plus durement ces derniers.

ÉLÉMENTS. Finalement, vous en avez parlé ! Pas de l’affaire Dreyfus, mais du Covid… Depuis dix-huit mois, le sujet s’est imposé dans toutes les familles de France, avec ses disputes, ses controverses et ses éclats de voix !

PASCAL EYSERIC : Comme dans le célèbre dessin de Caran d’Ache, nous avons réuni une famille française –les Maulin–, présente à la fois dans les domaines de la santé, de la culture et du droit. Une famille exemplaire, et dont la dispute est à la hauteur de ce que nous vivons et de ce que nous préparons à vivre dans les prochaines années : une société sous surveillance ! Éric Maulin, l’ainé, est un juriste de renom, professeur agrégé des facultés de droit public, à l’Université de Strasbourg-III, la sœur, le docteur Laurence Maulin est médecin infectiologue, spécialiste des maladies infectieuses et tropicales, à l’hôpital d’Aix-Marseille et, enfin, le dernier de la fratrie, Olivier Maulin, est le merveilleux romancier, bien connu des lecteurs d’Éléments, critique littéraire à Valeurs Actuelles.

ÉLÉMENTS. Une accroche de couverture étonne, celle qui concerne le milliardaire François Pinault saisi par la fièvre du « con art » à la Bourse du Commerce. Une explication ?

PASCAL EYSERIC : Le « con art » dans l’argot américain, c’est l’art de l’arnaque. Le mot a aussi un sens que tous les Français connaissent bien… Nous avons envoyé notre jeune amatrice d’art Alix Marmin à la Bourse du Commerce, visiter le nouveau temple de l’art contemporain parisien, voulu par le milliardaire François Pinault. Avec ce mot d’ordre : ne pas hésiter à en dire du bien ! Elle a parcouru avec beaucoup d’attention toutes les allées et vu toutes les « œuvres » qu’abritent ce magnifique bâtiment qui tutoie le Louvre, le Centre Pompidou et le ministère de la Culture. Le résultat était attendu : un art réduit à une marque de fabrique, une griffe dans une stricte application des codes du monde du luxe mondialisé que connait bien Pinault. Mais pouvait-il y avoir quelques surprises au milieu des singeries et des déclinaisons de ce qui a été fait cent, mille fois depuis Marcel Duchamp, l’art pouvait-il naitre à l’ombre des vrais-faux pigeons de Maurizio Cattelan et des nounours de Bertrand Lavier ? C’est le moins qu’on puisse demander à une collection estimée à 1, 5 milliards d’euros. La réponse est à lire dans Éléments

ÉLÉMENTS. Vous revenez à plusieurs reprises dans ce numéro sur l’anniversaire du 11 septembre 2001, la situation en Afghanistan, et les guerres perdues de l’occident décidées par les « néocons ». Vingt ans après le 11 septembre, le cadavre « néocons » bouge-t-il encore !

PASCAL EYSERIC : La formule magistrale, vous l’aurez devinée, est de François Bousquet, dans son indispensable article sur les racines idéologiques des « néocons » qui met en perspective les deux entretiens exceptionnels que nous publions. Le premier a été réalisé avec Régis Le Sommier, grand reporter et ex-directeur adjoint de Paris Match, et le deuxième avec le romancier Cédric Bannel, maitre du polar et de l’espionnage, auteur de quatre romans d’une passionnante série afghane parue chez Robert Laffont, fin connaisseur de l’Afghanistan et créateur d’Oussama Kandar, fils de berger baloutche, « Qomaandaan » (patron) de la brigade criminelle de Kaboul.

Les « néocons » ne sont pas morts avec l’administration Bush. Ils lui ont survécu, comme l’islam radical, avec lequel ils entretiennent des liens troubles. Régis Le Sommier les a bien connus, fréquentés et interrogés. Dans notre entretien, il revient longuement sur sa double expérience de correspondant à New York où il a pu rencontrer tous les grands décideurs politiques, de George Bush à Donald Rumsfeld, en passant par Paul Wolfowitz, la fine fleur des généraux américains, et celui de reporter de guerre qui, ces vingt dernières années, a arpenté les zones de guerre dans tout le Moyen-Orient (Irak, Syrie, Afghanistan, etc.). C’est bien simple, en vingt ans, le journaliste breton aujourd’hui grand reporter à Russia Today, a interrogé les plus hauts représentants du fameux complexe militaro-politique américain. Son témoignage inédit devrait passionner les lecteurs d’Éléments. Il en va de même pour Cédric Bannel, énarque et diplomate, qui a pu avoir accès pendant une dizaine d’années aux plus hautes personnalités afghanes au ministre de l’Intérieur comme aux visites du QG de la Police, de commissariats. Il dévoile un Afghanistan et des talibans inconnus, entre SAS de Gérard de Villiers, pour les informations de première main et les chroniques du 87e District d’Ed McBain pour les personnages.

ÉLÉMENTS. Vous annoncez dans vos pages un événement éditorial d’importance : la publication posthume des Carnets rebelles de Dominique Venner (1935-2013)

PASCAL EYSERIC : Venner par Venner. Un livre, ou plutôt une série de Carnets, une dizaine de volumes en perspective, sans doute le chef d’œuvre posthume, dont le premier volume sort aux éditions de La Nouvelle Librairie, avec une belle introduction d’Alain de Benoist. François Bousquet a consacré six pages à l’événement, illustré avec des photos jamais vues de l’auteur du Cœur rebelle.

Laisser un commentaire

Sur le même sujet

Actuellement en kiosque

Dernières parutions - Nouvelle école et Krisis

Les dates à retenir

Pas de nouveaux événements
S’abonner à la newsletter