Le magazine des idées
La Bataille de Gaulle : le général pris en otage par la gauche

La Bataille de Gaulle : le général pris en otage par la gauche

« La Bataille de Gaulle, L’Âge de fer » peine à trouver son public. Pourtant, ni le sujet ni non plus la seule qualité du film ne semblent en cause. Le véritable naufrage est peut-être ailleurs : dans une communication incapable d'assumer pleinement la figure de De Gaulle et plus soucieuse de séduire les prescripteurs culturels de gauche que le public naturel d'une grande fresque historique française.

En salle depuis maintenant plus d’une semaine, le film La Bataille de Gaulle, L’Âge de fer, qui portait le combat salutaire d’ouvrir le chemin à des surproductions cinématographiques sur l’histoire de France, se dirige vers un échec commercial malgré un budget pharaonique pour une production française estimé à entre 74 et 100 millions d’euros. Si les critiques sont à de rares exceptions très positives, la réussite commerciale, elle, n’est pas au rendez-vous. Les Français ne seraient-ils pas sensibles à leur propre histoire et culture ? La réussite commerciale fulgurante du Comte de Monte-Cristo avec plus de 9 millions d’entrées semble pourtant prouver le contraire et confirmer l’appétence des Français pour ce qui met en exergue leur culture. Alors pourquoi ce fiasco ?

Au-delà de l’absence de campagne de publicité massive, aujourd’hui quasi obligatoire pour chaque grosse production (le budget marketing des superproductions américaines équivaut souvent à leur budget de production), et de la présence de trop rares affiches bien ternes et sans âme par rapport à celles complètement assumées des films américains (on remarque d’ailleurs la quasi disparition du visage du général et de sa stature, pourtant censé être un des arguments principaux du film).

Erreurs de casting à la chaîne

Le principal problème, pour quiconque a observé de loin le développement, la production et la campagne promotionnelle du film, réside dans la communication qui l’a accompagné. L’échec initial de l’œuvre semble en effet moins imputable à son contenu qu’à la gestion de son image, assez difficile à cerner.

Lorsque par exemple l’acteur principal qui joue de Gaulle, Simon Abkarian, déclare dans un entretien à Libération : « Je ne voterai pas à droite, ça c’est sûr. Encore moins à l’extrême droite. » Devrait-on lui demander ce qu’il pense des idées d’un général fervent catholique ayant baigné dans la tradition maurrassienne ? De Gaulle était-il donc de gauche à son insu ? La suite de l’entretien apparaît comme une succession de tentatives destinées à attirer un public de gauche, en tournant en ridicule la figure du général, en évoquant sa « bouffonnerie », tout en lui donnant une aura d’« exilé », oubliant la différence entre un général condamné à mort pour trahison, obligé de quitter son pays pour poursuivre le combat ayant pour but de libérer sa patrie, et ces « exilés » modernes que sont les migrants.

Que dire sinon du choix de Mathieu Kassovitz, symbole de ce que le gauchisme culturel propre au milieu du cinéma peut donner de pire, pour jouer l’amiral Darlan ? Lequel Kassovitz déclarait il y a à peine un an : « Si, il y a des Français de souche, c’est ce qu’on appelle des fins de race. » S’aliéner le public cible par le choix des acteurs et leurs déclarations ne risque pas de donner une bonne image du film et l’inciter à se déplacer.

Sans parler non plus de la lassitude justifiée des Français au sujet de la Seconde Guerre mondiale, surtout lorsque le jeu politique se transforme en échange de points Godwin, que l’on brandit à tout bout de champ les heures les plus sombres ou le bruit des bottes à la moindre pensée de travers. Ou bien que le simple fait d’évoquer la suppression du droit du sol vaut àJordan Bardella d’être taxé de Vichyste par la classe politique (on doute que les cent soixante autres pays dont la citoyenneté est basée sur le droit du sang ait suivi l’exemple du régime de Vichy).

La libération plutôt que Libération

Ajoutons pour couronner le tout : la volonté des producteurs de tout parier sur une sortie à Cannes, misant sur les bons points décernés par la gauche caviar festivalière, le tout dans son journal fétiche Libération, de façon à s’assurer de bonnes critiques et donc une réussite commerciale. Erreur. Le feu des critiques de gauche n’a nullement desservi un film comme BAC Nord (plus de 2,2 millions d’entrées) ; sans doute que la publicité gratuite d’une presse cinéma largement acquise à la gauche a poussé de nombreuses personnes à s’y rendre. Que dire aussi de L’Abandon, film sur l’assassinat de Samuel Paty, sujet pourtant plus que polémique, et dont le succès a même étonné les producteurs, et ce malgré les craintes humides du journal L’Humanité exprimant ressentir « un sentiment de malaise, laissant craindre des risques de stigmatisation ».

Alors qu’aurait-il fallu faire pour défendre La Bataille de Gaulle, L’Âge de fer ? Eh bien tout simplement assumer : assumer la volonté de dépeindre la France et son histoire, de mettre en avant une figure et de tenter d’en dresser le portrait dans toute sa complexité, attirer le public non pas en cherchant à plaire à tous et à ne pas brusquer, mais bien en apportant un vent de fraîcheur cinématographique. Au fond, ce film aurait dû incarner jusque dans son marketing ce qu’était le général, une figure de la France, inscrite dans son histoire longue, décrié par certains, aimé par d’autres, mais toujours soucieuse de s’adresser à cette France profonde dont elle tirait sa légitimité. Tout ce que l’équipe de communication semble avoir superbement ignoré, consciemment ou non.

Au final, à quoi bon mobiliser des moyens financiers considérables et des ressources techniques impressionnantes si l’on ne se donne pas les moyens moraux de croire soi-même à la réussite de son projet ?

Pour autant, faut-il voir le film ? Assurément, ne serait-ce que pour soutenir la timide tentative de revaloriser l’histoire de France, pourtant si riche et largement inexploitée au cinéma.

Cela ne doit pourtant pas nous empêcher de pointer l’échec de la communication du film. À force de vouloir séduire un public élitaire et rassurer la gauche en dépolitisant son sujet, elle a largement contribué à brouiller son image. Aussi, à courir après un public qui n’aurait de toute manière jamais été voir le film, la production s’est partiellement coupée de la base populaire qui fait le succès de ces films centrés sur l’histoire de France.

Laisser un commentaire

Sur le même sujet

Actuellement en kiosque – N°220 – juin – juillet 2026

Revue Éléments

Découvrez nos formules d’abonnement

• 2 ans • 12 N° • 96€
• 1 an • 6 N° • 52€
• Durée libre • 8,90€ /2 mois
• Soutien • 12 N° • 200€

Newsletter Éléments

Recevez chaque semaine, l’agenda des événements, nos dernières parutions, nos actualités.