Éléments : le retour inattendu de la race

Aux côtés de Pierre Bérard et Éric Maulin, Marie Chancel s’est intéressée au retour inattendu de la race dans le débat public français, dossier d’ouverture du numéro 185 d’Éléments, à découvrir en kiosque.
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ÉLÉMENTS : Pourquoi avoir choisi d’interroger l’historien Patrice Gueniffey pour traiter de la vague de déboulonnage des statues par des activistes indigénistes ?
MARIE CHANCEL. La polémique n’est pas nouvelle, et refait régulièrement surface aux États-Unis, avec la question des statues des généraux confédérés, ou en France, via les oukases du Cran (Conseil représentatif des associations noires). Mais l’affaire George Floyd a cristallisé les tensions : des personnages historiques, accusés à posteriori de racisme, ont déclenché l’ire de militants vindicatifs. Face à ce climat d’hystérie, il me semblait primordial d’avoir l’éclairage de Patrice Gueniffey, historien, directeur d’études à l’EHESS, spécialiste de la Révolution française. Les récents déboulonnages de statues évoquant l’iconoclasme du début de la Révolution française, un entretien avec Patrice Gueniffey permettait de mieux comprendre la situation actuelle. Son analyse de la situation met en lumière le délitement de la société française, entre perte de culture commune et montée des communautarismes encouragés par un progressisme militant, aboutissant à la grave crise culturelle et morale que nous traversons aujourd’hui.



ÉLÉMENTS : Après l’analyse hitorique, le coup de gueule… Vous poursuivez dans ce numéro d’Élémentsavec un article au vitriol sur les liens entre Black Lives Matter et les multinationales ?
MARIE CHANCEL. Nike, Adidas, Mars, Spotify, etc, ont inondé les réseaux sociaux d’images de carrés noirs, de hasthag Black lives matter, accompagné de grandes déclarations vantant l’antiracisme. Certaines multinationales, comme UberEats, n’ont pas hésité à proposer des offres en faveur des « personnes racisées », comme ils les appellent, nous gratifiant ainsi d’un apartheid inversé.
Mais, comme pour la plupart des slogans vides de sens, ces déclarations tonitruantes ne sont rien d’autre qu’un cache-misère. Pendant que les multinationales se gaussent de « combattre le racisme » et de « créer un monde meilleur », personne ne soulève le fait qu’elles pratiquent l’évasion fiscale (Starbucks), qu’elles exploitent de manière déguisée des clandestins, des mineurs (UberEats), ou des enfants en Côte d’Ivoire (Mars Incorporated), qu’elles délocalisent de Chine leurs entreprises dans des pays comme le Vietnam ou le Cambodge, où les conditions de travail sont encore plus déplorables (Nike)…. La culture de l’indécence a de beaux jours devant elle!



ÉLÉMENTS : Comment expliquer que les mouvements indigénistes soient parvenus à imposer la notion de race dans le débat public ?
MARIE CHANCEL. Effectivement, comme l’explique Pierre Bérard dans son excellent article « La race über alles : un retour inattendu ! », le discours indigéniste a su mettre à terre l’État de droit français. On a pu entendre Christophe Castaner, alors ministre de l’Intérieur, déclarer alors que « l’émotion » était supérieure à la loi.
Pour aller aux fonds des choses, la passionnante généalogie de la pensée décolonisée d’Éric Maulin (« Privilège blanc : et si on lisait les penseurs décoloniaux ? »), indispensable pour y voir plus clair à une époque où l’histoire est mise en accusation. La théorie du « privilège blanc » par exemple est devenue populaire grâce à la plume de Peggy McIntosh, fille de la bourgeoisie américaine blanche confondant privilège racial et avantages de classe. L’idée de « privilège blanc » tient une place centrale dans les Cultural Studies, les Postcolonial studies, en relation avec la French Theory, pensées décoloniales entreprenant de déconstruire l’ontologie occidentale.

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