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La bombe atomique au temps de la multipolarité

La bombe atomique au temps de la multipolarité

En 1945 la bombe atomique a été mise au point et la démonstration de sa capacité de destruction quasiment illimitée a été faite sur le Japon. Peu après, l’équilibre géopolitique du monde s’est figé autour de deux blocs qui se sont fait face pendant un demi-siècle. Ce fut une période de paix relative malgré deux grandes exceptions, la Corée et le Vietnam, et quelques autres plus limitées en Amérique latine et en Afrique. Cette période a connu des conflits de décolonisation, notamment au Vietnam, en Algérie (contre le colonisateur) en Inde et en Palestine (entre prétendants à la succession), et le processus a abouti à un alignement quasi-général sur l’un ou l’autre bloc. Le mouvement des non-alignés n’a eu qu’une influence limitée. Mais aujourd’hui, la donne est en train de radicalement changer...

L’équilibre de l’après-guerre était celui de la dissuasion nucléaire. Il reposait sur une égalité approximative des arsenaux, d’abord à la hausse, puis dans la seconde phase, celle du « dégel », à la baisse avec les traités de limitation des armements. Il impliquait également qu’aucun des deux blocs ne pénètre dans la zone d’influence de l’autre afin d’écarter le risque d’un embrasement qui pourrait prendre des dimensions apocalyptiques. L’OTAN n’est intervenue ni à Berlin en 1953, ni à Budapest en 1956, ni à Prague en 1968, ni à Gdansk en 1981[1]. Et les tentatives soviétiques de prendre pied en Amérique latine ont fait long feu malgré la révolution cubaine. Chacun de deux empires , avec des méthodes différentes, garantissait l’ordre dans sa sphère. Ce système a assuré un demi-siècle de paix en Europe, avec la prospérité à l’ouest et l’oppression à l’est.

Quand est apparu, dans les années 1960, le risque d’une prolifération des armes nucléaires, les grandes puissances, c’est-à-dire les cinq membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU, déjà détenteurs de l’arme nucléaire, ont été en mesure de l’endiguer, ce qui s’est traduit par le Traité de Non Prolifération Nucléaire. Le TNP, signé en 1968 a réservé la possession de cette arme à ceux qui l’avaient déjà. L’Inde, le Pakistan, Israël, n’ont pas signé le traité et se sont passé d’autorisation. Mais ayant chacun des cibles limitées et clairement identifiées, Ils ont pu être considérés comme des exceptions n’infirmant pas la règle[2].

La menace d’une apocalypse nucléaire était alors très présente dans la conscience collective, entretenue par les images de champignons nucléaires dans la presse et aux « Actualités ». La conscience du péril semble avoir disparu en même temps que les essais à ciel ouvert. La crainte du feu nucléaire s’est estompée au moment où la guerre elle-même a disparu de l’horizon des sociétés occidentales. Or l’effet dissuasif de MAD (Mutual Assured Destruction) repose en grande partie sur la terreur qu’elle inspire aux opinions publiques.

D’autres facteurs accroissent le péril alors que les arsenaux nucléaires restent considérables : la complication et l’automatisation croissantes des systèmes d’alerte ; la miniaturisation qui permet d’envisager un usage limité de l’arme atomique, la simplification par internet de l’accès aux données techniques permettant de construire au moins une bombe sale[3]. A quoi s’ajoute l’apparition d’une cybermenace dont les limites sont encore floues mais dont on devine qu’elle pourrait provoquer des destructions apocalyptiques avec ou sans le déclenchement de l’arme atomique. Au-delà de ces évolutions techniques, je voudrais évoquer des modifications du paysage géopolitique qui brouillent les repères ayant jusqu’à présent borné le risque nucléaire : l’effacement des limites de la guerre, l’idéologisation de la guerre, la fin de l’équilibre des blocs et la multipolarisation du monde.

La guerre mondialisée

Dans Guerre et Paix, Léon Tolstoï observe que la guerre franco-russe de 1812 a infirmé le schéma classique : deux pays, deux armées, une guerre, une bataille décisive et le pays dont l’armée l’emporte gagne la guerre. En 1812, il n’y eut pas de bataille décisive (Borodino fut un massacre mais l’armée russe recula en bon ordre) et à la fin le pays envahi, la Russie, remporta la victoire.

Cette exception à ce qu’on pourrait appeler le paradigme westphalien de la guerre allait devenir la règle dans la seconde moitié du XXe siècle avec l’apparition des guerres asymétriques. Dien Bien Phu , la guerre du Kippour et les Malouines, furent les dernières batailles au sens de l’affrontement de deux armées de force commensurable en un lieu et un moment limités. La guerre est devenue diffuse.

Ce qu’on a vu depuis ce sont des guérillas, des bombardements suivis ou non d’incursions armées, du terrorisme, le remplacement du champ de bataille par la guerre moléculaire des drones et les duels de missiles à longue portée, l’apparition de forces armées non-étatiques parfois télécommandées , une guerre électronique à bas bruit aux protagonistes insaisissables, des attaques sur les câbles et les tubes qui sont le système nerveux et le réseau sanguin de l’économie mondialisée.

La mondialisation n’a pas seulement réorganisé l’économie mondiale, homogénéisé les modes de vie, elle concerne aussi la guerre. La moindre guérilla a besoin d’armes sophistiquées fabriquées dans les « chaînes de valeur » mondialisées. La Russie et l’Ukraine consomment des quantités phénoménales de munitions  et d’armements fabriquées entre Seattle et Valdivostock, l’État ukrainien survit grâce aux aides européennes, Israël dépend de celles des États-Unis, la guerre ukrainienne des drones nécessite l’appui des satellites d’observation américains, de même que les missiles iraniens bénéficient des capacités d’observation russes ou chinoises. Les pays fournisseurs de ces soutiens , l’Europe, la Chine, les États-Unis sont-ils parties au conflit ? La guerre des propagandes dont le terrorisme est une version sanglante, s’attaque à des cibles situées parfois très loin du théâtre d’opérations mais où l’opinion publique influe sur la capacité ou la volonté des dirigeants à mobiliser leur économie en appui aux belligérants directs.

Enfin, les deux principaux conflits en cours, en Ukraine et dans le Golfe , marquent une nouvelle étape dans cette mondialisation de la guerre : il compromettent et redéfinissent les circuits mondiaux d’approvisionnement énergétique touchant les pays non autonomes en énergie comme les pays producteurs, c’est-à-dire tout le monde. Dans cette guerre généralisée de l’énergie, il y aura des gagnants et des perdants. On connaît déjà un perdant assuré: l’Europe.

La formule de Clausewitz, « la guerre, continuation de la politique par d’autres moyens » est toujours exacte, mais continuation ne doit plus nécessairement être entendu dans un sens diachronique. Les limites de la guerre et de la paix s’estompent en même temps que les limites géographiques des conflits et la clarté des chaînes de décision. Ce brouillard est favorable à la prolifération nucléaire et éminemment défavorable à la dissuasion qui nécessite des partenaires clairement identifiés et prévisibles. L’utilisation d’armes nucléaires tactiques est aujourd’hui du domaine du possible.

La guerre idéologique

Un deuxième trait des guerres contemporaines, c’est que ce sont de plus en plus des conflits idéologiques.

La guerre traditionnelle avait pour but de prendre un avantage sur un voisin, qu’il s’agisse d’un territoire, de ressources matérielles ou de main d’œuvre servile. Mais depuis les croisades, l’Occident a inventé, et n’a cessé de conduire, des guerres d’un type nouveau, les guerres idéologiques. L’adversaire n’est plus seulement un rival à dominer, il incarne un mal à éradiquer. Souvent, les motivations relevant de l’intérêt et celles qui ressortissent à l’idéologie se sont trouvées mêlées. La seconde guerre mondiale, parmi d’autres innovations, a marqué un basculement vers le pôle idéologique. Les Mémoires du commandant en chef des troupes alliées s’intitulent « Croisade en Europe ».

La guerre idéologique ne vise pas à extorquer un avantage à l’adversaire mais s’attaque à son être-même. Elle ne vise pas un traité mais la capitulation sans conditions et, si possible, une forme ou une autre d’anéantissement. Ainsi l’éradication de « l’entité sioniste » préparée par les mollahs iraniens, comme la destruction de leurs capacités militaires par les Israéliens, ne sont pas des objectifs négociables pouvant être inscrits dans un traité. Ils le sont d’autant moins que de part et d’autre le conflit revêt une dimension religieuse : le clergé iranien ne tolère pas une souveraineté juive sur ce qui fut une terre musulmane, les partisans du Grand Israël font une lecture littérale de la Bible.

Toutes les guerres de regime change appartiennent à cette catégorie.

De même, la guerre d’Ukraine n’est comprise par aucun des belligérants comme une simple dispute territoriale. La Russie voit dans la dérive occidentale de l’Ukraine (ex Petite Russie), un danger, moral autant que militaire, pour son existence nationale. D’où le thème de la « dénazification ». Elle estime que par-delà le « roll back » engagé avec l’élargissement de l’OTAN, c’est l’annihilation de sa puissance, voire son démantèlement qui est recherchée. L’Ukraine, de son côté, lutte pour son droit à vivre dans le système de valeurs occidental. C’est le très vieux conflit religieux de l’Occident et de l’orthodoxie qui ressurgit sous une nouvelle forme.

L’idéologisation de la guerre porte en elle-même la montée aux extrêmes.

Le monde multipolaire

Entre la première guerre froide et la seconde, dont on peut dater le commencement avec le discours de Vladimir Poutine à Munich en 2008, l’équilibre géopolitique antérieur a été bouleversé. La disparition de l’Union soviétique a été suivie d’une avancée de l’OTAN vers l’est jusqu’aux frontières de la Russie. Ce mouvement supposait acquise l’affaiblissement de la Russie, laquelle ne l’entend pas de cette oreille, son stock d’ogives nucléaires étant encore équivalent à celui des USA .

Dans le même temps, la montée en puissance de la Chine a transformé un jeu à deux en un jeu à trois. L’Inde est pour l’instant une grande puissance en gestation dont l’influence ne s’étend guère au-delà de ses frontières ; La restauration d’un califat islamique, si elle suscite de sérieux bouillonnements, n’a toujours pas choisi son leadership entre Ankara, Téhéran et Ryad ; Enfin l’Europe, relativement unie sous la suzeraineté américaine, n’a jusqu’à présent montré aucun signe d’une capacité ou d’une réelle volonté à s’imposer comme une puissance autonome.

Le jeu à trois, offre plus de possibilités d’alliances , à la fois entre les trois (ainsi « l’amitié sans limites » russo-chinoise contre l’Occident), avec leurs périphéries comme on le voit au Proche-Orient, et aussi entre celles-ci. Ainsi, les « hedgers »[4] ont acquis assez d’indépendance économique pour expérimenter sans complexe des jeux d’alliances multiples.

Ce moment multipolaire est-il destiné à durer, à s’amplifier? Ou bien prélude-t-il à de nouveaux alignements dont les BRICS ou l’Organisation de la Coopération de Shanghai seraient des préfigurations ? Une chose est sûre c’est que la multipolarité accroît le risque de prolifération. Une dizaine de pays ont sans doute aujourd’hui la capacité de se doter d’une arme nucléaire. Personne ne pense sérieusement que l’ONU ou le droit international sont en mesure de s’y opposer. L’équilibre des empires est, à ce jour, la seule forme connue de limitation du risque nucléaire.

C’est une raison, parmi d’autres[5], pour lesquelles la multipolarisation risque d’apparaître bientôt comme un réaménagement des plaques impériales plutôt qu’un harmonieux concert des nations. Un monde où il est possible de projeter des hommes , des marchandises, des images ou des missiles à des milliers de kilomètres s’organise naturellement autour de ceux qui disposent des plus fortes capacités pour le faire.

 En même temps, malgré les annonces répétées du dépassement des États-nations, le nationalisme, sauf en Europe occidentale, ne paraît nullement s’étioler et même, contrecoup de la mondialisation, les revendications nationales ne cessent de s’étendre. Pour autant les clés de l’apocalypse ne peuvent être laissées entre toutes les mains. C’est donc des nouvelles dialectiques entre les « États civilisationnels », ci-devant empires, et la pluralité des nations que dépendra la limitation, ou l’extension, de la prolifération nucléaire.

Empires et Nations

L’insertion des nations dans ou autour des plaques impériales, après la disparition des empires centraux[6], a pris au cours des deux derniers siècles des formes très variées.

La colonisation de l’Afrique a été brève, quelques décennies. Elle a laissé derrière elle le modèle de l’État-nation dans des conditions tout autres que celles de son instauration en Europe, et des dépendances multiples , économiques, culturelles, voire alimentaires, avec les anciens centres impériaux. C’est une situation instable qui laisse la porte ouverte à des reconfigurations dont le dernier exemple est le rejet de la France par des pays du Sahel et leur rapprochement avec la Russie. L’Afrique du sud, Etat-paria au temps de l’apartheid, s’est doté de l’arme atomique avant d’y renoncer à la fin de la menace soviétique[7] et à la veille de la translation du pouvoir vers la majorité noire.

L’empire russe a fait sa conquête de l’Est au XIXe siècle en même temps que les États-Unis entreprenaient leur conquête de l’Ouest. Le résultat est paradoxal : alors que la démocratie américaine a réglé la question des nations autochtones par leur extermination, l’autocratie russe a maintenu et utilisé des élites locales préservant ainsi, par-delà les changements de régime politique, des singularités nationales sans dénivelé majeur avec le centre russe. Si bien qu’après la disparition de l’URSS, il n‘y a pas eu de rejet violent de l’influence russe à l’est et au sud de l’Oural (hors les menées islamistes au Caucase). Aujourd’hui encore, bien qu’intéressée par les nouvelles perspectives turques ou chinoises, la périphérie asiatique de la Russie ne renie pas ses liens historiques avec elle.

Il n’en va pas de même sur le versant européen de l’empire. D’abord avec la catastrophe pour la Russie et la chance pour les États-Unis[8], que fut l’incapacité du tsarisme à donner une place dans la société russe à la minorité juive. Puis, au XXe siècle, la dictature soviétique a étendu l’empire à l’Europe orientale sans être capable de lui proposer autre chose qu’un socialisme étriqué et la « souveraineté limitée ». Le ressentiment de ces pays envers l’URSS a survécu à celle-ci sous la forme d’une défiance voire d’une détestation de la Russie, encore exacerbées par la guerre d’Ukraine. Aux termes des Mémorandums de Budapest, l’Ukraine, le Kazakhstan et la Biélorussie ont, en 1994, renoncé à leur arsenal nucléaire, les États-Unis, le Grande-Bretagne et la Russie se portant garants de leur intégrité territoriale. L’invasion russe de 2022 a confirmé qu’une garantie enregistrée par le droit international ne vaut que dans un solide système d’alliances[9].

Les États-Unis ont, quant à eux, littéralement inventé un nouveau modèle impérial, sans domination politique directe des vassaux, sans tribut, mais par l’extension illimitée dans leur sphère d’influence du système qui leur est le plus profitable, le libéralisme, sous la protection effective de l’US navy et celle, plus théorique, d’un « parapluie nucléaire ». Et ils ont su (grâce aux Juifs russes d’Hollywood), transmuer leur puissance en arme de séduction massive. Ce système, mis en place en 1945, touche à sa fin après avoir connu d’admirables succès. Le parfum de l’Amérique enivre encore jusqu’à Moscou, Alger, Lagos, Riyad ou Séoul, mais la croyance dans l’automaticité et l’efficacité de la protection américaine a été mise à mal par les actuelles guerres d’Ukraine et du Golfe faisant suite à la débâcle afghane.

La plus grande réussite de cet imperium a été la « construction européenne », la réunion des Européens teigneux en un énorme conglomérat prospère qui vit sa vie librement sous protection américaine. On en voit aujourd’hui les limites. Sous l’empire libéral américain l’Europe occidentale est entrée dans le  Palais de cristal  de la société de consommation, mais celui-ci évoque de plus en plus l’île aux Plaisirs de Pinocchio. Le prix à payer n’est pas la transformation en ânes (encore que…), c’est le nihilisme dont l’effondrement démographique est la conséquence mortelle. Des sociétés où l’union féconde a perdu son évidence n’ont pas un grand avenir devant elles.

L’Europe, économiquement dans le trio de tête, peut-elle devenir la quatrième puissance impériale ? Depuis 1500 ans, elle a tenté plusieurs fois, en vain, de faire revivre l’empire romain. C’est la fragmentation nationale qui l’a emporté. La tentative actuelle d’un empire sans centre impérial a commencé par la délégation de la puissance aux États-Unis. Le retrait du suzerain américain laisse une Europe encore riche, pacifique, mais désorientée. Elle tente de s’engager dans la voie de la construction d’une puissance militaire mais, de façon étrange, pour tenir tête à un ennemi, la Russie, désigné par ses nouveaux membres échappés du Pacte de Varsovie et par le suzerain américain. Lequel, de son côté, s’apprête désormais à faire affaire avec la Russie, laissant l’Europe continuer à se ruiner pour l’Ukraine après s’être privée des hydrocarbures russes.

La logique géographique, économique, culturelle, eût pourtant voulu qu’à l’issue de la première guerre froide, l’Europe recherche des arrangements de sécurité et de co-prospérité, selon la vision gaullienne, dans la voie de « l’Europe de l’Atlantique à l’Oural ». Ce n’est pas le choix qui a été fait, et avec le désengagement américain, l’UE se trouve désormais dans une dangereuse incertitude stratégique. La France envisage d’européaniser sa force de dissuasion, mais elle n’a pas encore trouvé la formule de cette quadrature du cercle: comment partager une arme dont l’emploi met en jeu l’existence même de la nation ?

MAD ne suffit plus

 La dissuasion par MAD a fonctionné au temps des deux blocs serrés sous le « parapluie nucléaire » de leur chef de file, aussi douteuse qu’apparaisse aujourd’hui cette notion. Les États-Unis pouvaient alors imposer à Taïwan de renoncer à son programme nucléaire. Dans le nouveau jeu à trois, la Chine, qui n’apprécie guère le resserrement des liens entre Pyong-Yang et Moscou, a cessé de réclamer « la dénucléarisation de toute la péninsule coréenne ». La doctrine russe autorise désormais une première frappe en cas de menace vitale, fût-elle conventionnelle, mais l’Ukraine a pu détruire 10% des bombardiers stratégiques de la Russie, attaquer son système d’alerte précoce, sans entraîner de riposte ou seulement d’ultimatum nucléaire. Nul doute que les stratèges américains et chinois en ont pris bonne note. MAD ne suffit plus.

Dans les années 1970-80, vers la fin de la première guerre froide, les traités de réduction des armements et la lutte contre la prolifération étaient considérés comme des étapes indispensables vers la pacification des relations internationales. Beaucoup de choses ont changé depuis, mais ce qui n’a pas changé c’est l’existence de plusieurs milliers d’ogives nucléaires et de la technologie permettant d’en construire d’autres. Malgré la guerre faite à l’Iran pour le forcer à renoncer à l’arme atomique, cette préoccupation semble pourtant être passée au second plan des recompositions en cours. La tension entre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et les impératifs de la sécurité collective, l’opposition entre « l’illibéralisme » des empires et les aspirations démocratiques, ne sont pas prêts de s’apaiser. Mais un conflit nucléaire limité accélérerait certainement les regroupements impériaux. En cas de guerre nucléaire générale, ces débats s’éteindront, avec ce que nous avons considéré jusqu’ici comme l’humanité.

[1] L’URSS et les États-Unis se sont affrontés indirectement en Corée et au Viet-Nam. Ces théâtres d’opération étaient suffisamment éloignés pour ne constituer une menace ni pour l’un ni pour l’autre.

[2] La Corée du nord a poursuivi un programme clandestin visant à se doter de l’arme nucléaire et s’est retirée duTNP en 2003. Elle est depuis sous sanctions internationales.

[3] Bombe traditionnelle répandant des matériaux radio-actifs. La disparition de l’URSS a entraîné la perte de contrôle de certains stocks de matériaux radio-actifs. Leur contrebande est encore active aujourd’hui.

[4] États de taille moyenne ayant acquis une puissance économique suffisante pour développer une diplomatie indépendante . Cf Zaiki Laïdi, Yves Tiberghien : Hedgers, les nouveaux non-alignés, Le Grand Continent, 30 mars 2026

[5] Sur la fin de la globalisation néo-libérale et l’émergence de nouveaux espaces impériaux, voir en particulier Marc Orain Le monde confisqué, Essai sur le capitalisme de la finitude (XVIe-XXIe siècle) Flammarion 2025

[6] Le Reich allemand, l’empire austro-hongrois et l’empire ottoman ont disparu à l’issue de la première guerre mondiale.

[7] Retrait des troupes cubaines d’Angola en 1988.

[8] Au XXe siècle 38% des prix Nobel américains ont été des juifs, en grande majorité originaires de l’empire russe.

[9] La Russie a estimé que le mémorandum de Budapest avait été rendu caduc par la violation de l’ordre constitutionnel à Kiev en 2014.

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