Jean-pierre Guéno

Jean-Pierre Guéno : « L’interview de cet homme d’affaires américain est authentique»

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Vraie ou fausse ? L’interview d’un banquier américain parue dans la revue Les Annales en mars 1917 et lue à l’antenne des Chroniques de la Vieille Europe, mardi 29 avril, par Patrick Péhèle a intrigué bon nombre des auditeurs de Radio Courtoisie et des lecteurs du blog d’Éléments. Nous avons donc contacté Jean-Pierre Guéno, commissaire de la très belle exposition « Entre les lignes et les tranchées » au Musée des Lettres et Manuscrits à Paris, qui se déroule du 9 avril au 31 août 2014.

Michel Thibaud : L’exposition « Entre les lignes et les tranchées », qui se déroule au Musée des Lettres et Manuscrits à Paris, et dont vous êtes le commissaire est à plus d’un titre remarquable. Entre autres documents, Il y a notamment cette interview d’un banquier américain parue en mars 1917 dans la revue Les Annales. Comment en avez-vous eu connaissance? Dans quelles circonstances l’avez-vous retrouvé ?

Jean-Pierre Guéno : Ce document était déjà connu par un cercle d’historiens et des extraits avaient été utilisés. J’ai pu retrouver un original qui figure dans l’exposition. L’article est bien paru dans Les Annales en mars 1917. Il figure dans l’exposition et dans le livre Entre les lignes et les tranchées. Photographies, lettres et carnets 1914-1918, publié chez Gallimard. Vous savez, je suis un « passeur de mémoire ». L’histoire n’est jamais ni blanche ni noire. Mon rôle consiste à éclairer les deux faces de la médaille, mais pas de penser à la place des visiteurs. Lorsqu’une face de la médaille devient une image d’Epinal, je me demande toujours si l’histoire n’a pas été instrumentalisée : je me contente de montrer l’autre face… 

L’entretien de ce banquier américain est presque trop beau pour être vrai. Trop de cynisme, de morgue, de mépris. Quel crédit peut-on accorder à Camille Ferri-Pisani ? Ne craignez-vous qu’il s’agisse d’un faux ?

Jean-Pierre Guéno : J’ai enquêté sur Camille Ferri-Pisani, il est l’auteur de romans mais aussi journaliste et ses articles avaient beaucoup de crédit à l’époque. C’est un américanophile déclaré qui a la confiance de la personnalité interviewée. Les propos du personnage sont bruts mais sincères, ce n’est peut-être d’ailleurs pas un banquier, mais plutôt un homme d’affaires, un grand industriel, de l’importance d’un Rockefeller. Ce qu’il prédit est ce qui va arriver. Sa logique est simple : il est plus rentable de vendre des pelles aux chercheurs d’or que d’être chercheur d’or. En outre, l’article aurait pu être bloqué par la censure ou le quai d’Orsay, le fait qu’il soit passé prouve encore plus son authenticité.

Dans un article de la Revue électronique du Centre d’histoire de Sciences Po, l’historienne Clotilde Druelle-Korn met en doute la déontologie du journaliste Camille Ferri-Pisani. Paul Jorion ne semble pas, lui non plus, convaincu. Que leur répondez-vous ?

Jean-Pierre Guéno : Paul Jorion et l’historienne en question n’ont pas vu l’exposition ni lu le livre. Si le nom de la personnalité américaine n’a jamais été dévoilé, cela prouve qu’à l’époque, un journaliste savait tenir ses engagements de confidentialité.

Propos recueillis par Michel Thibaud

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