La réalité ? Il n’y a pas de menace sur la liberté d’expression, pas plus que sur la liberté d’édition ou le respect de la diversité éditoriale. Le précédent Fayard le démontre : nombre de romanciers de talent, pas tous conservateurs, pas tous de droite, pas tous catholiques, bien au contraire, y publient de fort beaux livres. Évidemment, ni vous ni moi n’en entendons parler puisque les principaux médias culturels, mainstream, massivement de gauche, de centre gauche ou de centre droit mou, préfèrent éviter d’évoquer ces ouvrages et ces écrivains, préférant insister sur une petite minorité des livres édités, ceux de personnalités politiques de droite ou conservatrices. Vous me direz que ce n’est pas grave puisqu’il suffit d’entrer dans une librairie. Que nenni, la majorité des librairies indépendantes font l’impasse sur la production littéraire Fayard, tout autant que sur les essais politiques – que vous ne trouverez donc pas en piles. Bien sûr, pas folles les guêpes, vos libraires préférés accepteront de vous les commander et de vous les vendre sous le manteau. Il n’y a pas de petits profits et les apparences seront sauves. On vend discrètement ce que l’on combat officiellement et bruyamment. Ainsi va le monde de la bien-pensance morale, laquelle s’affirme de gauche. Ce qui méritera d’être discuté le moment venu.
Revenons à Grasset. Pour quelle raison Nora est-il mis à la porte ? Un désaccord quant à la date de sortie du prochain livre de Boualem Sansal, tout juste passé de Gallimard à Grasset ? Les résultats économiques faiblards des productions parues sous la houlette de Olivier Nora ? (Il faut bien dire que les nouvelles couvertures des livres Grasset, ceux de la rentrée littéraire 2025, étaient d’un ridicule à effrayer tout lecteur potentiel, sans compter quelques titres finement choisis pour choquer la mamie de passage). Nous n’en savons rien. Pour le moment.
Une nouvelle résistance !
Reste que les faquins de l’édition parisienne, massivement de gauche, de centre gauche, parfois timidement centristes ou légèrement de centre droit, mais tous sociaux-démocrates bobo, pour une grande part habitant de grandes métropoles, partisans de la mondialisation heureuse, pour eux du moins, peu soucieux du prix de l’essence, ça fait trop peuple, la voiture n’étant pas leur problème, pensent à nouveau connaître un grand moment de résistance ! C’est 1940 qui est de retour. On retrouvera donc sans aucun doute sous peu des imitateurs de Sartre ou autres, cette gauche qui dans les années 40 profitait de ce qu’elle disait combattre : l’occupation. Car nos plus de 200 éditeurs et écrivains tenant tribune dans des médias complaisants, à l’instar de l’Immonde, en sont persuadés : ils vivraient le retour des années noires. Il est vrai que les temps sont durs, pour d’étranges raisons Jack Lang ne fournit plus de caviar. Et il y a des privilèges à perdre : assurance de voir paraître chaque année des livres, souvent des croûtes insignifiantes, avec beaux à-valoirs à la clé et tirages sans commune mesure avec la nullité de ce que les pages contiennent, des livres aussi vite vendus, vaguement lus qu’oubliés et cependant souvent primés, par la grâce de jeux d’appareils éditoriaux et médiatiques n’ayant absolument rien à voir, sauf (et c’est heureux !) exceptions, assez régulières, qui nous offrent de vrais et beaux livres dans un marasme de médiocrités. Ceux qui hurlent aux loups sont les médiocres de notre époque, prétendument grands écrivains, reconnus par la coterie des amis médiatiques, achetés à coup de restaurants gastronomiques et d’échanges éditoriaux (je te publie, tu me soutiens etc). Ce n’est évidemment pas tout, et tout ne sera pas détaillé ici : cette petite caste de faquins bénéficie aussi souvent d’appartements et de frais pris en charge par les éditeurs et parfois même les ministères, ce fut le cas d’un Aragon autrefois, du pédophile Matzneff plus récemment, exilé et laissé tranquille aux États-Unis, dans un silence devenu assourdissant.
Allez ! La résistance menée par le drôlatique BHL, tous frais pris en charge, et l’amoureuse des enculades en public (baise-moi) Virginie Despentes, entraîne beaucoup de monde dans son sillage. Par peur et lâcheté évidemment. Par crainte de perdre ses petits privilèges, de ne plus être dans le médiocre camp du Bien, celui qui vous permet de publier régulièrement votre étron « littéraire » insignifiant. La tête de la locomotive ? BHL ou Despentes ? Que risquent-ils ? Rien. Ils ne sont pas liés à Grasset mais à Olivier Nora. Des révolutionnaires de papier à la petite semaine. Des clowns du monde littéraire.
Mais ce n’est pas tout. D’ici quelques semaines, nombreux seront les signataires qui agiront discrètement pour réintégrer leurs pénates. Certains y parviendront peut-être, qui sait ? Comble de la lâcheté.
Le pire ? Pour conclure ? Les faquins de la révolte de papier se plaignent de la « main mise d’idéologues sur le monde de l’édition », disent refuser une offensive culturelle guerrière de la part de Vincent Bolloré, en appellent au maintien de la liberté et de la diversité d’expression, et même le président de la République, du moins ce qu’il en reste, du président et de la République, s’y collent. Là, on tombe en plein grand guignolesque… Voilà donc ceux qui imposent depuis 50 ans une vision à sens unique de la culture et de la littérature, de gauche, diversitaire, devenue en partie woke, centrée sur les mêmes thèmes, ceux de la Religion du Progrès, qui censurent réellement tout livre et tout auteur ne correspondant pas à leur doxa, voilà donc ces gens qui affirment craindre une mainmise idéologique ? Non. La crainte n’est que celle de la perte du monopole de leurs idées, associée à un véritable refus de la diversité de pensée. Pour eux, un bon écrivain conservateur est un écrivain réduit au silence et à l’invisibilité. Un vieil ami l’avait compris. Il s’appelait Dantec, et il avait choisi l’exil plutôt que toute cette pourriture.
Les temps changent. Voilà ce qui n’est pas accepté. La diversité réelle entre de plain-pied dans les mondes de la culture, de l’édition et des médias. Les monopoles s’estompent, alors les enfants privilégiés de trois ans au pouvoir dans ces milieux depuis plus de quarante ans font leur petite crise. Ils pleurent et réclament une nouvelle couche. Qu’à cela ne tienne, Bolloré leur a déjà répondu : 180 écrivains partent ? Et alors ? Cela ouvrira des possibilités pour publier nombre de bons écrivains ! Il y a de nouveau de la place chez Grasset pour de grandes œuvres.
Source : https://lesnouveauxtemps.fr/



