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Guerre russo-ukrainienne à J+203 : la faillite du renseignement russe

Face à l’offensive militaire ukrainienne, la faillite du renseignement russe. Déroute totale ou simple revers tactique ? Spécialiste militaire d’Éléments, Laurent Schang suit au jour le jour le conflit.
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27 août (J+184)

– Entrée en action confirmée du 3e Corps d’armée de Nijni Novgorod. Constitué d’engagés volontaires et équipé de neuf (fusils d’assaut AK-12, chars T-80BVM et T-90M, véhicules de combat d’infanterie BMP-3), sa zone de déploiement (Donetsk ? Kherson ?) reste à déterminer.

– Questions : quel est le niveau d’entraînement de ses hommes ? Que vaut son commandement, au sommet et sur le terrain ? Son degré de combativité, à vérifier, dépendra des réponses données à ces deux questions. On l’a vu lors des premiers revers de l’OMS : un matériel, aussi excellent soit-il, perd toute sa valeur, servi par un équipage médiocrement formé et motivé.

– Les FAR poursuivent leurs attaques localisées (peu de forces engagées, faibles gains de terrain à prévoir) au nord de la ville de Kharkiv, au sud-ouest d’Izioum, au nord-est de Siversk, au sud d’Artemovsk et au sud-ouest de Donetsk.

29 août (J+186)

– Annonce officielle du lancement (attendu depuis plusieurs semaines) de la contre-offensive aéroterrestre des FAU sur le front de Kherson. Une quinzaine de brigades, 4 bataillons de réguliers + des unités des forces spéciales et de milice ; trois principaux axes d’attaque repérés. Succès apparent : la première ligne de défense des FAR (22e CA + 49e A + unités de la RPD, environ 25 BTG, 20 000 hommes/1 front de 200 km) serait enfoncée. Grosse préparation d’artillerie : les lance-roquettes multiples à munitions HIMARS livrés depuis le mois de juin aux Ukrainiens (les FAU en détiendraient 16) auraient produit leur effet en désorganisant les lignes de communication russes (destruction d’un pont de bateaux sur le Dniepr confirmée par les deux camps). La supériorité numérique (relative) va aux Ukrainiens.

– Dans le même temps, relance des FAR au nord-est de Slaviansk, au sud d’Artemovsk et dans l’ex Oblast de Donetsk.

– Contre-attaque russe dans le secteur nord-ouest de Kherson.

30 août (J+187)

– Apparition simultanée de bataillons (on parle de groupements tactiques ne dépassant pas 200 hommes) du 3e CA russe nouvellement formé dans les secteurs de Kharkiv (front nord), où ils ont immédiatement engagé le combat, et de Donetsk (front du Donbass).

31 août (J+188)

– Au 3e jour de leur contre-offensive dans l’ex-Oblast de Kherson, les FAU marquent le pas à 25 km de la ville (500 km² reconquis). Préparation insuffisante ? Manque d’effectifs et/ou de moyens contre les retranchements russes ? Kiev ne communiquant pas sur le sujet (saine mesure appliquée par son adversaire depuis le lancement de l’OMS), il est encore trop tôt pour se faire une idée précise de la situation.

1er septembre (J+189)

– Reprise des combats sur l’axe Mikolaïv-Kherson.

– Redéploiements massifs de troupes des FAR dans les deux républiques de Donetsk et de Louhansk et dans le secteur de Kherson – au détriment donc du front du Donbass. Les convois s’intensifient via la péninsule de Crimée (pont de Kertch).

3 septembre (J+191)

– Kiev déclare que la contre-offensive des FAU à Kherson n’a pas pour objectif immédiat de reprendre du terrain aux Russes, mais de détruire méthodiquement leurs forces et leur soutien logistique (2e ligne, au sud du Dniepr), grâce à la mise en œuvre des armes lourdes et de précision qui leur ont été livrées. Manière de contrer les critiques soulevées par le montage et le déroulé de l’opération ? La « tactique du grignotage » (dite d’attrition ou d’interdiction dans le langage militaire) avait déjà été invoquée en leur temps, et par le généralissime Joffre en 1914, et par le chef du grand état-major allemand Falkenhayn en 1916.

– Renforcement de la défense du pont de Kertch, capital pour la liaison entre la Crimée et le sud-est de l’Ukraine, avec l’arrivée d’une batterie de défense aérienne S-300 PMU (portée maximale : 250 km) en provenance de Syrie.

6 septembre (J+194)

– Contre-attaque localisée des FAU (5 brigades + 1 bataillon blindé + 2 GT : dispositif équivalent à celui de Kherson) dans l’Oblast de Kharkiv (Balakliya, SO de Kharkiv) : de source occidentale, les FAR auraient été contraintes sous la pression de regagner la rive droite des rivières Severskyi Donets et Serednya Balakliika. La ville de Verbivka, au nord-ouest de Balakliya, passe sous contrôle ukrainien. Dans leur retraite, les FAR ont fait sauter plusieurs ponts à l’est de Balakliya. Menace d’encerclement des unités russes positionnées au nord d’Izioum.

– Le redéploiement fin août des FAR sur les fronts est et sud-est n’est sans doute pas étranger à ce succès limité mais réel des FAU. On pense en particulier au transfert du 147régiment d’artillerie et de la 2e division de fusiliers motorisés (1re Armée blindée de la Garde).

– Modeste progression des forces coalisées russophones dans la direction d’Armetovsk – l’autoroute E40, dont le contrôle continue de leur échapper. Pour rappel, Artemovsk occupé, les FAU perdraient un axe de communication essentiel avec la poche de Sievierodonetsk-Lyssytchansk.

7 septembre (J+195)

– Multiplication sur les sites spécialisés des tableaux statistiques des pertes russes en hommes et matériel : entre 15 000 et 30 000 tués, 40 000 blessés, 6 000 engins terrestres perdus, tous types de véhicules confondus. La chute des courbes puis leur stagnation à partir du mois de juillet accréditent l’entrée de l’OMS dans une période de stabilisation des fronts (pause opérationnelle).

– Progression rapide des FAU en direction du nœud logistique (+ que stratégique) d’Izioum. Sa chute handicaperait le ravitaillement des FAR, toujours aux prises avec l’AUD dans le chaudron du Donbass.

– Visiblement prises de court par cette attaque surprise, les FAR répliquent essentiellement avec leurs forces aériennes.

– Washington annonce une nouvelle livraison de matériel (artillerie lourde, HIMARS, blindés) d’un montant de 675 millions de dollars.

10 septembre (J+198)

– Abandon d’Izioum par les FAR, 15 GT (très amoindris) se replient (en urgence ou en bon ordre ?) sur la rive droite de la rivière Donets. Rééquipés et recomplétés, les FAU s’emparent d’Izioum, que les Russes avaient conquis au mois de mars. 1 200 km², soit 10 x la superficie de Paris.

– En parallèle, progression limitée de la 2e offensive ukrainienne lancée plus au sud, sur l’axe sud-ouest-nord-est Slaviansk-Lyman, qui oblige les FAR à desserrer leur étau autour de Kramatorsk ; plus au nord, les FAU se rapprochent du nœud de communication ferroviaire de Koupiansk (70 km parcourus en 36 h).

– Question : comment la préparation de telles offensives (à noter leur simultanéité, gage d’une compétence renouvelée de l’état-major ukrainien en matière de planification) a-t-elle pu échapper au renseignement russe ?

– Le ministère français des Armées confirme l’achat par l’Ukraine d’un nombre indéterminé de canons tractés d’occasion TRF1 de 155 mm (portée : 25 km) à la société S2M Equipment.

– Moscou annonce une prochaine contre-offensive. Des convois militaires seraient en mouvement.

11 septembre (J+199)

– Interrogations sur la perte de vitesse des FAR (qualité, quantité, organisation, instruction) et la montée en gamme proportionnellement inverse des FAU. En une semaine, les Ukrainiens ont repris des positions qui avaient demandé plusieurs mois de lutte aux FAR. Le renseignement otanien, notamment satellitaire, a joué à plein : les FAU savaient attaquer un secteur faiblement tenu. Certains analystes occidentaux parlent déjà d’un point de bascule stratégique.

– Le ministère allemand de la Défense officialise la prochaine livraison de 20 chars Gepard 35 mm (tourelle équipée de 2 canons Oerlikon Contraves KDA 35 mm), précédemment retirés de la Bundeswehr.

12 septembre (J+200)

– Combats terrestres limités au nord de Kherson et dans le Donbass (contre-attaque des forces russophones coalisées) ; échanges de tir d’artillerie, tirs de missiles, activité aérienne.

– Actions de guérilla (sabotages, IED) signalées sur les arrières russes, au sud de Kherson et sur la ligne Izioum-Koupiansk.

– Au 7e jour de son offensive dans l’Oblast de Kharkiv, Kiev déclare avoir repris 3 000 km² de terrain.

14 septembre (J+202)

– Les FAU auraient perdu 2 brigades (4 000 hommes) sur les 4 engagées et plusieurs centaines d’engins depuis le début de leur offensive de Kharkiv. Ce qui est beaucoup face à des FAR déjà amoindries avant son lancement (retrait du gros des troupes, ordonné par l’état-major dès la mi-août) et réduites à une « force de police » essentiellement composée d’unités de la RPD. En regard, les FAR auraient perdu, selon les sources, entre 10 et 125 véhicules (sic) et 2 avions à réaction.

15 septembre (J+203)

– Première question : en affaiblissant le front de Kharkov pour renforcer celui de Kherson (ce en quoi l’opération de déception ukrainienne a fonctionné), l’état-major russe a-t-il pris un risque calculé, préférant céder du terrain au N, quitte à renoncer momentanément à Slaviansk-Kramatorsk, tout en usant les forces ukrainiennes engagées dans ses deux offensives ? Izioum, attaque ou offensive ? Déroute totale ou simple revers tactique ?

– Deuxième question : le déploiement du 3e C.A. russe dans le Donbass signifie-t-il que les FAR s’attendent à une 3e offensive ukrainienne sur ce front ?

– Troisième question : si les FAR, aujourd’hui solidement retranchés derrière les rivières Oskol et Siverskyi Donets, ont été dépassées par la situation, l’état-major russe n’est-il pas tenu de revoir à la hausse le format de son engagement (toujours la question des réserves) ?

– Quatrième question : si les troupes des deux républiques du Donbass sont des unités supplétives des FAR, les FAU ne sont-elles pas désormais les troupes supplétives de l’Otan ?

– Les USA débloquent 600 millions d’aide militaire supplémentaire (missiles HIMARS, munitions d’artillerie, radars, mines, systèmes anti-drones) pour l’Ukraine.

16 septembre (J+204)

– Après la destruction de plusieurs installations hydrauliques sur la rivière Ingulets par des tirs de missiles russes (brusque montée des eaux de + de 2 m), l’offensive ukrainienne est enrayée au Nord-Est de Kherson (Krivoy Rog). Plusieurs unités des FAU seraient coupées de leurs bases, voire encerclées.

18 septembre (J+206)

– Combats de rue pour la possession de Lyman.

– Montée en puissance des forces aérospatiales russes avec des frappes ciblées et répétées sur Odessa, Vinnitsa, Zhaporijjia (en réponse aux tirs d’artillerie ukrainiens sur sa centrale nucléaire, dont tous les réacteurs sont aujourd’hui éteints) et Soukhoï, des tirs de missiles hypersoniques (preuve que les FAR n’ont pas vidé leurs stocks) et le lancement confirmé de plusieurs bombes thermobariques.

Sources : dailymail.com, Institute for the Study of War, lavoiedelepee.blogspot.com, southfront.org, @war_mapper, oryxspioenkop.com, Ministère des Armées, Sim Tack, lecourrierdesstrateges.fr, mars-attaque.blogspot.com, cf2r.org, opex360.com, fundstrat.com, Army Recognition, www.eurocontinent.eu, entredeuxguerres.fr, militaryland.net

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