Isabelle Méjean

Isabelle Méjean, meilleure jeune économiste du système

Créé en 2000 par Le Monde et le Cercle des économistes, le Prix du meilleur jeune économiste a été décerné cette année à Isabelle Méjean, 39 ans, professeur à l’École polytechnique.
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Chaque année, Le Monde et le Cercle des économistes s’associent pour décerner le prix du « meilleur jeune économiste ». Cette année, la lauréate est Isabelle Méjean, professeur à l’École polytechnique et spécialiste du commerce international. Si cette récompense a un quelconque intérêt, c’est uniquement parce qu’elle permet de prendre le pouls de la pensée unique. Et, cette année, de mesurer l’incapacité structurelle du système à sécréter le moindre milligramme d’esprit critique, même dans des circonstances exceptionnelles.

Notre lauréate est exemplaire à cet égard. Avec le Covid-19, le commerce mondial a subi un effondrement qui n’a pas ou peu de précédents (les historiens nous diront un jour si la chute a été plus ou moins prononcée que lors des conflits mondiaux). Les ruptures d’approvisionnements dans un nombre incalculable de secteurs ont entraîné des pénuries de biens essentiels presque partout. Les dangers de l’externalisation et des délocalisations à outrance sont apparus au grand jour. Mais que nous dit Isabelle Méjean ? Que relocaliser la production de certains biens est « une fausse bonne idée ». Ouf, l’idéologie libre-échangiste est sauve. C’est la « meilleure économiste » qui le dit.

Si jeune et déjà Tartuffe…

Cette tartufferie appelle deux commentaires. Tout d’abord, Isabelle Méjean, comme l’immense majorité des partisans de l’ouverture sans limite des frontières, travaille dans un secteur qui n’est pas exposé à la mondialisation. Rien de plus protectionniste en effet que le système des grandes écoles françaises, subventionné pour une part considérable par l’État. Or la logique de subvention étatique qui fait vivre le système universitaire est rigoureusement opposée à celle de la mondialisation : un État est fondamentalement territorialisé, localisé.

On retrouve évidemment les mêmes travers chez quasiment tous les autres partisans d’un monde sans frontière : monde de la culture (qui aurait disparu depuis longtemps sans les subventions au cinéma, à la musique et à l’édition), monde des grandes entreprises vivant de contrats publics et de subventions déguisées, etc. Il ne resterait pas beaucoup de partisans du libre-échange dans un monde sans subventions.

Enfin, si Isabelle Méjean est la meilleure économiste du système, elle n’en est pas la meilleure logicienne. Contre la relocalisation des activités, elle plaide pour une diversification des sources d’approvisionnement en biens essentiels. Mais comment diversifier, puisque la logique même du commerce international est celle de la spécialisation (selon la logique des avantages comparatifs) ? Si 100 % d’un médicament est produit en Chine, comment diversifier ? Pour pouvoir en acheter, disons au Mexique, il faudrait que le Mexique lui-même relocalise la production de ce médicament, ce qu’Isabelle Méjean refuse catégoriquement.

© photo : le cercle des économistes

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