Le 4 décembre 2012 s’éteint à Stuttgart dans le Bade-Wurtemberg Susanne Zeller, née Hirzel le 7 août 1921 à Untersteinbach dans l’État populaire libre du Wurtemberg sous la République de Weimar. En France, le Secrétariat général du Parti de l’Innocence, fondé par l’écrivain Renaud Camus, théoricien du Grand Remplacement, publie le communiqué suivant : « Le parti de l’Innocence est profondément choqué par le silence qui a entouré, en Allemagne et bien sûr en France, la mort à quatre-vingt-onze ans, le 4 décembre dernier, de Mme Susanne Zeller-Hirzel, haute et belle figure de la résistance au nazisme, et qui était la dernière représentante vivante de « Die Weiße Rose « , La Rose blanche, groupe d’étudiants munichois fondé par Hans et Sophie Scholl, exécutés par le pouvoir hitlérien le 22 février 1943. On aurait imaginé qu’une femme auréolée de pareil passé d’héroïsme et d’attachement aux valeurs humanistes et de liberté serait honorée et célébrée lors de son décès, en Allemagne et dans toute l’Europe, comme un magnifique exemple pour toutes les générations. Cependant Susanne Zeller-Hirzel n’a pas seulement résisté au nazisme dans sa jeunesse, elle a aussi résisté, dans sa vieillesse, à l’islamisation de sa patrie et du continent. Et, apparemment, ceci efface cela : à telle enseigne, on le constate, que la mort civile et médiatique qu’on sait qui frappe dans nos pays tous les opposants à la montée de l’islam s’abat sur la mort elle-même, passée sous silence, et sur les plus pures références du combat contre la terreur et la tyrannie. »
La Rose blanche
Le groupe estudiantin de résistance au national-socialisme La Rose blanche, symbole représentant la pureté et l’innocence, existe de mai 1942 à février 1943. Il distribue six tracts différents appelant à la résistance passive et au sabotage. Le visage le plus connu de la Rose blanche est celui de Sophie Scholl, exécutée, en compagnie de son frère Hans Scholl et de Christoph Probst – père de trois enfants –, le 22 février 1943 à Munich. Alexander Schmorell et le professeur de philosophie de l’université Louis-et-Maximilien de Munich Kurt Huber le sont le 13 juillet et Willy Graf le 12 octobre.
Sophie Scholl et son frère Hans Scholl, à l’instar de Susanne Zeller-Hirzel et de son frère Hans Hirzel, sont originaires du Wurtemberg.
Schwabing
Le bâtiment de l’université Louis-et-Maximilien est situé dans ce qui a été de 1890 à 1914 le quartier de la bohème littéraire et artistique de Schwabing – qui comprend le quartier de Schwabing et une partie de celui de Maxvorstadt – à Munich. En 1913, l’artiste peintre Adolf Hitler, débarquant dans la capitale bavaroise, s’installe près de ce quartier. Durant la Seconde Guerre, les membres de la Rose blanche y sont actifs. Hans et Sophie Scholl y logent et vivent ensuite, à partir de juin 1942, dans un appartement situé au 13 de la Franz-Joseph-Straße. Willi Graf de la Rose blanche y séjourne au 26 de la Mandlstraße.
Racines bündisch
Une partie des membres de la Rose blanche provient de la Bündische Jugend, un élément de la Révolution conservatrice allemande.
La Bündische Jugend désigne à partir de 1923 un certain nombre de ligues apparues depuis la fin de la Première Guerre mondiale, d’orientation völkisch, nationalistes, chrétiennes ou indépendantes. (1)
« Les Bündischen se distinguent des phases antérieures du Mouvement de jeunesse, qu’il s’agisse du Wandervogel [« L’Oiseau migrateur »] (à partir des années 1890) ou de l’époque de la Freideutsche Jugend [« La Jeunesse allemande libre »] (de 1913 à 1921). Ce qui caractérise avant tout leurs ligues, c’est un style, reflet d’un certain sentiment de la vie, fondé sur le refus des hiérarchies, l’esprit communautaire, l’exaltation des instincts, la révolte garçonnière contre l’ordre bourgeois, le chant et la randonnée. Les Bündischen constituent un univers très différent de celui du scoutisme traditionnel. » (2)
« La jeunesse s’y retrouve spontanément, sous la direction de chefs sortis de ses propres rangs, pour créer à sa propre intention une existence autonome, loin du monde des adultes figé en formes immuables. » (3)
« Des statistiques de la fin des années 1920 les évaluent à 50.000 – 60.000 adhérents. Ce qui ne représente guère de poids, en comparaison des partis de masse qui font la politique. Toutefois, une partie importante des Bündischen appartient à une élite qui, par la suite, assumera de nombreuses tâches de direction et ne perdra jamais, même dans un cadre totalement différent, une certaine « allure bündisch ». La jeunesse bündisch est, dans l’Allemagne d’entre les guerres, une des rares formes de vie en commun qui ait pu modeler un type humain. » (4)
Tolérée au début du IIIe Reich, la Jeunesse bündisch est interdite dès l’été 1933 : « Le 24 juin 1933, les ligues qui ne sont pas alignées volontairement sont dissoutes et incorporées à la Jeunesse hitlérienne. Les unes se soumettent, les autres cherchent à perpétuer le mouvement dans des ligues clandestines et paient cette résistance d’un lourd tribut en vies humaines. » (5)
La famille Scholl s’installe au début des années 1930 à Ulm dans l’État populaire libre du Wurtemberg sous la République de Weimar. Sophie et Hans Scholl y prennent part aux activités de la Jeunesse hitlérienne. Hans obtient rapidement des postes à responsabilité au sein de cette dernière, alors que Sophie en décroche à la Ligue des jeunes filles allemandes (BDM), la branche féminine. La section des Jeunesses hitlériennes d’Ulm est influencée par les idées de la Jeunesse bündisch. Hans Scholl crée en 1936 à Ulm sa propre section du dj.1.11 (Deutsche Jungenschaft vom 1. November 1929), un élément de la Jeunesse bündisch. Le dj.1.11, les minuscules dans le nom étant utilisées en référence au poète Stefan George qui est un des inspirateurs de la Révolution conservatrice allemande, se trouve aux antipodes de la Jeunesse hitlérienne, tant du point de vue de l’esprit que du style : il n’y a pas de drill, de marche durant des heures et de salut. L’objectif est le développement de la personnalité à travers le sport et le jeu dans une communauté de camaraderie. Des jeunes de douze à dix-sept ans réalisent, en fin de semaine, des excursions dans les forêts et les montagnes. Hans Scholl et ses camarades fredonnent des chansons étrangères, notamment russes, lisent de la poésie interdite et campent de manière indépendante. Hans Scholl réalise son service militaire, à Stuttgart, au sein de la cavalerie. Il entretient des contacts épistolaires avec des camarades de la Jeunesse bündisch. La Gestapo lance une vague d’arrestations de personnes qui participent aux activités bündisch illégales. Hans Scholl se retrouve enfermé dans la caserne puis transféré au sein de la prison de la Gestapo de Stuttgart. La Gestapo se rend dans la maison des parents Scholl. Sophie est interrogée, alors qu’elle fréquente encore l’école et a 16 ans, et n’est pas internée. Son frère Werner et sa sœur Inge sont emprisonnés durant environ une semaine, Werner ayant été membre du dj.1.11 et Inge étant soupçonnée d’être au courant d’activités de ses frères. Aucune preuve à leur encontre n’est trouvée. Hans est relâché après plus de deux semaines. Il quitte les Jeunesses hitlériennes. Après avoir terminé son service militaire au cours de l’automne 1938, Hans fréquente l’école sanitaire à Tübingen durant six mois. Il s’inscrit en 1939 en médecine à l’Université Louis-et-Maximilien de Munich. Il prend part à la guerre dans une unité sanitaire. L’écrivain du catholicisme réformateur, un courant progressiste au sein de l’Église qui s’est structuré autour de l’existentialisme catholique, Carl Muth devient le mentor de Hans Scholl. Sophie, après avoir réalisé deux services obligatoires, rejoint Munich en train, où Hans l’accueille à la gare. Ce dernier vit dans une chambre dans le quartier de Ludwigsvorstadt. Sophie fait la connaissance des amis de Hans. Elle s’inscrit à l’université.
Willi Graf prend part à des activités d’organisations proches de la Jeunesse bündisch. Il appartient au groupe catholique bündisch Graue Orden. Il est arrêté en janvier 1938 et passe plusieurs semaines en détention.
Des patriotes allemands
Différents éléments montrent le caractère patriotique de la Rose blanche : au sein de son avant-dernière lettre, Willi Graf évoque « son amour pour l’Allemagne », le professeur Huber boit sa dernière gorgée de vin avant son exécution « pour le bien-être de sa patrie aimée » et écrit à sa femme « Réjouis-toi que je puisse mourir pour notre patrie. » et Sophie Scholl déclare devant le tribunal qu’elle a fait au mieux pour son peuple, alors que Christoph Probst tente d’affirmer qu’il a agi dans l’intérêt de son pays. De plus, Hans Scholl aurait prétendu, lors de son interrogatoire, qu’il ne pouvait rester indifférent au sort de son peuple.
Hans Hirzel
Né en 1924 à Untersteinbach, Hans Hirzel grandit à Ulm, où son père est pasteur. Son grand-père maternel est le géographe renommé Robert Gradmann. La famille est composée de six enfants, parmi lesquels figure Susanne. Cette dernière et Sophie Scholl font connaissance en 1935 au sein du Jungmädelbund, le mouvement national-socialiste dédié aux filles de 10 à 14 ans, qu’elles fréquentent avec un zèle ardent. Elles deviennent de grandes amies. Lors du deuxième procès, conduit par le juge Roland Freisler, de La Rose blanche, Susanne est condamnée, le 19 avril 1943, à six mois de prison en tant que complice. Hans, qui connaît lui aussi Hans et Sophie Scholl, reçoit une peine, à la suite de son implication dans une distribution de tracts à Stuttgart, de cinq ans de pénitencier, alors que les accusés Kurt Huber, Willi Graf et Alexander Schmorell – qui sera sanctifié en 2012 par l’Église orthodoxe – sont exécutés. Il est libéré en avril 1945. Après la guerre, il travaille en tant qu’assistant de Theodor Adorno à l’Institut de recherche sociale à Francfort-sur-le-Main et en tant que rédacteur à la Frankfurter Hefte, issu après la guerre des milieux catholiques de gauche. En 1976, il rejoint le parti démocrate-chrétien CDU et passe, en 1993, au parti nationaliste Die Republikaner. Il est, en 1994, le candidat de cette formation politique à l’élection indirecte du président de la République. En 1997, il devient conseiller municipal à Wiesbaden en Hesse. En 2001, il quitte Die Republikaner. Il siège jusqu’en février 2006 en tant que conseiller municipal indépendant. Il décède en juin 2006.
Réactivation de la Rose blanche
Amie de Sophie Scholl, Susanne Hirzel prend part, le 7 juillet 2012, avec huit autres personnes, parmi lesquelles l’activiste anti-islamisation Michael Stürzenberger et l’écrivain Michael Mannheimer, à Stuttgart, à la réactivation de La Rose blanche. Auparavant, Susanne Hirzel a été impliquée au sein du parti nationaliste allemand Die Republikaner, puis dans le mouvement citoyen Pax Europa (BPE) qui a pour objet de lutter contre l’islamisation de l’Allemagne.
(1) Armin Mohler, La Révolution conservatrice en Allemagne (1918-1932), préface, postface et bibliographie d’Alain de Benoist, coll. Révolution conservatrice, Château-Thébaud, 2026, p. 234.
(2) Alain de Benoist, préface à l’ouvrage d’Armin Mohler, La Révolution conservatrice en Allemagne (1918-1932), préface, postface et bibliographie d’Alain de Benoist, coll. Révolution conservatrice, Château-Thébaud, 2026, p. 31.
(3) Armin Mohler, La Révolution conservatrice en Allemagne (1918-1932), préface, postface et bibliographie d’Alain de Benoist, coll. Révolution conservatrice, Château-Thébaud, 2026, p. 146.
(4) Ibid.
(5) Ibid., p. 151.
Sources
HANSER Richard, Deutschland zuliebe: Leben und Sterben der Geschwister Scholl – Die Geschichte der Weißen Rose, DTV, 1979.
HEIẞERER Dirk, Wo die Geister wandern: Literarische Spaziergänge durch Schwabing, C.H.Beck, München, 2016.
HIRZEL Hans, Im Umfeld der » Weißen Rose «. Erinnerungen an die Jahre 1942 bis 1945, postface Ellen Kositza, Kaplaken 40, Antaios, 2014.
MOHLER Armin, La Révolution conservatrice en Allemagne (1918-1932), Éditions Pardès, préface, postface et bibliographie d’Alain de Benoist, Ars Magna, Château-Thébaud, 2026.
Lieux visités
Gedenkstätte Deutscher Widerstand, Berlin
DenkStätte Weiße Rose, Munich
Denkmal der Widerstandsgruppe weiße Rose, Hofgarten, Munich



