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Indo-Européens, le retour !

Si l’on voulait dater le renouveau récent de l’intérêt pour la question indo-européenne en France, 2014 serait probablement une date charnière. C’est en effet à cette date que sortirent deux importants volumes à L’Harmattan, "La prière dans les langues indo-européennes : linguistique et religion", réunissant les actes d’un colloque tenu à l’ENS-Ulm avec les meilleurs experts en la matière, puis "La fondation dans les langues indo-européennes : religion, droit et linguistique".
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En 1978, Georges Dumézil, auteur de plus de quarante ouvrages sur la question indo-européenne, était accueilli sous la Coupole. Puis, en 1982 l’Université Jean-Moulin de Lyon eut l’honneur et l’avantage d’ouvrir un Institut consacré aux études indo-européennes. Cet engouement n’était toutefois du goût d’une certaine intelligentsia parisienne, soucieuse de régler d’obscurs comptes.

     Une première salve fut donc tirée en novembre 1980 par un archéologue inconnu, Jean-Paul Demoule, dans la revue L’histoire. Dans un long article à charge mélangeant linguistique et archéologie, l’auteur prenait clairement partie contre la thèse « diffusionniste », considérant que les transformations profondes de l’Europe au IIIe millénaire avant notre ère n’avaient rien à voir avec des invasions, et que si invasions il y eut, il était très douteux qu’elles furent le fait de locuteurs d’idiomes indo-européens. L’onde de choc de l’article fut durable, puisque le même Demoule publiait encore en 2014 Mais où sont passés les Indo-Européens ? Le mythe d’origine de l’Occident (Le Seuil), longue resucée de l’article en question, agrémentée d’accusations ad hominem et d’approximations linguistiques.

     Le mal était fait et à partir des années 1990, peu après la mort de Georges Dumézil, la discipline commença à péricliter. De purs linguistes et grammairiens continuèrent à transmettre le feu sacré des langues anciennes (Sanskrit, Hittite ou Grec), à Normale Sup ou à l’EPHE, mais parfois dans l’opprobre, ou dans l’indifférence générale, ce qui était peut-être pire.

Le renouveau des études indo-européennes

Si l’on voulait dater le renouveau récent de l’intérêt pour la question indo-européenne en France, 2014 serait probablement une date charnière. C’est en effet à cette date que sortirent deux importants volumes à L’Harmattan, La prière dans les langues indo-européennes : linguistique et religion, réunissant les actes d’un colloque tenu à l’ENS-Ulm avec les meilleurs experts en la matière, puis La fondation dans les langues indo-européennes : religion, droit et linguistique. C’est la même année que deux courageux linguistes, l’un spécialisé dans la langue gauloise et l’autre dans le latin, fondèrent la revue Wékwos avec un petit cercle d’universitaires amis, cette revue ayant vocation à devenir la référence dans le domaine des études indo-européennes en Europe.

     Depuis un an, les choses paraissent s’accélérer dans la prise de conscience de ce qui fut trop longtemps nié ou calomnié, comme en témoigne cette rapide chronologie :

  • Décembre 2018 : publication dans le Bulletin de la Société Linguistique de Paris d’un article de fond rédigé par trois linguistes (CNRS, EHESS et INALCO) intitulé « L’indo-européen n’est pas un mythe ». On y relève en conclusion la phrase suivante : « L’existence d’une famille de langues indo-européennes ayant divergé d’un ancêtre commun parlé par un peuple vers le IVe millénaire av. notre ère dans les steppes pontiques reste à ce jour le seul modèle possible permettant d’expliquer l’ensemble des faits » ;
  • Mars 2019 : parution du numéro exceptionnel de Nouvelle Ecole consacré à « La paléogénétique des Indo-Européens ». Un dossier complet fondé sur la synthèse de plusieurs dizaines d’études scientifiques récentes menées par les plus prestigieuses universités (Harvard, MIT, Berkeley, Leipzig…) y est présenté, ainsi qu’une étude historique approfondie sur le cas français. Figurent également la publication de la correspondance entre G. Dumézil et A. de Benoist, ainsi qu’une étude de mythologie comparée due au suédois Anders Hultgård ;
  • Juin 2019 : parution d’un numéro spécial du Monde des Religions consacré aux « Mythes, sagesses éternelles » ; pas moins de sept articles y font clairement référence à la question indo-européenne;
  • Octobre 2019 : publication dans Science &Vie d’un long article d’anthropologie intitulé « Yamanayas, le peuple fantôme de l’Europe »: le lien entre génétique, archéologie et linguistique y est clairement établi pour confirmer le phénomène des migrations indo-européennes de l’âge du Bronze en Europe.

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