Joyeux Noël et bonne année chez vous

Fiction ou réalité ? Et si les confinements à répétition allaient repousser les fêtes de fin d’année. Même derrière des masques et des écrans, hors de question de célébrer Noël… Le risque sanitaire est trop grand, pensez donc !
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Malgré les fenêtres laissées grandes ouvertes, l’atmosphère de l’appartement était moite et étouffante. S’affairant dans la cuisine, François suait à grosses gouttes en pestant tout à la fois contre le réchauffement climatique et l’interdiction de toutes les climatisations privées survenue quelques mois auparavant suite aux graves coupures d’électricité de l’hiver dernier causées par la surconsommation domestique.

L’été était chaud, il est vrai, et on commençait à craindre une nouvelle canicule. Le thermomètre affichait 35 degrés en ce début de soirée du 24 juillet.

La demi-dinde aux marrons était presque cuite. Cela faisait beaucoup pour une seule personne, mais il pourrait la finir froide durant le week-end, ce qui lui permettrait d’ailleurs d’économiser quelques raviolis en conserve en attendant son prochain jour de courses autorisées, fixé au mardi suivant.

Les fêtes de famille sur Zoom

L’heure des festivités approchait. François installa son PC portable devant son assiette et se connecta sur Zoom. Au bout de quelques instants, plusieurs fenêtres apparurent sur l’écran. Sur la première, sa sœur et ses deux enfants arboraient de magnifiques masques de protection décorés d’étoiles et de sapins. Sur la seconde, le visage couperosé de tonton Marc semblait littéralement collé à la caméra, ses yeux déjà légèrement vitreux annonçant un apéritif sans doute débuté la veille. Sur la dernière, on voyait le beau lustre du salon parental.

– On ne te voit pas, Papa, baisse la caméra…

– Qui me parle ? répondit une voix déjà visiblement excédée.

– Ben c’est moi, ton fils préféré… précisa François.

– De quelle caméra tu parles ? Y’a pas de caméra sur ce truc de merde ! s’énerva encore davantage la voix paternelle.

– Le petit rond avec une lumière rouge en haut de l’écran… il faut que tu baisses un peu ton écran… tenta d’expliquer François.

On entendit alors plusieurs bruits de manipulation avant de voir apparaître l’extrémité basse de la cravate fleurdelisée du père.

– C’est bon comme ça ?

– C’est parfait, conclut François dans un sourire.

Toute la famille était donc réunie pour célébrer ce double réveillon, Noël et Nouvel an, décalé par décret gouvernemental à cette date estivale par précaution sanitaire.

Le jour avait été choisi dans l’optique d’une accalmie de la progression des contagions qui permettrait d’alléger le confinement et de ré-autoriser un certain nombre de déplacements inter-régionaux autorisant la réunion ponctuelle des familles. Hélas, une quatrième vague épidémiologique avait été enregistrée quelques jours avant la date tant attendue, obligeant les autorités à maintenir le degré d’urgence sanitaire rouge cramoisi, synonyme de maintien du confinement le plus strict. La nouvelle avait créé une certain émoi dans l’opinion – on évoqua même quelques cas de suicides –, des protestations s’étaient élevées, mais le calme était rapidement revenu après l’annonce du déploiement de l’armée afin d’éviter « toute réunion familiale sauvage » et toute tentative de libations collectives dépassant le strict cadre du foyer.

Je te souhaite un cyber-réveillon

De toute façon, il s’agissait d’une mesure prise pour le bien commun, la santé de tous, et on n’allait pas tristement sombrer dans la paranoïa complotiste de quelques illuminés imaginant que le maintien de cette existence carcérale globale puisse avoir d’autres justifications… On était encore en vie, et l’on devait déjà être bien content de cela.

François s’était levé pour aller chercher une demi-bouteille de champagne. Après s’être rempli une coupe, il l’agita devant l’écran en souhaitant un timide « Joyeux Noël et bonne année ! » aux autres cyber-commensaux qui en firent de même. Suivi un long et lourd silence… La cravate du père avait déjà disparu de l’écran.

Les secondes défilaient et le pathétique de la situation s’imposait de plus en plus lourdement.

– Pour les cadeaux des enfants, les virements bancaires sont bien arrivés, merci à tous ! balbutia la frangine avant de prétexter un chapon en train de brûler pour clore la connexion.

Restait Tonton Marc, plus rougeaud que jamais, la mine fermée mais la lèvre tremblotante. On le sentait prêt à dire quelque chose ou à fondre en sanglots…

– Quelle bande d’enculés quand même… finit-il par lâcher. Ne sachant pas quoi ajouter, François referma son ordinateur. Il était 20 h 54. Il alla se coucher.

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