Jean-Marc Jancovici : « Nous nous dirigeons vers un monde où nous aurons moins de moyens pour plus de problèmes. »

Le grand soir est-il arrivé pour l’écologie ? Pour en parler, France Culture reçoit Jean-Marc Jancovici, ingénieur consultant en énergie/climat, enseignant à Mines ParisTech et président du think tank The Shift Project.
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Le gouvernement en avait fait sa priorité pour l’acte II du quinquennat, mais c’était avant les difficultés que nous connaissons aujourd’hui. Faut-il y voir une opportunité pour que les paroles se concrétisent ? Comment amorcer une transition sans effondrement social dans ce contexte ? Comment accompagner et guider les entreprises dans ce moment stratégique ?

Sommes-nous dans une nouvelle phase de la transition énergétique ?
Il y a une transition énergétique cachée derrière cette crise dont on ne se rend pas compte, qui concerne le pétrole. Avant la crise du Covid, la production de pétrole dans le monde s’est arrêtée de croître depuis maintenant un an et demi. Et le Covid n’a fait qu’accélérer cette tendance là. La crise économique a fait plonger les prix du pétrole vers le bas. Et l’offre de pétrole va baisser.

La transition énergétique qui va se faire sans qu’on s’en rende compte, c’est que l’après ne pourra pas revenir au niveau de l’avant parce qu’il n’y aura pas assez de pétrole. Donc, une partie du tourisme ne pourra pas revenir. Quoi qu’on fasse, une partie des déplacements ne pourra pas revenir, tout comme une partie de l’économie.

Les conséquences d’une transition faite de force
On va opérer graduellement une transition de force car on n’a pas voulu faire celle qui était de gré. En ce moment, la transition énergétique est une diminution de la consommation subie. En France comme dans beaucoup de pays européens, on voit la transition énergétique comme une évolution technologique dans un univers en croissance. On a des lois en France de « croissance verte ». En fait, la transition énergétique va passer par une privation du pétrole, du charbon et du gaz. Donc toute cette production va se contracter, et l’économie va elle-même se contracter. Et la grande question est d’organiser un monde dans lequel il n’y a pas de plus en plus mais de moins en moins.

Dans un monde qui se réchauffe de quelques degrés, disons 4 à 5 degrés d’ici 2100, il y aurait à partir de 2070 entre 1,5 et 3 milliards d’hommes sur Terre qui devraient vivre dans des conditions qui sont plus chaudes que le Sahara actuel. Et il y aurait 1 milliard de personnes qui vivraient donc dans des zones dans lesquelles, à peu près tous les jours de l’année, les conditions extérieures seraient mortelles.

Va-t-on vers un vrai changement de modèle ?
Remplacer du nucléaire qui ne fait pas de CO2 par de l’éolien ou du photovoltaïque qui n’en font pas non plus en fonctionnement, ça ne fait rien gagner. Et par ailleurs, il faut dépenser plus de CO2 pour faire le panneau que pour faire de la centrale nucléaire. En fait, on peut même perdre quand on remplace par du photovoltaïque. (…) Le grand paradoxe, c’est que développer du solaire et de l’éolien augmente le risque nucléaire et ne le baisse pas. Ce qu’on est en train de faire est le parfait exemple d’un problème mal compris.

Source France Culture

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