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Le magazine des idées

Guillaume Faye par ceux qui l’ont connu

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Né en 1949, Guillaume Faye a été une figure majeure du GRECE et un collaborateur de premier plan d’Éléments des années 1970 jusqu’au mitan des années 1980, une époque prolifique durant laquelle il publia son maitre ouvrage Le système à tuer les peuples, aux éditions Copernic.

Guillaume a longtemps enchanté ses amis avant de les faire déchanter, les a fait rire avant de les faire pleurer de rage devant ses revirements et ses reniements. Souvenirs et témoignages de Claude Chollet, Pierre Bérard, Michel Marmin, Philippe Milliau, Alain Lefebvre, Tristan Mordrelle et Michel Dejus.

Guillaume, poète et boxeur

par Claude Chollet, président de l’OJIM, ancien président du GRECE

J’ai connu Guillaume à l’orée de nos vingt ans, à la fois à Sciences Po Paris et à l’école de formation du GRECE (Groupement de Recherche et d’Études pour la Civilisation Européenne), au sein de la promotion « Nietzsche ». J’ai suivi ensuite ses activités une bonne douzaine d’années. Aussi bien ses écrits (souvent fulgurants, au sens étymologique, qui frappe comme la foudre) que ses conférences dont quelques-unes que nous avions faites en commun, en Grèce notamment. Je l’ai ensuite perdu de vue et pendant fort longtemps, lors de sa période que je qualifierais volontiers de quasi délirante allant des blagues de potache sur Skyrock aux revirements politiques improbables. Une tranche de vie où l’alcool et quelques substances illicites prenaient beaucoup de place.

J’ai revu Guillaume trois fois sur son lit d’hôpital où il devait mourir. Pudique, émouvant, lucide, ne se plaignant jamais, il ressemblait à un vieil oiseau déplumé. Quoique très affaibli nous avons pu parler littérature, politique et de son prochain livre, celui qu’il ne terminera pas.

Je ne garderai pas l’image du penseur (trop inégal mais avec des pointes de génie) ni celle du polémiste (qui savait être fort drôle avec malice) mais celle du poète et du combattant. Guillaume était avant tout un artiste avec ses incohérences, ses lubies, ses moments de génie, ses dons de créateur qu’il gaspillait allègrement. Son enregistrement « Avant-guerre », où il décrit la lutte de la Fédération (l’Europe) contre l’Empire (américain) n’a rien perdu de sa puissance évocatrice. Guillaume était aussi un combattant, un boxeur qui a boxé sa vie, généralement contre les règles, très souvent contre lui-même, mais toujours avec générosité. La fin des rounds est toujours la même, et pour tous. Mais, au cours des combats, parfois rudement à terre, souvent mal en point, il s’est à chaque fois relevé, jamais abattu. Sur son épitaphe il a mérité celle d’Arthur Cravan : poète et boxeur. C. C.

«  Je regrette qu’il nous ait interdit de le regretter »

Par Alain Lefebvre, directeur de publication d’Éléments

Avec Guillaume Faye, je n’ai que de bons souvenirs personnels. Plus particulièrement cette soirée passée chez moi, à l’issue d’un repas copieusement arrosé, à l’occasion de laquelle il déclama sa version désopilante de la « Cigale et la fourmi ». Nous étions dans les années 80, il n’avait plus vingt ans, mais il était resté le jeune homme facétieux qui alternait les papiers profonds et les conférences pertinentes avec d’inénarrables blagues de potache qui ont fait son succès sur la radio de rockeurs qui hébergeait ses folies.

Ces folies se sont vite conjuguées au singulier doté d’une majuscule. De délires en revirements, de manies en reniements, et d’aigreurs en agressivité, il s’enfonça et tenta bientôt de nous enfoncer également. Sa disparition ne suffit pas à rendre ses dernières saillies et ses derniers actes pardonnables. Je regrette ainsi vivement qu’il se soit rendu irregrettable. Difficile de faire plus moche comme sortie. A. L.

Post Scriptum : Je ne voudrais pas que l’on puisse penser que j’ai oublié la contribution majeure de Guillaume Faye à la constitution d’une pensée rebelle et dissidente. Son Système à tuer les peuples restera pour moi un livre fondateur. Sa lente et continue dérive vers une islamophobie monomaniaque, obsessionnelle et rabique n’en est que plus incompréhensible.

Au camarade Olrik

Par Pierre Bérard, co-fondateur du GRECE

La première fois que j’ai entrevu Guillaume, c’était en 1972 ou 73 lors d’un séminaire du GRECE. Il était à la tribune et nous éblouissait par son humour et ses capacités d’imitation drolatique, compétences qu’il mettra beaucoup plus tard au service de gags téléphoniques à la radio. J’ai appris à le connaître un peu plus tard en participant avec lui et Pierre Vial au « secrétariat études et recherches » de l’association. C’était l’époque où nous fréquentions Michel Maffesoli et où il nous arrivait de rencontrer chez lui des sociologues en vogue comme Jean Baudrillard et Edgar Morin. Dépourvus de tous complexes nous engagions avec eux des débats prolifiques dans lesquels le charme de Guillaume et aussi son sens de la répartie faisaient merveille, cela sous le regard débonnaire et amusé de notre hôte.

Nous organisions également des colloques en dehors du GRECE. Je me souviens de l’un d’entre eux sur le thème de l’aléa qui nous avait permis d’introduire la problématique de l’hétérotélie, si chère à Jules Monnerot devant un public de quelques dizaines de personnes pour la plupart inconnues ; parmi celles-ci se trouvait André Béjin, sociologue membre du CNRS qui devait, un peu plus tard publier Racisme, antiracisme, avec une contribution d’Alain de Benoist.

Cette époque fut par ailleurs celles des colloques d’Athènes où notre camarade Jason Hadjidinas (doyen de l’Université de droit du Pirée) réunissait la fine fleur de l’intelligentsia locale et française. Ces symposiums comme nous aimions à les baptiser, étaient un peu foutraques, à l’image de Guillaume et du pays où ils avaient lieu, mais durant trois à quatre jours, c’était un occasion rêvée pour discuter in situ des sources de la Grèce ancienne, de son empreinte dans nos vies, ainsi que sur les traces fondatrices que nous voulions imprimer à l’Europe du futur. À l’issue des diverses communications qui occupaient nos journées, Julien Freund aimait à partager avec nous les dîners que Jason Hadjidinas faisait préparer dans des auberges confidentielles. Là, il nous était permis de savourer une authentique cuisine populaire grecque alors que le pays ouvert au tourisme de masse se couvrait de gargotes immondes. Nos soirées fort enjouées se terminaient tard et, est-il besoin d’y insister, devant des bouteilles désespérément vides de retsina, un vin, boisson de Dionysos et de son cortège de ménades enfiévrées.

À la même époque l’entregent de Guillaume qui avait réussi à séduire un grand armateur grec nous valut une croisière mémorable dans les Cyclades a bord de son yacht, un trois mats construit au début du XXe siècle dans les chantiers anglais. Cette virée permit à Guillaume de vérifier son attraction légendaire sur les femmes jeunes et bien faites. Nous étions alors accompagnés de Patrick Rizzi, vieux compagnon de lutte. Ce fut également l’époque d’un séjour enchanteur à Monemvasia, l’ancienne Malvoisie des Francs où nous avait convié un criminologue de nos amis, bien connu aujourd’hui.

Une place d’honneur avec Ben Bella !

Quelques années plus tard avait lieu le colloque de Mons, en Belgique. On nous avait invité, Guillaume, Robert Steuckers et moi-même à un séminaire qui s’intitulait pompeusement « Rencontre des travailleurs arabes en Europe ». Il y avait là 5 ou 600 des travailleurs en question, que des hommes bien sûr, et tous portaient au revers de leur veston la petite main jaune de SOS Racisme. De même que nous ne savions pas que le colloque en question était financé par les services libyens, les participants ignoraient tout des véritables initiateurs de l’opération « main jaune ». Quelques explications de notre part et le lendemain toutes les mains jaunes avaient disparu dans les poubelles du grand hôtel qui nous hébergeait. C’était l’époque où Guillaume et moi avions écrit trois ou quatre articles pour la revue du Mouvement pour la Démocratie en Algérie (MDA) d’Ahmed Ben Bella, ce qui nous valait une place d’honneur parmi les orateurs. Beaucoup d’eau a coulé depuis sous les ponts…

En 1987, Guillaume a disparu sans laisser de trace. J’appris plus tard qu’il faisait des siennes dans des radios sous le pseudonyme de Skyman où, parait il, son esprit vif et son coté loustic déjanté réalisaient un carton auprès des jeunes auditeurs. Il est bien vrai que ses canulars téléphoniques avaient de quoi électriser un jeune public. Il fit un come-back en 1998, avec la parution de son livre L’archéofuturisme. Les fulgurances d’antan y étaient toujours présentes mais mises au service d’une vue du monde que je ne pouvais cautionner. Bref, il n’opposait à la modernité contemporaine et à toutes ses turpitudes qu’une surenchère technologique digne d’un monde de Titans. Rien là dedans, pensais-je, qui puisse servir de munition à l’encontre du monde actuel, accablant de médiocrité. Mais à coup sûr de quoi enthousiasmer les esprits faibles tels que nous les livre une Éducation Nationale devenue l’amie de son propre désastre.

Une dérive occidentaliste

J’invitai néanmoins Guillaume Faye à Strasbourg à deux ou trois reprises. Son nom faisait vibrer les cœurs mais n’enflammait plus les intelligences. Sa verve se perdait dans des allocutions décevantes où j’avais bien du mal à reconnaître le garçon brillant, fringant et déluré que j’avais connu. Puis il se mit à délirer racontant des calembredaines. Son retour au GRECE en 1997, qui aurait été suivi de son exclusion, à l’instigation bien sûr d’Alain de Benoist, n’est évidemment qu’une légende urbaine. Les abus de toutes sortes auxquels il était depuis longtemps accoutumé faisaient insidieusement leur œuvre. Son manque d’empathie se muait en aigreur, et l’aigreur en méchanceté. De plus il faisait preuve d’une dérive occidentaliste qui contredisait L’Occident comme déclin, livre que j’avais grandement apprécié. Un des principaux acteurs de la pensée dissidente du GRECE s’éteignait. Le charisme s’était dérobé.

Je ne reproche nullement à Guillaume d’avoir changé d’opinion, c’est le lot de chaque homme et seules les moules demeurent attachées à leur rocher. Il nous aura gratifié d’un dernier sarcasme, il n’en était pas avare assurément, en mourant chrétiennement, lui le païen baroque, à qui des pères jésuites particulièrement retors, avaient appris avec le latin et le grec, l’enseignement de Nietzsche.

Repose en paix, vieux camarade Olrik. Et puisque telle fut ton ultime volonté, repose dans la paix du Christ. P. B.

Un incontestable talent d’animateur

Par Michel Marmin, cofondateur d’Éléments

Par absence d’affinité et sans doute aussi par méfiance, je n’ai jamais entretenu de relations étroites avec Guillaume Faye, même à l’époque, dans les années 1970, où nous nous côtoyions dans les réunions du GRECE ou dans le cadre de la revue Éléments. Mes souvenirs le concernant sont donc distants, dans tous les sens du terme. Rétrospectivement, je lui reconnais toutefois un incontestablement talent d’animateur, capable d’inventer n’importe quoi pour emporter l’adhésion d’un auditoire, mais aussi de mettre en scène avec brio, par la voix et par la plume, les idées qui sortaient alors toutes chaudes du creuset de la Nouvelle Droite. Quelques bons textes, dont Le Système à tuer les peuples (1981), témoignent d’un vrai talent de vulgarisateur.

Mais a-t-il accouché, lui, du moindre concept novateur ? Je ne le crois pas. L’achéofuturisme est à mon avis une fumisterie, tout juste capable de séduire des esprits intoxiqués par l’heroic fantasy et la science-fiction américaines, niveau école maternelle. C’est du reste un domaine où il avait des dispositions qu’il aurait pu développer, à preuve Avant-guerre, une BD illustrée par les frères Éric et Jean-Marc Simon (1985), à l’égard de laquelle je cultive une certaine faiblesse… Et puis, Guillaume Faye, dévoré de ressentiments à l’endroit de certains amis infiniment plus productifs que lui, conscient probablement de ses insuffisances, a sombré dans un cycle de petites vilénies personnelles franchement « dégueulasses », comme dit Belmondo dans À bout de souffle, animé par une méchanceté et une jalousie qui n’étaient malheureusement pas imprévisibles. L’ayant rapidement et soigneusement perdu de vue, et n’ayant évidemment pas cherché un instant à le revoir, il était depuis très longtemps sorti de mon cerveau. Il n’y est revenu, ce 7 mars, que pour en ressortir définitivement. M. M.

Il n’ira pas au Paradis !

Par Philippe Milliau, président de TV Libertés,

L’adage populaire veut que l’on ait les défauts de ses qualités. Tout au long de son existence, Guillaume Faye a poussé l’adage au plus haut des cimes.

Nous appartenions à la même génération militante et j’ai donc connu Guillaume Faye au début des années 1970. Nous venions de passer nos 20 ans et avions animé chacun de notre côté un cercle de réflexion. Déjà l’hurluberlu capable de (presque) tout pointait derrière l’intellectuel quelque peu dandy. Déjà des fulgurances qui témoignaient du génie imaginatif qu’il possédait au plus haut point se mêlaient à son talent de plume doublé d’une rare capacité de séduction oratoire.

Quelques années après, compte tenu des importantes fonctions qu’il prenait au sein du GRECE, il devait être « cadré », et je lui ai proposé l’aménagement d’un bureau solitaire dans une aile d’un grand appartement rue Henri Monnier dans le neuvième arrondissement de Paris ; nous nous croisions parfois lorsqu’il quittait au matin ses tâches de rédaction, enfiévré par ses propres découvertes, lors même que je m’apprêtais à partir pour mon propre travail qui ne pouvait, lui, ne s’exécuter qu’à des heures plus classiques.

Plus longs furent les moments partagés lors de voyages autour de réunions publiques aux quatre coins de l’hexagone ; son enthousiasme, son bagout, son sens du comique égayaient la route durant laquelle je conduisais toujours car il n’avait pas de permis…. et souvent je pensais en ressentant ses humeurs excessives : tant mieux ! Il est vrai que pendant ces années-là, il était encore possible de rouler avec passion, ce dont je raffolais. J’observais là comme ailleurs sa totale inconscience du danger.

Infatigable, il tenait le public en haleine avant les réunions, pendant et après, comme si des stimuli électriques ou biochimiques étaient en permanence secrétés par son organisme. Il est vrai que les apéritifs, le vin et les alcools constituaient des sources d’excitation complémentaires. Il n’avait aucune idée des quantités qu’il ingurgitait et, à cette époque, son corps ne le rappelait à l’ordre que bien tardivement.

Intellectuel, peut-être, propagandiste sûrement. Il réfléchissait vite et n’aimait pas approfondir ; mais plutôt bénéficier de ses visions, de sa mémoire fractionnelle et précise, et transmettre. Davantage missile que temple, il pouvait tirer dans plusieurs directions, successives ou simultanées, coordonnées ou contradictoires…

Provocateur, il m’a souvent mis mal à l’aise, mais aussi parfois fasciné. Beaucoup mieux qu’un Macron, il a incarné ce « en même temps ». Distant mais séducteur, traditionaliste et futuriste, créatif et destructeur, à commencer par lui même. Après sa décennie « Skyman » où mi-Arthur mi-Francis Blanche, il s’est littéralement consumé, Guillaume Faye connaîtra une troisième vie : intellectuellement régressive, mais aussi incisive et percutante, voire innovante. Il s’est alors voulu l’auteur d’ouvrages lus par le plus grand nombre qui répondaient, selon lui, aux exigences de cette partie de la jeunesse européenne angoissée par sa perte de repères et ses incertitudes identitaires.

Une seule chose est bien certaine : il n’est pas au paradis. P. M.

Oublier le clown triste qu’il fut trop longtemps

Par Tristan Mordrelle, membre du GRECE

C’est un signe inexorable de vieillissement que de voir ses amis, ou ceux qui le furent, passer de vie à trépas. Un avis de décès est aussi l’opportunité de faire un retour en arrière et de regarder avec lucidité le chemin parcouru.

J’ai rencontré Guillaume pour la première fois en 1977 quand mes pas m’ont conduit à franchir pour la première fois la porte des bureaux du GRECE. À partir de ce jour, nous chemins n’ont cessé de se croiser et nous avons collaboré ensemble durant sept ans aux activités d’animation de cette association. Présidé par la figure du commandeur de Pierre Vial, géré par le très efficace Philippe Milliau, le GRECE était alors une machine de guerre redoutable à laquelle Guillaume apportait des munitions en grand nombre que nous, soldats de l’agit-prop culturelle, utilisions à profusion.

À la tête du Secrétariat études et recherches, Guillaume se révélait d’une fécondité rare, multipliant des textes comme la première mouture du « Pourquoi nous combattons » qui reste à mes yeux comme un des meilleurs manifestes de ce que nous sommes.

La deuxième partie de sa vie ?
Un calvaire pour lui et un martyre pour ses amis

Intellectuel engagé, Guillaume se voulait aussi un militant et il a toujours mené de front ces deux activités, ce qui le rendait très populaire auprès des adhérents du GRECE et de tous les jeunes gens qu’il rencontrait.Les meilleures choses ont une fin et vers 1985, le secrétaire général Jean-Claude Cariou et moi-même avons été conduits à quitter le GRECE en raisons de divergences pour des raisons de fonctionnement interne et non de fond. Guillaume est resté quelque temps au sein de l’association mais la belle mécanique était cassée et il a choisi de s’en éloigner et d’entreprendre un chemin baroque qui l’a conduit à brûler la chandelle par les deux bouts.J’ai fait un choix inverse en considérant que les raisons de mon départ étaient secondaires par rapport à mon engagement. Après une brève traversée du désert, j’ai progressivement retrouvé mes amis et le combat continue à ce jour.

La dernière partie de la vie de Guillaume fut un calvaire pour lui et un martyre pour ses amis. Capable de fulgurances éblouissantes, elles s’ensevelissaient sous la fange d’un homme miné par l’alcool et les excès. J’ai encore en mémoire des moments particulièrement pénibles où il fallait le maîtriser pour éviter des gestes déplacés ou encore des appels téléphoniques en pleine nuit où je devenais la cible de délires meurtriers.

Heureusement, je suis convaincu que l’histoire des idées sera clémente et saura reconnaître le créateur et l’iconoclaste qu’il fut et qu’elle oubliera le clown triste qu’il fut trop longtemps. T. M.

L’igné et l’acquis

Par Michel Dejus, membre du GRECE

Le visage grimé et une faim de loup
De l’avaleur de feu qui se moque du pire.
Un envol vertical pour débonder la lyre.
La fièvre de l’aède qui enfonce le clou.
Éructer au micro d’une radio gageure
Sur un chemin à part sans souci du retour.
Mais la muse se tient dans ses plus beaux atours.
L’orichalque flamboie sous la robe de bure.
Les poisons circonspects apitoient le destin
Qui griffe vivement les pages d’un festin.
Synapses cuirassées d’une mémoire sauve.
Nos jeunes ricochets en mer occidentale
Musique de l’espoir, trémulations de fauve.
Para bien/para mal tu es la marque mâle.

M. D.

Commentaire venant de l’ancien blog

L’idée d’allier, en un mixte fécond, l’archaïque et le futur ,’est nullement insensé. Et je me souviens des lointaines discussions avec G.Faye lors desquelles j’avais développé ma définition de la postmodernité: « synergie de l’archaïque et du développement technologique ». Il en avait fait son miel. N’est-ce point Bloy qui rappelait que : « le prophète est celui qui se souvient de l’avenir »?
Par Michel Maffesoli, professeur et sociologue

A lire ces témoignages, il est évident que les déceptions tournant autour du travail de Guillaume Faye trahissent des malentendus. Il a été pris pour ce qu’il n’était pas : un intellectuel créateur. Artiste, il fut surtout un rhéteur, un metteur en scène de ses propres partitions. Les thèmes, il les emprunta d’abord à d’autres, avec talent. Dans les phases finales, il les écrivit seul, et toujours avec la même technique : des fugues avec sujet et contre-sujet, l’un servant à faire cuire l’autre. Michel Marmin a raison. Faye a lancé des slogans remarquables, mais il n’a probablement pas élaboré un seul concept original.

Je me permets de l’écrire ici parce que je le lui avais dit dans les années quatre-vingts, à l’époque où nous nous voyions très fréquemment, avant que je quitte l’enfer d’une vie parisienne intellectuellement creuse. Il me rappelait l’homo loquax de Bergson, « celui dont la pensée, quand il pense, n’est qu’une réflexion sur sa parole ». Ce n’est pas le diminuer que de l’affirmer. Il fut ainsi. Le plus cicéronien, le plus rhéteur des orateurs, et très souvent le plus convaincant. Et les déçus d’aujourd’hui, ceux qui eurent hier le grand plaisir des convaincus, ne peuvent lui reprocher l’exercice de ses talents remarquables. Il traçait, en somme, le portrait de son public. Il incarna une part essentielle de ce que fut l’attente des suiveurs de la ND, celle d’avoir des raisons pour demain, paroles souvent fragiles, presque toujours contredites, et pourtant combien requises. Nicolo Paganini, qui a enrichi comme jamais le répertoire technique de son instrument, qui est toujours joué, et donc écouté, n’est jamais cité par les histoires de l’écriture musicale, domaine dans lequel il n’a rien créé. Ce n’est pas une injustice.
A Jaunay-Clan, le 13 mars, nous étions quelques-uns à la mise en terre de son cercueil, sous les contreforts vrombissants de l’autoroute Poitiers-Tours. Sur la tombe de Pétronille d’Angoulême, près de chez moi en Charente, il y a ces mots : Hic Jacet, « Ici, se tient », à l’indicatif, comme la géométrie d’un constat. Le XIe siècle savait faire l’économie du Requiescat, « qu’elle repose », ce subjonctif d’une espérance adressée aux seuls survivants. Il serait injuste de reprocher à Faye ce que ses auditeurs ont mis d’espérance d’eux-mêmes dans les idées qu’il agitait. L’indicatif n’est pas plus vrai. Il offre seulement des clefs, utiles ou non, des représentations, pertinentes ou non, des convictions, judicieuses ou non, dans la confrontation avec la réalité. De les avoir élaborées pour d’autres, voilà qui suffit à l’agitateur-artiste.
Par Jean-François Gautier, revue Éléments

Merci pour ces témoignages et celui de Jean-François Gautier. Que Michel Marmin reproche à Guillaume de n’avoir rien produit est assez cocasse, ses critiques pourraient dresser un portrait en creux bien cruel de lui-même. Comme le sous-entend finement Michel Maffesoli Guillaume n’était pas un simple compilateur, et il citait toujours ses sources. L’absence d’empathie décrite par Philippe Milliau était réelle, dans ses paroles en tout cas, elle a été alimentée par le nietzschéisme de colloque et l’atmosphère générale du groupe dans lequel il a longtemps évolué. Et ses incursions radiophoniques réverbéraient le faustisme et l’entrisme, cette façon d’avancer masqué, dans les rédactions ou ailleurs, au risque de se perdre complètement.


Il est amusant de constater qu’il lui est désormais reproché de s’être éloigné de la ligne anti-occidentaliste qu’il avait lui même établie, et que ses contempteurs d’aujourd’hui regardaient alors d’un air maussade. Le texte d’Alain Lefebvre est à cet égard édifiant : G.F., qui pourtant n’avait jamais rien commis de déshonorant, avait dû changer de nom et prendre le pseudonyme de Gérald Fouché dans les pages idées de Magazine-Hebdo qu’il dirigeait, et cosigner, sous le nom de Pierre Barbès, La Soft-idéologie qu’il avait écrit. Ce succès, dont la paternité lui a échappé, et d’autres travaux du même ordre (on s’est beaucoup servi de lui et de sa virtuosité au clavier de son IBM en lui racontant qu’il était grillé, lui faisant faire mille choses sans qu’il en soit jamais crédité) ne l’ont pas aidé. Pardon pour ce deuxième message tardif, mais les souvenirs remontent, et ils sont radieux.

Par Bertrand Burgalat, musicien et compositeur.

On dit en breton :
« Bepred diwar e labour
‘vez barnet an Oberour ! »
C’est toujours au résultat de son travail que l’on juge l’Ouvrier !
Guillaume « Fou », l’Artiste complet laisse une Oeuvre historique, une trentaine de livres qui seront jugés par l’Histoire. Le reste, on s’en fout. Ce n’est que matière anecdotique pour alimenter les ragots des gens stériles.
Pour l’avoir fréquenté régulièrement pendant près de quarante ans et avoir échangé des idées avec lui jusqu’à ses dernières heures à l’hôpital, je peux affirmer que Guillaume n’était préoccupé que par la réalisation de son Idéal : « la Grande Europe de Brest à Vladivostok ». Le reste, les commentaires, il s’en foutait royalement. Il disait : « Je suis un électron libre. », « Les chiens aboient, la caravane passe. »
Il disait ne respecter que les créateurs qui avaient la même finalité que la sienne, même avec des stratégies différentes, voire opposées, au-delà des conflits, critiques, malentendus et autres mésententes, comme avec Alain de Benoist, Pierre Vial etc.
Le philosophe Guillaume, suite à une bonne formation classique, me fait penser, par son mode de vie pratique, à un disciple d’Aristote, Diogène et Socrate, en plus de Nietzsche.

Quand j’ai rencontré Guillaume, il y a une quarantaine d’années, il faisait une conférence sur le « Mythe du Héros ». Je me souviens qu’il disait que le Héros était l’Être inspiré, entre les Dieux et les hommes, qu’il avait un destin spirituel à accomplir, une mission, au-dessus de toutes considérations bourgeoises matérielles, conformistes. Je crois bien que notre Guillaume parlait pour lui. Il est bien resté fidèle à cette définition qu’il donnait déjà il y a très longtemps. Il a toujours vécu en marge et mis ses idées en pratique au quotidien. Que l’on soit d’accord ou pas avec lui, Guillaume est un Héros.

Pour confirmer ce que je viens de dire, n’oublions pas que, depuis près d’un an, Guillaume se savait atteint aux poumons. Il a refusé de se faire soigner afin de finir son dernier livre. Il a voulu rendre son manuscrit à son éditeur, le 4 novembre dernier, avant d’accepter d’être hospitalisé le 6, en appelant le Samu car il ne pouvait plus bouger de chez lui. C’était ça, l’Artiste héroïque Guillaume « Fou » !…

La vie européiste, donc marginale, déséquilibrée, de Guillaume Faye, en rupture avec le système occidental, à côté du comportement de bon nombre de nos amis adaptés à ce même système, met en lumière la différence entre une démarche « révolutionnaire » et une démarche « réformiste ». Les « frasques » de Guillaume sont emblématiques d’un problème de désarticulation entre deux Histoires.
Ce qui a manqué au Guillaume « malade » dans la société euro-occidentale pathogène, c’est d’être « articulé » dans une structure étatique saine et rééquilibrante, productrice de l’Histoire de l’Europe, capable de remplacer les structures étatiques actuelles, productrices de l’Histoire de l’Occident et, par là-même, génératrices d’ « ethnopathologies » comme celles des immigrés dans une société qui n’est pas la leur. C’est ce que je développais à partir de 1985 dans différents bulletins comme « Kannadig Kêrvreizh », « Diaspad » etc., propositions demeurées lettre morte à l’époque et qui restent, à mon avis, d’actualité.
Il va sans dire que le bobard extravagant, répandu sur internet, du rattachement de Guillaume à Jésus-Christ n’est que tentative de récupération par un charognard farfelu. A moins que ce ne soit le dernier canular de SkyMan, avant de repartir au Ciel, en tout cas il ne m’en a pas parlé !…
Plus sérieusement, Guillaume a toujours opposé « indo-européen » à « judéo-chrétien ».
Honneur et Fidélité !

 Yann-Ber Tillenon, artiste

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