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La gauche du capital

La gauche du capital: conférence de Charles Robin et Alain de Benoist à Montpellier

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À l’occasion de la sortie de La gauche du capital de Charles Robin, aux éditions Krisis, la revue Éléments organise une conférence à Montpellier le vendredi 5 décembre, à partir de 19 heures (Salon du Belvédère, Le Corum – allée Austasi, Montpellier). Une conférence animée par Charles Robin et Alain de Benoist. 

Éléments : « La gauche du capital : Besancenot-Parisot, même combat ! », c’est le titre de la conférence que vous donnez vendredi 5 décembre 2014 à Montpellier (détails ici). Pourquoi avoir choisi ce titre ? En quoi Olivier Besancenot et Laurence Parisot partagent-ils le même combat ?

Charles Robin : Le titre de cette conférence a évidemment quelque chose de provocateur, puisque l’on sait que le mouvement du facteur de Neuilly, le Nouveau Parti Anticapitaliste, endosse officiellement le rôle idéologique d’adversaire du capitalisme patronal, dont l’ancienne présidente du MEDEF représente l’une des figures médiatiques bien connues. À rebours de ce schéma simplificateur, je considère, pour ma part, qu’il existe entre ces deux personnages (ou, plus exactement, entre les deux courants d’idées qu’ils incarnent) une profonde complémentarité, pour ne pas dire une réelle unité. Cette unité que je résume, dans mon livre, sous l’expression de « Gauche du Capital », et qui correspond, sur le plan politique, à l’alliance objective entre le libéralisme culturel propre à l’extrême gauche et l’idéologie du Marché portée par la droite affairiste. C’est seulement à partir de la compréhension de cette « division du travail idéologique » entre Droite et Gauche (succursales politiques d’une même société libérale) qu’on peut alors véritablement saisir la trajectoire historique empruntée par nos sociétés depuis environ trois siècles. 

Éléments : Dans votre livre La gauche du capital qui vient de paraître chez Krisis (disponible ici), vous désossez littéralement la posture anticapitaliste de l’extrême gauche, au point d’écrire qu’elle fonctionne auprès d’un certain électorat « comme le plus puissant vecteur des valeurs et des codes du capitalisme ». Pouvez-vous nous expliquer cet inquiétant paradoxe ?

Charles Robin : C’est ici que l’alliance objective entre l’extrême gauche « libertaire » et la droite « patronale », que j’évoquais précédemment, perd son apparence de simple formule pour devenir, véritablement, la clef de décryptage de la domination politique contemporaine. À partir du moment, en effet, où le marqueur de « gauche » (ou d’« anticapitaliste ») n’induit plus qu’une soumission béate inconditionnelle aux totems idéologiques de l’époque (le Progrès, la Diversité, la Tolérance, etc.), il n’est pas très difficile de faire passer chaque nouvelle réforme libérale en faveur de la Croissance et de l’oppression des peuples qui lui correspond (les délocalisations massives, l’immigration de travail, la libéralisation de la prostitution et du travail des mineurs) pour de splendides avancées sur le terrain de l’« abolition des frontières » et de la « levée des tabous », sous l’égide bienveillante de la Liberté. Inutile d’être un grand virtuose du concept pour se rendre compte qu’il existe donc, en effet, une formidable imposture idéologique de l’extrême gauche, imposture d’autant plus regrettable, d’ailleurs, que ses militants y participent, la plupart du temps, à leur insu (la moyenne d’âge des sympathisants du NPA étant directement corrélée à leur degré d’immaturité et de malléabilité politiques), n’admettant toujours pas que le capitalisme s’exporte bien mieux sous les bannières multicolores de Benetton que sous les écussons bancaires ou les uniformes de l’Armée et de la Tradition.

Éléments : Pourquoi la gauche radicale considère la régularisation de tous les sans-papiers comme le marqueur de gauche par excellence, sans voir qu’elle sert objectivement le processus de domination capitaliste marchand?

Charles Robin : Il faut bien comprendre que, pour un esprit « de gauche » (ou « libéral »), toute défense philosophique des idées de « norme », de « limite » ou de « frontière » (qu’elles soient géographiques, morales ou même affectives) est automatiquement perçue comme une profanation scandaleuse de l’enceinte sanctifiée du « Droit ». Un Droit libéral qui abolit la notion de « norme historiquement établie » – la frontière matérialisant, précisément, la limite de mon droit – pour lui substituer celles d’ « éthique personnelle », de « désir individuel » et de « pluralité », conformément au projet libéral d’atomisation des individus. Dans cette optique, il devient impossible d’établir une quelconque distinction (y compris la plus élémentaire d’entre elles, à savoir la différence sexuelle) sans se voir immédiatement rejeté dans les limbes idéologiques de la « discrimination » ou de la « xénophobie ». Alors même que c’est justement dans la reconnaissance fondatrice de l’Autre (c’est-à-dire de celui qui n’est pas moi) que s’enracine la possibilité d’une diversité réelle et de l’authentique « respect » qui en découle.

Éléments : En quoi le « projet civilisationnel à vocation universelle d’une société intégralement métissée » est-il comme vous l’écrivez « effectivement totalitaire » ?

Charles Robin : Dès lors qu’une idéologie politique inscrit son déploiement dans le culte permanent d’un modèle identitaire ou ethnique (qu’il s’agisse de la figure de l’« Aryen » ou de celle, tout aussi fictive, du « Métis » – puisque ce terme ne signifie rien d’autre, finalement, que le fait d’être « mélangé »), il ne me semble pas inapproprié de qualifier un tel projet « à vocation universelle » de « totalitaire ». J’éprouve personnellement les plus grandes difficultés à concevoir que l’on puisse établir un rapport à l’autre fraternel et décent, au sein d’une société, sur la base exclusive de considérations ethniques ou de critères mélanodermiques. Il faudrait d’ailleurs que les activistes médiatiques de l’ « antiracisme » officiel commencent à s’interroger sérieusement sur le bien-fondé et la signification profonde d’une lutte qui vise à réintroduire par le conduit « humaniste » la question raciale qui, à ma connaissance, demeure étrangère à la problématique socialiste d’une « société sans classes » – et dont chacun sait bien au retour de quelle « bête immonde » celle-ci ne peut que conduire !

Propos recueillis par Alain de Benoist

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