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Francis van den Eynde (1946-2021) : Adieu à Till Ulespiègle

Ancien député pendant 20 ans, vice-président du Parlement belge, mais aussi ami et collaborateur d’Éléments, Francis van den Eynde s’est éteint à l’âge de 74 ans à Alost, en Flandre, le 4 mars 2021. Son ami Luc Pauwels lui rend hommage.
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Entre le garçon turbulent des Marolles, le plus vieux quartier populaire de Bruxelles, et l’orateur enthousiaste, député et vice-président du Parlement belge, Francis van den Eynde a consacré plus d’un demi-siècle d’engagement ininterrompu pour la Flandre, les Pays-Bas et l’Europe. Pas l’Union européenne, mais ce qu’il aimait appeler l’Empire des peuples européens.

Au fil des ans, je l’ai vu évoluer – et rester le même. Nous étions rarement membres des mêmes associations, ce qui aboutissait très régulièrement à des discussions animées autour d’une pinte. Pintes, au pluriel, pour être juste.

La Flandre est devenue plus pauvre

La bonne Flandre a un champion en moins, quelqu’un qui prêchait l’engagement et le vivait lui-même. Et avec ça, l’engagement d’un Till Ulespiègle, spontané et toujours plein d’un humour que ses adversaires avaient le plus grand mal à supporter. Il se battait pour ses principes, avec le sourire aux lèvres, jamais aigre ni cassant. Aussi bien en néerlandais qu’en français et d’autres langues encore.

Quand au Conseil municipal de la ville de Gand il fut confronté pour la énième fois à la question de la collaboration de certains nationalistes flamands et aux « heures les plus sombres de notre histoire », il demanda d’abord pourquoi la mairie maintenait un nom de rue et une statue pour Lieven Bauwens (1769-1822). Devant les mines déconfites de ses opposants, Francis a rappelé aux conseillers municipaux que Bauwens était un collaborateur de l’occupant sans-culotte français, maire de guerre de Gand, à la fois jacobin et chouchou de Napoléon…

Issu d’une famille « blanche comme neige », Francis s’émerveillait toujours de la mémoire misérablement tronquée d’un certain nombre de ses collègues verts, libéraux et rouges qui auraient mieux fait d’inspecter le passé de leur propre famille durant la guerre. Après la réunion du conseil, un membre au moins de chacun des groupes mentionnés s’est confondu en remerciement pour ne pas avoir été nommé. Au fil du temps, Francis s’était fait des amis ou du moins des adversaires respectueux – en donnant l’exemple.

Et puis il y avait ses histoires irlandaises. Je ne pense pas que la Flandre ait eu un meilleur connaisseur de l’Irlande. D’ailleurs, son fils aîné y habite, marié à une Irlandaise : « Le seul pays étranger à qui j’ai voulu céder un enfant », disait-il. En 2010, quand il a quitté l’Assemblée nationale, il a tenu un discours remarquable intitulé « Ce qui nous sépare » à l’adresse de ses opposants, expliquant que ce n’était guère le clivage droite-gauche, mais bien plus l’antagonisme entre le populisme ethnoculturel de Herder, les Chouans, le boulangisme ou encore Barrès contre l’étatisme, de Jean Bodin aux jacobins, en passant par Maurras ou Marx. Silence sur tous les bancs.

La Flandre est devenue plus riche

Francis faisait partie de ces personnes uniques qui quittent le monde en le laissant plus beau qu’elles ne l’ont trouvé. Avec lui, la Flandre est devenue plus riche du souvenir d’une personnalité, dont la chaleur honnête et l’inspiration profonde nous aident tous à continuer à vivre et à nous engager.

Francis a littéralement vécu ce que les Dieux, par l’intermédiaire de Walter Flex, l’auteur des Oies sauvages, lui avaient ordonné :

Ce que personne n’ose, tu l’oseras,
Ce que personne n’exprime, dis-le,
Ce que personne ne pense, tu l’argueras,
Ce que personne n’ose, fais-le.

Si personne ne dit oui, toi tu le diras,
Si personne ne dit non, à toi de nier,
Si tous doutent, confiance tu feras,
Si tous s’emballent, tu seras le dernier.

Quand tous acclament, prends ton temps,
Quand tous se moquent, silence salutaire,
Quand tous refusent le partage, soit clément,
Quand tout est sombre, allume la lumière !1

Un poème écrit spécifiquement pour lui, on dirait.

Nous offrons nos condoléances à sa chère épouse et à ses quatre enfants, avec ce conseil de Francis lui-même: « Chérissez vos souvenirs, ils sont la seule chose que personne ne pourra jamais vous enlever. »

Au revoir Francis, cher ami d’une honnêteté désarmante, au revoir.

Et un grand merci pour tout.

1. Traduction de l’allemand par Wido Bourel.

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