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Expulsion de la journaliste russe Xenia Fedorova : la grande hypocrisie des « ingérences » étrangères…

Dès qu’une expression envahit le vocabulaire politique, grandes sont les raisons de se méfier. Cela vaut pour les « messages de haine » ou les « ingérences », concepts éminemment flous. La seconde est actuellement accommodée à toutes les sauces ; les plus indigestes surtout.

Le gouvernement annonce souvent qu’il sera ferme sur les OQTF. Certains immigrés paraissent néanmoins être plus expulsables que d’autres, telle Xenia Federova, la journaliste russe la plus célèbre de France. Ancienne patronne de Russia Today, équivalent du CNN américain, du BBC World anglais, du i24News israélien ou de l’Al Jazeera qatari, sans oublier, il va sans dire, notre France 24 tricolore, la voilà pressée de quitter le territoire national. Histoire de faire bonne mesure, le gouvernement a gelé tous ses comptes bancaires.

Ce qu’on lui reproche ? Officiellement d’être la voix du Kremlin et, officieusement, de travailler pour le groupe de Vincent Bolloré, intervenant régulièrement sur CNews et signant une chronique hebdomadaire dans le JDNews. D’où un papier fantasmatique du Monde lui prêtant un pouvoir qu’à l’évidence elle n’a pas. Au fait, où sont ces fameuses « ingérences » ? Nos gardiens du temple déontologique ne le disent pas, hormis France Info qui affirme : « Elle ne fait que dérouler à l’antenne le discours de Moscou sur la guerre en Ukraine. » Voilà qui est léger ; ce d’autant plus que sur la question, elle ne fait rien que dire ce que Luc Ferry, ancien ministre de l’Éducation de Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin, dit depuis longtemps. D’ailleurs, à ce compte, que fait notre confrère Gil Miaely, ancien de la marine israélienne, au mensuel Causeur, si ce n’est « dérouler le discours » de Tel-Aviv ? Ce qu’évidemment nous ne saurions lui reprocher. C’est un combat légitime, tout aussi légitime que celui d’une Rima Hassan prenant le parti opposé consistant à « dérouler » celui du Hamas. Pour se faire une idée, la meilleure manière ne consiste-t-elle pas d’ailleurs à entendre les raisons de tous les belligérants en présence ? Dans un semblable registre, pourquoi ne pas évoquer ces journalistes et des hommes politiques sous influence américaine, le premier d’entre eux demeurant Jean Monnet, l’un des pères fondateurs de l’Europe et qui émargeait sur les fonds secrets de la CIA, tel que révélé par Marie-France Garaud ?

La Russie, privée d’expression en France : le précédent Alexandre Douguine…

Mais il semble néanmoins, qu’en la circonstance, demeure une exception russe, tel que rappelé par Pascal Eysseric, ancien rédacteur en chef d’Éléments : « Le 19 novembre 2016, nous organisons un colloque intitulé “Russie : à l’Est du nouveau”. Nos invités sont l’écrivain Zakhar Prilepine et Alexandre Douguine, l’un des principaux théoriciens de l’Eurasisme, que nous avons fait venir de Russie. Las, lors d’une escale en Allemagne, on lui signifie qu’il est “indésirable” en France. Une fois débarqué de son avion, les autorités le rembarquent aussitôt dans un autre avion, direction Moscou. Je précise que nous étions six ans avant le déclenchement de la guerre d’Ukraine. Comme quoi, tout n’est pas nouveau avec la Russie ! ». En quoi la présence de ces deux intellectuels de renom participait d’une quelconque « ingérence » russe ? Le gouvernement français ne l’a jamais dit. Tout comme la Cour institutionnelle de Roumanie a invalidé le premier tour de l’élection présidentielle de 2024 pour cause d’autres « ingérences » présumées mais jamais qualifiées, n’a jamais donné les raisons de ce putsch institutionnel. Il est vrai qu’il y avait péril en la demeure, un candidat nationaliste se trouvant aux portes du pouvoir. Bref, les « ingérences », le tout, c’est d’y croire.

Philippe de Villiers vole à son secours…

En revanche, plus sceptique demeure Philippe de Villiers, décidément meilleur quand il commente la politique que lorsqu’il en fait, et qui, interrogé ce 2 août par Le Journal du dimanche, à propos des questions se posant sur Xenia Fedorova. À l’accusation voulant qu’elle « relaye la propagande russe sur le territoire français » tout en « déstabilisant l’ordre public » et ayant été « formée par les services russes pour être ensuite envoyée en France pour nuire par la voie médiatique à nos intérêts », c’est crânement que le vicomte répond : « Vous voulez que je vous révèle le nom de son officier traitant ? C’est Alexandre Soljenitsyne. Je vais vous faire un aveu pour la bien connaître. Je vais vous dire pour qui elle travaille. Elle me l’a avoué. Vous allez vous-même mesurer le danger : elle travaille pour l’Europe de saint Benoît et de saint Vladimir, l’Europe de Pouchkine, de Tolstoï, de Balzac et de Victor Hugo. Xenia Fedorova, c’est d’abord une journaliste dans l’âme, passionnée de son métier, qui aime l’enquête, l’investigation, la recherche des connexions, et qui, en permanence, cherche à comprendre les situations qui lui paraissent inaccessibles. Cela lui est apparemment reproché. (…) Comme moi, elle est profondément attachée à l’amitié franco-russe. Elle croit, comme le général de Gaulle, qu’elle a souvent cité, que l’Europe mourra si on ne fait pas l’Europe de l’Atlantique à l’Oural. Xenia Fedorova a infiniment moins de liens avec Vladimir Poutine que Laurent Nuñez avec le recteur de la Grande mosquée de Paris et que le recteur de la Grande mosquée de Paris avec le président algérien Tebboune. » Voilà qui n’est pas faux.

Les « ingérences » de Ségolène Royal et de Dominique de Villepin…

Au fait, à propos d’accointances et de possibles « ingérences » avec l’Algérie, que dire du rôle de Ségolène Royal, qui semble passer plus de temps là-bas qu’ici ? Ce dont se félicite, non sans surprise ni raison, la presse locale. Dans Le Point du 8 mai dernier, l’éditorialiste Kamel Daoud n’hésite pas à évoquer « une influenceuse d’Alger ». Mais dans le registre, la palme revient évidemment à Dominique de Villepin, devenu l’un des avocats officieux du Qatar en France. Encore une autre « ingérence » qu’il est délicat d’évoquer, au vu de l’importance des enjeux financiers ? Poser la question équivaut à y répondre.

On laissera le mot de la fin à Robert Ménard, cofondateur historique de l’association Reporters sans frontières, qui publie une tribune contredisant son ami Philippe de Villiers, mais finit par le rejoindre sur l’avis d’expulsion de la journaliste incriminée : « Je suis contre l’arrêté d’expulsion de Xenia Fedorova parce qu’il est disproportionné. Elle n’a commis aucune infraction, aucun crime. Elle n’a rien dit d’illégal. Son positionnement est clair, je ne suis pas naïf : elle est un relais de la propagande du Kremlin. Jour après jour, édito après édito, elle défend la stratégie de Poutine, son narratif et sa sale guerre en Ukraine. Elle nous bassine avec “Poutine veut la paix”, “La Russie ne fait que se défendre contre l’Otan”. C’est ridicule et mensonger, mais d’autres qu’elles le font également. On ne va pas commencer à empêcher de s’exprimer ceux qui ne pensent pas comme nous ou ceux qui racontent des bobards, si ? On en est vraiment là ? ».

Si, cher Robert Ménard, nous en sommes là. Et pas qu’un peu. Nous sommes même en plein dedans. Vous qui êtes menacé des foudres de la justice pour avoir refusé de marier un immigré clandestin sous le coup d’une OQTF, devrait le savoir mieux que quiconque.

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