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Le magazine des idées

« Éléments doit une très grande part de son succès actuel aux marchands de journaux qui ont osé mettre en avant notre magazine »

À chaque sortie de la revue Éléments, le site Breizh-Info propose, comme ce mois-ci, de découvrir le sommaire de la revue. Ils ont voulu en montrer encore plus, en interrogeant le chef d’orchestre de notre revue qui touche un public croissant, dans des sphères très variées. Il s’agit bien entendu de Pascal Eysseric directeur de la rédaction.
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BREIZH-INFO : Comment se porte Éléments en ce début d’année 2021 ? Quel bilan tirez-vous de l’année dernière ?

PASCAL EYSSERIC. Solide dans la tempête ! Depuis la nouvelle formule d’Éléments, nous avons multiplié par cinq nos abonnés et par dix nos lecteurs en kiosques. Je le rappelle souvent à nos rédacteurs, aujourd’hui, les trois quarts des lecteurs d’Éléments ne nous connaissaient tout simplement pas il y a quatre ans ! L’objectif des 15 000 acheteurs de notre magazine (abonnés + kiosques + ventes internet) est en vue.

Plus nos confrères s’enfoncent dans le politiquement correct et le refus du débat d’idées, plus les lecteurs – et accessoirement les intellectuels privés de tribune – nous rejoignent. C’est un cercle vertueux ! Notre plus grande fierté, c’est en effet d’avoir fait sauter le « cordon sanitaire » mis en place dans les années 1990 autour d’Éléments et d’Alain de Benoist. Pour vous donner une idée du bouleversement en cours, dernièrement, c’est le philosophe Matthew Crawford (Éloge du carburateur) qui nous a aidé à décrocher un entretien avec un grand historien américain qui se faisait désirer… 

Après quatre ans de croissance à deux chiffres avec des hausses en kiosque comprises entre 15 et 25 % suivant les années, le confinement a fortement ralenti notre progression dans les kiosques auprès de lecteurs occasionnels attirés par telle ou telle couverture, les magasins Relay des gares et aéroports étant restés fermés de longs mois. En revanche, les abonnements et la vente au numéro sur Internet ont continué de croître, à un rythme très soutenu. Si nous avons dû réduire le tirage d’Éléments, nous n’avons jamais déserté les kiosques même au plus fort du premier confinement. Pour contrebalancer le boycott médiatique dont nous faisons l’objet, nous avons toujours fait de notre visibilité chez les marchands de journaux une priorité absolue. Il faut le dire et le redire : Éléments doit une très grande part de son succès actuel aux marchands de journaux qui ont osé mettre en avant notre magazine. La bonne nouvelle, c’est qu’avec la sortie du numéro 188 sur la condition animale, nous revenons à notre tirage d’avant confinement, soit 25 000 exemplaires, ce qui est pour une revue intellectuelle une performance remarquable.

BBREIZH-INFO : Vous publiez un dossier ce mois-ci sur la question animale, pouvez-vous nous le présenter ? En quoi cette question est-elle centrale à notre époque ?

PASCAL EYSSERIC. Outre le fait que la question animale est un thème récurrent dans les colonnes d’Éléments, et même un thème historique de la Nouvelle Droite depuis ses débuts – le Prix Nobel Konrad Lorenz, théoricien du comportement animal figurait au comité de patronage de Nouvelle École, le biologiste Yves Christen est un pilier de notre revue depuis sa création –, le bien-être animal est aujourd’hui devenu un sujet éminemment politique, économiquement vital et hautement inflammable. 

Cette notion de « bien-être animal » par exemple est au cœur de toutes les préoccupations de notre époque : évolution du statut juridique de l’animal de « bien meuble » à « être vivant doué de sensibilité », véganisme, antispécisme, nourriture de synthèse, abolition de l’élevage, interdiction de la chasse, des animaux de cirque, etc. Quel avenir pour notre agriculture ? Quid des scores des partis animalistes en Europe ? Toutes ces questions ne sont pas du jus de crâne d’intellectuels, les enjeux économiques et politiques sont considérables, comme l’a montré Christian Harbulot, directeur de l’École de guerre économique, dans plusieurs de ses rapports, ou encore Jocelyne Porcher dans Cause animale, cause du capital.

J’aborde ces questions dans un article sur les enjeux de la viande de synthèse, dont le développement est soutenu par de gigantesques multinationales, mais aussi dans le très bel entretien que nous a donné Marine Le Pen, trop souvent moquée par des demi-savants, qui ne voient pas l’importance politique et philosophique d’une réflexion sur notre rapport aux animaux. Car, oui il y a ici de la politique ; oui, il y a de la philosophie ; et oui, il y a aussi de l’anthropologie. Où commence l’homme, où finit l’animal ? Elle nous répond avec beaucoup de finesse, résistant aux thèses de notre collaborateur et biologiste Yves Christen, penchant naturellement plus vers celles d’Alain de Benoist, pour qui les animaux n’ont pas de droits, certes, mais envers lesquels nous avons des devoirs.

BREIZH-INFO : On a l’impression qu’Éléments est devenu plus accessible, peut-être moins élitiste qu’à une certaine période, tout en gardant une hauteur de vue et une qualité esthétique et rédactionnelle. C’était une volonté de votre part ?

PASCAL EYSSERIC. Plus accessible, oui, vous avez raison, c’était l’une des promesses que j’avais faite à Jean-Claude Valla, le fondateur d’Éléments, qui regrettait l’inclination de ses amis, à partir des années 1990, à écrire un peu trop long et compliqué… Une promesse de journaliste à journaliste en quelque sorte, puisque Jean-Claude Valla, grand professionnel, a été le premier directeur de la rédaction du Figaro Magazine, qui tirait à l’époque à 1 million d’exemplaires. Cependant, l’histoire d’Éléments est pleine de surprises ! On a tendance à l’oublier, mais pendant toutes les années 1970 et 1980, Éléments tenait plus du magazine que de la docte revue universitaire, avec des unes choc contre Jack Lang et la culture gadget, des billets d’humeur, des enquêtes et des coups de têtes journalistiques plus ou moins bien maîtrisés. Aujourd’hui, je crois que nous avons trouvé le bon équilibre entre ces deux traditions qui traversent et innervent Éléments depuis désormais presque cinquante ans, à savoir l’exigence intellectuelle et le savoir-faire journalistique.

BREIZH-INFO : Comment est-ce que l’on construit sur deux mois un magazine comme le vôtre ? Êtes-vous aussi pressés par le temps que nous pouvons l’être dans la presse en ligne ?

PASCAL EYSSERIC. Ce sont deux logiques diamétralement opposées : vous devez publier beaucoup et tous les jours pour exister, alors que je suis contraint de publier peu et une fois tous les deux mois ! Pour ma part, je construis Éléments à l’ancienne, en faisant et refaisant les chemins de fer d’un numéro (jusqu’à 15 versions différentes).

Avec François Bousquet, le rédacteur en chef, nous consacrons notre temps à soupeser, argumenter, choisir, couper, écarter, reporter des articles. La direction d’un magazine, c’est de l’assemblage, d’autant que nous recevons les contributions d’une quarantaine de rédacteurs.
Le puzzle se révèle le jour du bouclage, lorsque l’on envoie le numéro à l’imprimeur. Pour moi, la qualité d’un journal, c’est d’abord l’épaisseur de son « marbre », ses articles qui ne passent pas, qui peuvent attendre six mois ou plus parce qu’un meilleur sujet est arrivé, ou parce que l’actualité ou l’opportunité l’exige. J’ai de quoi faire deux numéros, je m’efforce de publier le meilleur au jour J.

Source : Breizh-Info

Photo : © Patrick Lusinchi — Pascal Eysseric, Gennaro Malgieri, ancien de la Nueva Destra, et David L’Épée en 2018, lors d’un séjour de la rédaction d’Éléments à Rome pour la préparation du numéro 176, « Italie, laboratoire du populisme ».

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