L’adage est connu. Un sondage ne dit pas grand-chose à lui seul ; mais trois sondages qui indique la même chose, c’est tout de même quelque chose. Il y a tout d’abord celui de l’Ifop, réalisé pour LCI et Le Figaro. Puis celui d’Elabe, pour BFM TV et La Tribune dimanche. Sans oublier le dernier, dressé par un autre institut, Cluster 17, pour le compte du Point.
Que nous disent ces trois enquêtes d’opinion ? Que l’ensemble des Français n’est pas choqué par la décision prise par la présidente du groupe RN, même si un tiers d’entre eux, reproche à Marine Le Pen son coup d’éclat. La preuve en est qu’elle monte encore dans les intentions de vote au premier tour : 35 % dans l’hypothèse Édouard Philippe (19 %) et 36 % dans celle de Gabriel Attal (15 %). Cluster 17 obtient les mêmes résultats, même si mesurant plus les Français « souhaitant la victoire de tel ou tel », plus que le bulletin qu’ils sont susceptibles de glisser dans les urnes : 30 % pour Marine Le Pen, 17 % pour Édouard Philippe et 6 % pour Gabriel Attal. Le « feuilleton judiciaire » de Marine Le Pen semble donc n’avoir eu que des effets anecdotiques.
Jean-Luc Mélenchon se frotte les mains…
Celui qui a dû aussi se réjouir de ces sondages, c’est évidemment Jean-Luc Mélenchon, ceux-ci le donnant en constante progression. Pour lui, la possibilité d’un second tour face à sa meilleure ennemie n’a plus rien d’hypothétique. Bref, les dynamiques électorales sont là : celle du Rassemblement national d’un côté et, de l’autre, celle de La France insoumise. Toujours à propos de ces trois enquêtes d’opinion, on notera que Marine Le Pen est donnée gagnante dans les trois configurations possibles du second tour, contre Gabriel Attal (54 %-46 %), Édouard Philippe (52 %-48 %), Raphaël Glucksmann (58,5 %-41,5 %), Bruno Retailleau (56 %-44 %) et Jean-Luc Mélenchon (67,5 %-32,5 %). L’une des raisons de ce succès consiste au basculement de deux populations jusqu’alors rétives à voter pour le Rassemblement national : la droite bourgeoise et les retraités, tel que noté par Bernard Sananès, le patron de l’institut Elabe.
Certes, on ne le répètera jamais assez, il ne s’agit que des intentions de vote du moment et tout cela ne révèle en rien l’issue finale du scrutin. En neuf mois, il peut s’en passer, de l’imprévu et de l’impromptu.
En revanche, ces sondages indiquent que ces dynamiques sont bel et bien là. Le RN est en état de marche et LFI aussi. Marine Le Pen met la droite sur des charbons ardents, tandis que Jean-Luc Mélenchon conduit la gauche au supplice. Entre eux, le bloc central, parti en ordre dispersé. Pour la première interrogée par Le Journal du dimanche de ce 12 juillet : « Il y a, à mes yeux, deux adversaires principaux : l’adversaire du centre et l’adversaire de l’extrême gauche. L’adversaire du centre est aujourd’hui multiple. Mais peut-être ne le sera-t-il pas très longtemps. Il y a désormais une habitude assez piteuse dans les campagnes présidentielles : certains se déclarent candidats, non pas pour être président de la République, mais pour négocier ensuite un poste de ministre. L’un espère Matignon, l’autre les Affaires étrangères, la Justice ou je ne sais quel portefeuille. C’est une dénaturation complète de l’élection présidentielle. » Résultat de cette dérive ? « Il y aura sans doute beaucoup moins de candidats sur la ligne de départ qu’il n’y en a aujourd’hui. À la fin, il y aura un candidat du centre. Reste à savoir si ce centre choisira une incarnation de centre droit ou de centre gauche. Mais, dans tous les cas, ce sera la continuation de la politique d’Emmanuel Macron. » Voilà qui est clair, même si nombre de nos confrères n’en finissent plus de miser sur l’affrontement entre Jordan Bardella et Marine Le Pen. Le possible candidat à l’élection ultime a sûrement été tourneboulé par les évènements derniers, mais paraît s’en remettre, à en croire l’entretien accordé au Figaro du 13 juillet : « Marine Le Pen aspire à présider la France. Je souhaite la gouverner. » Fin de récréation.
Bardella rhabille Retailleau pour l’hiver…
La boutique de Jean-Luc Mélenchon est aussi bien tenue, quoique de manière un peu plus sévère, façon pension de curés. En effet, à LFI, pas question de nuances. Un parti, une ligne, un chef. Les alliés doivent se soumettre ou se démettre, au contraire d’un RN s’accommodant de ceux de l’UDR, menés par Éric Ciotti, ancien président des LR. Toujours à ce sujet et concernant son successeur, Bruno Retailleau, Jordan Bardella pronostique : « Il finira par rejoindre Édouard Philippe. Ce n’est pas un candidat sérieux à l’élection présidentielle, mais le prochain soutien des macronistes déçus. La différence entre Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau tient au fait que l’un s’est donné à l’été, l’autre attendra l’hiver. » Voici l’état des lieux. Et la finale censée se jouer entre RN et LFI pourrait pourtant ne pas être le scénario prévu, le bloc central n’ayant pas forcément dit son dernier mot. Mais, pour ce faire, quelques efforts seront probablement les bienvenus, à en croire les sites officiels d’Édouard Philippe et de Gabriel Attal – pour des raisons de charité chrétienne, on n’évoquera pas celui de Raphaël Glucksmann, aussi jovial qu’un repas sans vin. Là, Édouard Philippe nous dit nous ce qu’il faudra faire et qu’il n’a jamais fait, en matière d’immigration et d’insécurité. Quant à Gabriel Attal, il n’évoque même pas ces sujets. « Continuez comme ça, les gars. Vous êtes sur la pente fatale, vous vous endettez ». Ce dialogue de Michel Audiard figurait dans Les Tontons flingueurs (1963) de Georges Lautner. Il est toujours d’actualité, surtout quand la Méluche, le tonton atrabilaire revient régler ses comptes, tandis que la tata flingueuse demeure en embuscade, prête à dézinguer les éventuels malfaisants.



