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Gérald Darmanin et Renaud Dély : comment salir la mémoire de Dominique Venner

Renaud Dély et Gérald Darmanin : comment salir la mémoire de Dominique Venner

Renaud Dély, mots clés : délation, ministère de l’Intérieur, franc-maçonnerie et journaloperies. Cible : Dominique Venner, à qui il consacre un libelle bouffon et diffamatoire, « L’Assiégé » (JC Lattès). Objectif : faire interdire les mouvements identitaires qui se réclament de sa pensée, Rassemblement national inclus. Et si l’Assiégé, c’était finalement lui, Renaud Dély, petit télégraphiste de Gérald Darmanin et d’un pouvoir aux abois, pris de panique à l’idée de voir Marine Le Pen gagner la présidentielle en 2027. Faire interdire tous les identitaires et rendre Marine Le Pen inéligible : voilà le programme. On ne pourra pas dire qu’on n’était pas prévenu.

Je n’arrive pas à en vouloir à Renaud Dély. Il a toujours fait dans le genre miteux, avec sa dégaine de loustic et sa banane des années 1960, comme dans les albums BD de Frank Margerin, genre Lucien ou Ricky. Voilà des années que Renaud le rockeur écrit des « hénaurmités » sur tout ce qui se trouve à la droite de François Bayrou – et avec Dominique Venner, il est servi –, moyennant un art du fayotage bien rodé qui lui a permis de grimper quatre à quatre les marches du Quatrième pouvoir dont il est désormais l’un des inamovibles tauliers, passé de Libé à L’Obs, de L’Obs à Marianne, France Inter, Le Parisien, France Info et Arte, le tout avec une déloyauté de joueur de foot, le mercato des éditorialistes valant celui du ballon rond (rien de surprenant à ce que Dély écrive aussi dans So foot, le must du gauchisme chic).

Ce qui distingue néanmoins les médias mainstream du foot professionnel, c’est la consanguinité et l’endogamie qui y règnent. Au fond, peu importe L’Obs, Radio France ou Radio Paris, c’est toujours la même maison, les mêmes connivences, la même idéologie antifasciste, antiraciste, anti-Le Pen. Renaud Dély en est l’un des plus emblématiques spécimens. Il a été affublé de surnoms qui en disent long sur son éthique du journalisme : « Renaud Délit d’opinion », « Renaud Délire », « Renaud Flagrant Délit ». L’économie du mensonge n’ayant aucun secret pour lui, il en a fait son métier. La post-vérité, c’est lui, mais avec un QI de concombre de mer. Paresseux avec cela. La preuve par L’Assiégé : 240 pages qui tirent à la ligne, corps de caractères 14, gros interlignage. En une heure, la lecture est bâclée – et notre admiration pour Venner, renforcée. Dély a beau salir cette vie, elle est plus grande que les mesquineries et les chiures de moucheron qu’il y a parsemées.

Hibernatus dans Jurassic Park

Je me suis souvent demandé comment un besogneux dans son genre, longtemps rubricard de l’« extrême droite » – ce qui fait de lui une sorte de vétéran du milieu, le Maître Jedi de tous ces scribouillards qui passent leur temps à espionner et dénoncer les Seigneurs noirs des Sith que nous sommes (mais Dély au moins est physiquement courageux : il va sur le terrain) –, je me suis toujours demandé, donc, comment un besogneux dans son genre avait pu se retrouver à la tête d’un aussi grand nombre de rédactions. Serait-ce parce qu’il se murmure – à confirmer cependant – qu’il serait franc-maçon ? N’étant pas frère, je l’ignore, tout comme j’ignore combien de marches maçonniques il faut grimper pour se retrouver aussi vite aussi haut. Car, dans les rédactions, cela fait longtemps que Renaud Dély ne prend plus l’escalier de service, mais l’ascenseur, qui le dépose à l’étage de la direction. On ne comprend pas grand-chose au pouvoir médiatique si on oublie ces discrets petits coups de pouce « fraternels ». Renaud Dély est très évasif sur le sujet. Son père, conseiller municipal MRG (radicaux de gauche) de Beauvais, était un franc-mac notoire ; le fils aurait ses entrées au Grand Orient de France, selon François Koch, qui a longtemps dirigé la rubrique Justice à L’Express. « Maison de francs-maçons, télé de merde », comme ne disait pas Michel Polac. Comment expliquer sans cela la réussite d’un type que ses médiocres talents prédisposaient à être employé aux écritures au Courrier picard, à La Dépêche de Beauvais ou à Libération ?

Salaud ou héros ?

Sa spécialité de départ, c’est la chasse aux nazis. Être chasseur de nazis en 2024, c’est travailler dans un Jurassic Park poussiéreux spécialisé dans la résurrection des morts et qui dirait un peu comme le Christ à Lazare : Hitler, relève-toi d’entre les morts. C’est ce que Renaud Dély a entrepris de faire avec Dominique Venner, transformé pour l’occasion en Hibernatus de l’extrême droite revenu hanter les vivants. À charge pour Dély de lui donner chair, comme on lui a appris à faire au Centre de formation des journalistes parisien (CFJ), en recourant aux procédés – profondément malhonnêtes – du « nouveau journalisme ».

Rien de plus lassant que ces techniques journalistiques (un « truc » vraiment) qui consistent à se mettre à la place de son sujet, à le faire parler par ventriloquie, en sous-sous-style indirect libre. C’est un « journalisme » qui ne s’intéresse pas à la vérité, qui se situe d’emblée dans la post-vérité, puisqu’il ne se conçoit plus sous le mode de l’investigation, de l’enquête, du travail de recherche, mais du « récit », c’est-à-dire de la fiction, c’est-à-dire de l’affabulation. Pour cela, il suffit de se mettre dans la tête de… C’est la nouvelle mode : dans la tête de Poutine, de Bachar al-Assad, de Belzébuth. Ainsi fonctionne ce néo-journalisme à l’américaine. C’était la marque de fabrique de l’immense Tom Wolfe, mais quand Tom Wolfe disait « je » à la place de son personnage, c’était Balzac redivivus ; quand c’est Renaud Dély, Raphaëlle Bacqué ou Ariane Chemin, c’est un mauvais docu-fiction où le travail d’enquête ne se résume plus qu’à recopier des fiches de police, puis à enfiler des phrases aussi courtes que les idées, toujours dans ce gloubi-boulga du discours indirect libre. La télépathie pour les nuls, en somme. Et pour renforcer ce sentiment d’intimité avec son personnage, rien de tel que de l’appeler par son prénom ou son petit nom : « Dominique » ou « Dom’ »  – Dom’ par-ci, Dom’ par-là. Tout ça conjugué au présent de l’indicatif, comme une dictée de cours préparatoire, mais censé démontrer qu’« on y était ». Sujet-verbe-complément. Pour le complément d’enquête, on repassera.

Un exemple (il y en a des centaines). « Dominique a besoin de tuer » (ah, les dons de voyance de Renaud !). D’ailleurs, enfant, « Dominique aime humer l’odeur des uniformes de la Wehrmacht dans le métro » (le nazisme olfactif). À 14 ans, « Dominique ouvre en tremblant l’étui d’un revolver » (érotique), etc. Des insinuations tour à tour fantaisistes, grossières et diffamatoires, censées créer un double du narrateur psychopathe des Bienveillantes : un « salaud » qui lisait Rilke tout en dressant son chien à traquer les fellouzes, « la bouche frémissante déformée par la hargne ». Etc.

Si Dély avait quelques lettres, il aurait vu tout de suite que le Dominique Venner de la guerre d’Algérie tel que décrit par lui – fascinant de bout en bout (nonobstant Dély) – a bien plus à voir avec le personnage de Joseph Conrad dans Au cœur des ténèbres (le colonel Kurtz d’Apocalypse Now) qu’à un bourreau khmer ou nazi. Qu’il est quelque part entre Les Conquérants (André Malraux) et Les Réprouvés (Ernst von Salomon). Non pas un salaud, mais un héros.

L’assiégé, c’est lui

La vérité, c’est qu’il faut lire L’Assiégé à l’envers pour remettre Dominique Venner à l’endroit. Et procéder inversement avec Renaud Dély. L’Assiégé n’est pas un livre, c’est une note de police destinée au ministère de l’Intérieur, qui servira de pièces à conviction dans les futurs dossiers de dissolution concoctés par Gérald Darmanin ou un autre. Dissoudre encore, dissoudre toujours plus. Nos idées, nos libertés, nos structures.

Il serait temps que le RN se réveille car c’est lui qui est ciblé à la fin. Ceux qui en douteraient encore n’ont qu’à lire l’entretien que Renaud Dély a donné au Monde : « Les responsables du Rassemblement national ont retenu la leçon de Dominique Venner ». Le RN doit comprendre qu’il est cerné. Le pouvoir veut voir jusqu’où il peut aller dans l’interdiction. Plus 2027 approchera, plus l’étau se resserrera autour de Marine Le Pen. Parions même que la place Beauvau réfléchit à la perspective de son inéligibilité. Elle ferait alors suite à une avalanche de dissolutions et d’interdictions, dont celle de l’hommage à Dominique Venner le 21 mai dernier. La boucle sera alors bouclée – pardon : l’assiégé sera alors bouclé.

À lire : La tribune de l’Institut Iliade à propos du livre de Renaud Dely

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