Expo à la Nouvelle Librairie : « Auriac, le visage des autres »

Ancien légionnaire, Philippe Auriac a la soixantaine tonique. C’est un serial portraitiste qui noircit les blancs et déshabille les âmes à l’encre de chine. Son papier Canson, ce sont des couvertures de L’Illustration, « Journal universel », sur lesquelles il dessine Rimbaud, Baudelaire, Cendrars, Blondin, Sylvain Tesson, Nicolas de Staël, Freddie Mercury, Jim Morrison, des nus de femme, des vieux loups de mer. Rien que des visages au charbon de bois – qui ressemblent à des paysages à la croisée du jour et de la nuit. La Nouvelle Librairie expose ses dessins. Venez les découvrir rue de Médicis ou sur son site auriac.bzh.
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

ÉLÉMENTS : À ceux qui ne vous connaissent pas, pouvez-vous vous présenter ?

PHILIPPE AURIAC. J’ai 61 ans. Une vie de peintre et d’aventurier. Mon père était créateur de modèles en bijouterie, joaillerie, orfèvrerie, ma mère était émailleuse. Comme Obélix, je suis donc tombé dedans tout petit, sauf que c’était une palette, pas une marmite. À 12 ans, je voulais être artiste peintre, les peintures de Picasso me fascinaient. De 14 ans à 20 ans, j’ai été élève de Marie-Germaine Bagur. Durant ces sept années d’apprentissage, j’ai étudié le dessin académique, le pastel, l’aquarelle, la peinture à l’huile…

Peintre surréaliste dans les années 80, je flirte avec l’art abstrait dans les années 90. En 1998, je jette mes pinceaux et ne reviens à la peinture par le biais de l’hyperréalisme qu’en 2017. Très vite, j’ai abandonné l’hyperréalisme pour un style plus personnel.

Dali

ÉLÉMENTS : On ne va pas rejouer la querelle des Anciens et des Modernes, de l’abstraction et de la figuration, mais il y a eu chez vous une tentation abstraite, qui semble aujourd’hui loin de vous. Pourquoi le visage ? Parce qu’un peintre sans visage, c’est un peu comme un homme sans tête ? Il est orphelin…

PHILIPPE AURIAC. La question est intéressante et nous pourrions en débattre des heures durant. Pour faire simple, l’art figuratif, c’est la représentation du réel ; l’art abstrait, c’est l’émotion, la sensation. Je pense que la peinture est rarement totalement abstraite ou totalement figurative. Le peintre figuratif peut transcender la réalité et faire passer ses émotions à travers un visage, un paysage, ne pas simplement copier la nature. Le peintre abstrait peut ignorer une partie du réel sans pour autant l’occulter totalement. Quand je fais le portrait d’un poète, d’un écrivain, d’une rock star, je fais passer mes émotions, l’état d’esprit dans lequel je suis au moment où je peins ce portrait.

Daniel Darc

ÉLÉMENTS : Quelles sont vos influences, quels maîtres vous ont choisi ou vous êtes-vous choisis ?

PHILIPPE AURIAC. Si à 12 ans, les œuvres de Picasso me fascinaient, c’est toujours le cas aujourd’hui. À 16 ans, je suis tombé en arrêt devant une peinture de Vladimir Veličković. Je l’ai rencontré quelques années plus tard. Si ma peinture est à dominante noire et blanche, il n’y est pas étranger. À 19 ans, j’ai eu la chance d’être remarqué par Jean Carzou, peintre, lithographe, graveur, décorateur et académicien des Beaux-Arts. Jean Carzou m’a suivi et parrainé à chaque fois qu’il a pu. J’ai beaucoup d’admiration et un profond respect pour l’homme et pour le peintre. J’admire des peintres comme Modigliani, Picasso, Nicolas de Staël, Hans Hartung… Je ne vais pas tous les citer.

ÉLÉMENTS : Pourquoi cette prédilection pour les poètes maudits, les aventuriers, les anars de droite, les hommes hors cadre – pour un peintre quand même ? C’est là qu’est votre vraie famille ? Et les sujets qui vous inspirent ?

PHILIPPE AURIAC. Je suis un littéraire. Mes lectures d’enfance ont conditionné ma vie, Henry de Monfreid, Jack London, Pierre Mac Orlan, Jean Lartéguy… C’est pour cela que j’ai un temps posé mes pinceaux pour servir dans la Légion étrangère, unité mythique dont la dimension littéraire est évidente et a nourri bien des romanciers. J’aime les poètes dits « maudits », Villon, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud… De nos jours, ils ne le sont plus vraiment. À « Poètes maudits », je préfère l’expression de Jack Kerouac « Clochards célestes ». Sans vouloir plagier le titre d’un livre de Pierre Sergent, j’aime les gens qui mettent « leur peau au bout de leurs idées ». Les jusqu’au-boutistes.

Tabarly

ÉLÉMENTS : Comment travaillez-vous ?

PHILIPPE AURIAC. Je peins la nuit dans mon atelier. Mon but n’est pas de copier une photo, mais de transmettre un état d’âme, des sensations d’une manière réaliste. Je veux que le spectateur ressente cette émotion. Je m’imprègne de la vie et de l’œuvre d’un poète, d’un musicien… avant de le peindre et tout au long de l’exécution. Ce qui fait écrire à mon ami reporter Jean-Louis Tremblais que je « les montrent “autres” ».

ÉLÉMENTS : Tous vos dessins sont des créations uniques. Pourquoi refusez-vous de faire des tirages limités ? Vous préférez recommencer au pinceau un visage plutôt que le sérigraphier ? Pourquoi ? Parce qu’il doit rester une pièce unique ?

PHILIPPE AURIAC. Oui, ce sont des créations uniques. Si je projette de peindre Freddie Mercury, je vais écouter Queen pendant la réalisation du portrait. En fonction des titres et de mon état d’esprit, le portrait ne sera jamais identique. Sérigraphier ou utiliser un pochoir fige une œuvre, cela lui retire toute vie. Pour moi, une œuvre doit rester une pièce unique et à un prix très abordable. Quand j’estime qu’une peinture est terminée, c’est-à-dire lorsqu’elle prend vie, elle ne m’appartient plus et je suis prêt à m’en défaire. J’aime l’idée que des gens soient touchés par ce que je fais et que mes peintures aillent vivre chez quelqu’un d’autre, dans un autre environnement.

Sylvain Tesson

ÉLÉMENTS : Et vos prochains dessins ? Vos prochaines destinations artistiques ?

Philippe AURIAC. Je ne sais jamais ce que je vais faire à l’avance, c’est ce qui est intéressant dans ce métier. Quant à mes prochaines expositions, difficile de se projeter dans cette période de pandémie.

Exposition : La Nouvelle Librairie, 11 rue de Médicis, 75006 Paris
Portrait (21 x 29,7 cm) : 150 €
Portrait (30 x 40,7 cm) : 230 €
On peut suivre Philippe Auriac sur sa page Instagram et sur son site :
@ p_auriac
auriac.bzh

Laisser un commentaire

Sur le même sujet

S’abonner à la newsletter
{"cart_token":"","hash":"","cart_data":""}