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France-Maroc : le vrai match s’est joué dans la rue et la France l’a perdu

À peu près tous les matchs de l’équipe marocaine ont donné lieu à des « débordements », euphémisme médiatique qui ne traduit que très modérément l’enthousiasme fiévreux des supporters marocains dans les rues de Paris ou de Bruxelles. Un charivari bon enfant au fond. Qu’est-ce à côté du péril majeur représenté par l’ultra-droite ?

En vérité, hormis les journalistes dont l’idéologie exclut absolument le réel – fille des Lumières, elle est un idéalisme fanatique construit d’abord sur l’idée d’un homme abstrait, un homme réduit à une idée – et l’essentiel de notre personnel politique, qui partage la même idéologie que les journalistes, tout le monde savait ce qui allait se produire, ici, durant les matchs du Maroc à la Coupe du monde. En effet, chaque match d’une sélection maghrébine durant une compétition internationale de foot – en particulier la Coupe d’Afrique des nations (CAN) et la Coupe du monde – engendre, chez nous, ce que, toujours très pudiques quand il s’agit de l’Autre, nos médias appellent des « débordements ». Par « débordements », il faut entendre des bolossages en pagaille, du mobilier urbain détruit, des vitrines brisées, des voitures incendiées, des commissariats attaqués, des drapeaux français arrachés, piétinés, et mille vidéos, bien sûr jamais relayées par ces mêmes médias, où des jeunes un tantinet revêches vocifèrent à base de « Nique la France », « Nique les Français » et « Nique la police ». Ces dernières années, les supporters de l’équipe d’Algérie ont souvent foutu le dawa de la sorte ; il est vrai que la sélection algérienne a souvent brillé durant la même période – mais même lorsqu’elle perd, comme elle l’a fait contre le Cameroun au printemps, ratant ainsi son ticket pour le Qatar, il y aussi des « débordements ».

Qui a le monopole de la violence de rue ?

Des « débordements » ont systématiquement lieu, ici, quand des sélections maghrébines jouent, donc. Ce devrait être dingue, ça devrait « faire polémique » pendant un mois. Mais il y a visiblement, aux yeux des médias, de bons et de mauvais « débordements ». Bons sont ceux commis par l’Autre, qui n’y est d’ailleurs pour rien, qui ne sont le fait que de « quelques individus » – comme les fameux « loups solitaires » islamistes –, qui, quand les « débordements » vont quand même un peu trop loin, s’expliquent évidemment, selon l’analyse de sachants socialo-communistes – hégémoniques sur les plateaux –, par la colonisation, les discriminations, le racisme systémique – on apprend donc que la Belgique, qui a souffert des mêmes « débordements », a colonisé le Maghreb, elle aussi. Alors il ne faut pas gâcher la fête, nuire au fantasme vivrensembliste, remettre en cause le multiculturalisme. Les Africains – ils se définissent ainsi, en tout cas lorsque les pays de leurs parents jouent – ont le droit de tabasser, brûler, détruire, insulter, exprimer de la haine envers la France, les « toubabs » et les « porcs ». Mauvais sont ceux commis par les supporters français de l’équipe de France. Ces « débordements »-là n’existent pas ? En effet. Mais il y en a parfois lorsque des équipes du championnat de France, la Ligue 1, jouent entre elles ou en coupe d’Europe. Des ultras cassent ; des ultras se bagarrent entre eux et s’en prennent aux forces de l’ordre. Alors, selon les mêmes journalistes, selon d’autres sachants socialo-communistes, il faut interdire les ultras, et même détruire « cette vermine », comme furent qualifiés, après s’être stupidement moqués de la mort du pauvre Emiliano Sala, les ultras de la Brigade Sud de l’OGC Nice il y a de cela quelques mois – parce qu’ils sont très à droite – bien entendu, la politisation du sport et des supporters n’indigne que lorsqu’elle n’est pas de gauche.

Il était évident que le match Maroc-France allait donner lieu à des « débordements ». Cependant que, les jours précédents la rencontre, nos médias louaient l’amitié entre les deux peuples, s’enthousiasmaient pour les innombrables Franco-Marocains qui, évidemment, seraient « déchirés » entre deux allégeances mais « heureux » dans les deux cas, Marocains du Maroc, de France, ces mêmes Franco-Marocains et les Maghrébins en général, en tout cas sur les réseaux sociaux, manifestaient massivement, au contraire, un esprit de revanche peu compatible avec le vivrensemble. Al-Andalus, la colonisation, les discriminations, le racisme : en battant l’équipe de France, l’équipe du Maroc allait venger des siècles d’humiliation. Pour le coup, l’oumma était unie ; le mépris souverain avec lequel, trop souvent, les Arabes traitent encore aujourd’hui les Noirs s’effaçait derrière un panafricanisme parfaitement artificiel ; c’était tout le continent africain qui, sur un mode viriliste et même guerrier, rabaisserait l’orgueil de la France et, à travers elle, de tout l’Occident. Le décalage entre l’allégresse de nos médias et le ressentiment exprimé par tant d’Africains de papier, d’origine ou de cœur avait quelque chose de comique. Mais il est vrai que nos élites refusent d’avoir des ennemis ; même le djihadisme n’est, au fond, qu’une sorte de malentendu ; d’aucuns peuvent bien nous haïr, ils n’auront jamais notre haine en retour, et pour ne pas s’embêter avec ce choc des civilisations pourtant évident, en tout cas de l’autre côté de la Méditerranée et chez nous dans les quartiers, il suffit de fermer les yeux et les oreilles, de répéter, comme un mantra – et Dieu sait que les journalistes savent le faire, c’est même leur principale fonction, le sel de leur propagande – que tout va bien. Et quand ça ne va pas, quand le réel nie trop l’idéologie, alors il faut cacher ou, si c’est vraiment impossible, trouver des raisons plus farfelues les unes que les autres pour justifier la violence dont nous sommes l’objet – à commencer bien sûr par l’explication « sociale ».

La faute à l’extrême droite

La violence, justement ! Logiquement agacés par celle des Africains sur Internet et dans nos villes, des patriotes français ont décidé, après la victoire de l’équipe de France sur celle du Maroc, de descendre dans la rue. Ils n’étaient, dans une poignée de métropoles, qu’une grosse centaine. Attention, messieurs-dames, c’était « l’ultra-droite », l’imaginaire péril fasciste sur et contre lequel l’Europe s’est intellectuellement, moralement et politiquement construite depuis 1945 – le fameux « Plus jamais ça » qui oblige à trouver sans cesse, à chaque génération, de nouveaux fascistes pour légitimer la fuite en avant progressiste, la liquéfaction, le néant vers lequel nous conduisent nos élites. (« Vous n’aurez pas ma haine », ça signifie, en l’occurrence : « Plutôt la charia que l’extrême droite »). Libération en a fait sa une ; toute la gauche s’est indignée, comme elle s’indigne, après chaque « attentat » islamiste, bien davantage de la « récupération » de « l’extrême droite » que du fait en lui-même – mais un fait, pour la gauche, ça n’existe pas en soi, il se réduit à sa nomination – et c’est toujours elle qui nomme, elle a le monopole des mots et des concepts qu’ils portent. Là, ces cent gus qui, chez eux, rappelaient en hurlant qu’ils en avaient assez des « débordements » commis par des Africains, c’était donc non pas des « débordements » mais, pour le coup, de la « violence », et même – évidemment – une violence digne des chemises brunes de 1933 ; pour Libération, la quasi totalité de la presse, pour la gauche, les violences autrement nombreuses, dures, destructrices commises par des Africains n’existent pas, pas plus que les tentatives de ratonnades de Gitans dont Montpellier a été le théâtre après la mort d’un adolescent de quatorze ans – qu’on se rassure, un imam, représentant la « communauté musulmane », et un chef de « la communauté gitane » ont enterré la hache de guerre – on est déjà au Liban… La haine dont nous sommes l’objet est toujours à « analyser », à « contextualiser », à « comprendre », à « fact-checker » ; la colère que nous éprouvons est, elle, au mieux, passible du tribunal de Nuremberg.

Ainsi donc, il en va des réactions médiatico-politiques face à la violence des supporters des équipes de foot du Maghreb dans nos rues – mais il est vrai que ce ne sont pas « nos » rues, ce n’est pas « notre » pays, ce sont les rues et le pays de tout le monde, du monde entier, c’est un hub, un hall de gare dans lequel chacun peut venir apporter la « richesse » dont son être déborde par essence – comme de la violence de l’Autre en général : elle dément trop le sens de l’histoire pour être vue. N’en doutez pas, n’attendez pas quelque aggiornamento : si la charia venait à s’imposer en Europe, nos élites, réfugiées dans les mégalopoles du monde dit libre, continueraient encore d’accabler les autochtones « intolérants » plutôt que d’admettre leur erreur.

Le multiculturalisme en échec

En 2001, le match France-Algérie avait révélé aux aveugles que l’« intégration » ne se passait pas bien ; passé le scandale, ils n’en avaient tiré aucune autre conclusion que l’insupportable résistance du peuple français à sa dislocation sous l’effet d’une immigration inédite par son ampleur, sa nature et le ressentiment qui l’habitait. Vingt ans plus tard, presque une génération plus tard, nonobstant un réel qui les contredit chaque jour, les élites occidentales persistent et signent. Vous ne voulez pas de la diversité ? Vous l’aurez quand même, point. Des lois, toujours plus dures, plus scélérates, vous empêcheront de brider la marche de l’Occident vers sa dépossession. Les émeutes qui accompagnent chaque match des sélections maghrébines viennent s’ajouter à la délinquance et à la criminalité dont les immigrés africains et leurs descendants sont majoritairement les auteurs et qui rendent la France de plus en plus invivable. Ce qu’elles révèlent, c’est l’échec total du multiculturalisme. Leur systématisme, leur férocité, l’impuissance avec laquelle les pouvoirs publics leur répondent et les dénégations avec lesquelles les médias les commentent sont les prolégomènes d’une guerre dont la France, cette fois, ne se relèvera pas.

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