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Jean-Luc Mélenchon, chef émeutier et commandeur des croyants

Jean-Luc Mélenchon, chef émeutier et commandeur des croyants

Jean-Luc Mélenchon se lève tous les jours du pied gauche. C’est sûrement la raison pour laquelle il passe son temps à insulter tout ce qui est à sa droite. Pas dit que ce soit la bonne méthode, mais c’est la sienne, pour reconstruire « sa » France, celle de Nahel et d’Adama Traoré, à coups de mortier. Mais nul ne sait si c’est du mortier de scellement ou d’artifice.

Jean-Luc Mélenchon a tout essayé pour conquérir le pouvoir : le trotskisme, le mitterrandisme, le jospinisme, l’écriture inclusive, le populisme et même la famille Traoré. À la longue, on s’y perd, entre le sénateur socialiste de l’Essonne installé dans son fauteuil en cuir et le tribun vénézuélien en pétard, entre le franc-maçon laïcard et le chef émeutier qui joue au commandeur des croyants. Cherchez l’erreur !

Prenez La France insoumise. En 2017, le mouvement lancé par Jean-Luc Mélenchon ressemblait à une auberge hispano-sud-américaine : un scénario de Hugo Chávez dans un film de Cédric Klapisch. C’était une sorte d’Erasmus sous les tropiques. Ça donnait à LFI le charme des choses exotiques et des planètes lointaines. Mélenchon se déhanchait sur des rythmes latinos, important en France le populisme péroniste ni droite ni gauche du philosophe argentin Ernesto Laclau, le zapatisme tropical des Indignados et la voix éraillée de Raquel Garrido prête à se jeter dans les bras d’Alexis Corbière. LFI accomplissait l’improbable synthèse du bonnet phrygien et du bonnet péruvien, avec l’hologramme de Mélenchon qui jouait un son et lumière intitulé « Chávez-sur-Seine ». Les révolutions bolivariennes retrouvaient une seconde vie à la manière des objets recyclés. On imprimait l’effigie du « Che » sur du papier recyclé dans des imprimeries kolkhoziennes, pendant que les vélos électriques dessinaient l’avenir radieux de la circulation urbaine. Aucune émeute à l’horizon. Tous les espoirs étaient permis. Le populisme n’était alors pas un gros mot pour Mélenchon, mais une stratégie ambitieuse qui devait le conduire au second tour en 2017. Patatras ! Il n’a été que le troisième homme, qui n’est jamais que l’homme en trop dans ce duel à deux qu’est une présidentielle. Exit, donc, le populisme.

Jean-Luc Mélenchon, le Mandarom rouge

Inévitablement, Mélenchon ne pouvait que retomber dans les ornières de son gauchisme tapageur et de ses tentations autocratiques. On ne se refait pas.

Sur le papier, LFI était un mouvement « ni vertical ni horizontal, mais gazeux », selon le charabia de son chef, qui aspirait moins à jouer au Líder Máximo qu’au Líder Mínimo. Mais le Líder Máximo trépignait d’en découdre. Il a ainsi rapidement vampirisé un mouvement qui ne manquait pourtant pas de têtes connues : les Corbière et autres Coquerel. Mais à LFI, ces têtes comptent pour rien. Il n’y a pas de place ici pour un numéro 2 ; il n’y a que des numéros 3 ou 4 ou 5. Nul dauphin. Un jour, c’est François Ruffin qui est mis en avant. Un autre, Manuel Bompard. Un autre encore, Adrien Quatennens. Bref, diviser pour mieux régner. Ainsi fonctionne Mélenchon et son mouvement, qui ressemble de plus en plus à une secte d’extrême gauche distribuant les éléments de langage à recracher, ou plutôt à cracher, devant les caméras – sur la police raciale, sur la violence d’État, sur les discriminations structurelles.

Sur tous ces sujets, c’est Mélenchon qui donne le ton, en twittant, exactement comme Trump à la Maison-Blanche, Moïse sur le Sinaï et le Mandarom dans sa capsule spatiale. Amusez-vous à consulter le fil Twitter du chef des Insoumis : 2,6 millions d’abonnés. Pas un tweet qui ne soit insultant, accusatoire et menaçant comme la guillotine. « Ignoble », le front républicain contre lui ; ignoble ; « le journalisme voyou » ; ignoble « Hitler, Pétain, Macron, Marine », dans le même sac, tous ligués contre lui. C’est détonnant, mais c’est encore plus étonnant, car Mélenchon va désormais chercher ses références dans le camp du mal. Donald Trump, qui est manifestement son modèle, parce que lui aussi clive tout autant, et Carl Schmitt, le grand théoricien de la dialectique de l’Ami et de l’Ennemi, son mentor philosophique, parce que lui aussi conflictualise tout. Le contraire du RN et de sa stratégie de la cravate passe-partout, de la chemise à carreau et du chignon propret.

Les Traoré, c’est les Dalton

Lui, c’est la stratégie du clash. Seul contre tous. Elle a fonctionné pour Trump. Mais Trump avait – et a encore – un peuple derrière lui. Pas Mélenchon. Lui n’a ni peuple historique, ni masses prolétariennes ; à la limite seulement des Babtous fragiles et des masses lumpenprolétarisées, du nom que Karl Marx a donné aux voyous. Comme par exemple la famille Traoré. Si c’est ça l’avenir, je parle des Traoré, alors la gauche a du souci à se faire. Les Traoré, c’est les Dalton dans une famille polygame : 17 frères et sœurs, dont certains avec un casier judiciaire gros comme un fourgon blindé percé au lance-roquettes, avec, au-dessus, Assa Traoré dans le rôle de Ma Dalton veillant au grain, sans oublier chez elle un petit côté vengeance à froid de la Vénus Hottentote.

Ne nous en déplaise, la réflexion stratégique a toujours été plus poussée à gauche qu’à droite, mais curieusement elle n’a jamais été le fort de Mélenchon. Lui, c’est un politicard en quête d’opportunités. Il en a vu une dans les banlieues ; il s’y est engouffré, sans scrupule, sans nuance, avec son tropisme idéologique. Dans la mentalité révolutionnaire, il y a toujours eu une prime à la surenchère. Seuls les fanatiques l’emportent. De ce point de vue, la stratégie de LFI est cohérente. Elle a certes échoué à porter Jean-Luc Mélenchon au second tour en 2022, mais c’est la ligne qu’il a posée après 2017 et à laquelle il se tient (jusqu’à sa prochaine foucade) : cette ligne, c’est la créolisation. Problème : la créolisation ne fait pas encore une majorité électorale, même s’il y a chez Mélenchon un pari démographique.

Le califat et le caïdat

La créolisation, c’est la quadrature du cercle. Comment faire cohabiter l’ex-CCIF et les LGBT ? Comment réussir la jonction entre des intellos précaires surdiplômés qui jouent à Gavroche en mode Netflix et des émeutiers de 14 ans qui tapent sur tout ce qui bouge, même sur Carlos Martens Bilongo, pourtant député LFI d’origine centrafricaine. En gros, comment jumeler la Seine-Saint-Denis, La Mecque, le canal Saint-Martin, le fleuve Congo et France Inter – autrement dit : la France de demain, pas la mienne certes, mais celle de l’iman Iquioussen et de Jean-Luc Mélenchon.

Il y a entre Mélenchon et les banlieues deux forces qui font logiquement obstruction, autant à lui qu’à LFI : ce sont les barbus et les narcos : c’est-à-dire le califat et le caïdat. Pour le moment, ces deux forces se toisent. L’heure n’est pas encore venue pour la première de soumettre la seconde, mais ça viendra. Pourquoi ? Parce que l’opium du peuple sera toujours plus fort que le trafic d’opium tout court. Il sera alors temps pour Mélenchon de redevenir un sénateur socialiste.

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