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Élections : la guerre des mondes

Élections : la guerre des mondes

Le résultat des élections européennes et l'annonce de la dissolution de l'Assemblée nationale semblent avoir coupé la France en deux entités irréconciliables, totalement étrangères et rétives l'une à l'autre. Jean Montalte, auditeur de l’Institut Iliade (promotion Léonidas), nous plonge dans les fondements de cette césure qui semble irrémédiable entre nostalgiques d'une France d'avant l'ensauvagement et pantins wokistes adeptes d'un « antifascisme » de carnaval. Quand le combat politique se mue en guerre des psychismes...

C’est étrange tout ce qui gît au fond d’un esprit, ces vestiges d’une vie intérieure étouffée. On a beau remuer, atteindre le fond, on ne parvient qu’à sabouler des entités résiduelles, des scories, d’étriqués souvenirs, des images mal montées, en somme un film amateur tourné avec les moyens du bord. Il n’est pas dit que vivre à la surface de soi-même soit une fatalité. Et pourtant, tout le monde est pris au piège. Plus personne ne vit. Les zombies sont légion, armée de démons anti-dopés au salariat, à l’administration, aux bons de réduction, aux réseaux sociaux, au lithium portatif et protubérant et, cerise sur le gâteau, au théâtre antifasciste, enfin à tous ces expédients inventés par l’homme pour se désolidariser de sa propre vie, pour se délester de cette tâche écrasante : être au monde.

Vous en avez de bonnes, me direz-vous, être au monde est une formule de philosophe éculée, lessivée, essorée. Nous avons inventé, depuis lors, tant de mondes alternatifs, tant de carburants psychiques pour schizophrènes, qu’être au monde ne peut plus se faire qu’à la condition de se démultiplier sans cesse, de fragmenter son esprit en autant de particules infimes.

David Lapoujade, dans son livre L’Altération des mondes, consacré à Philip K. Dick, produit une exégèse de cet exégète de soi-même, de ce paranoïaque superbe, de ce génie schizoïde, et établit ceci : l’œuvre de Dick met en scène une guerre des mondes, une guerre des psychismes d’une intensité inouïe dans la littérature. « La SF pense par mondes. Créer des mondes nouveaux, avec des lois physiques, des conditions de vie, des formes vivantes, des organisations politiques différentes, créer des mondes parallèles et inventer des passages entre eux, multiplier les mondes, telle est l’activité essentielle de la SF. Guerre des mondes, meilleur ou pire des mondes, fins du monde sont les thèmes récurrents. […] Dick répond bien à l’impératif SF de créer des mondes, mais ses mondes ont en effet la particularité de s’effondrer très vite, comme s’ils n’avaient pas suffisamment d’assise pour tenir debout par eux-mêmes ou comme s’ils manquaient de réalité. Ses mondes sont instables, susceptibles d’être altérés, renversés à la faveur d’un événement qui en perce et en dissipe la réalité. »

Don Delillo a cette formule impeccable, dans son roman Zéro K : « Tout le monde veut posséder la fin du monde. » Vous, moi, Macron, tout le monde aspire à la dissolution, à s’en rendre maître plus encore. En attendant la fin du monde – les buccinateurs de la scène finale sont dans l’attente fiévreuse du signal –, nous assistons, pour le moment, à une guerre des mondes et, en effet, à une guerre des psychismes. D’un bord à l’autre de l’échiquier politique, des Français sont devenus des extra-terrestres pour d’autres Français. La France est aujourd’hui divisée entre entité-mondes étrangères et hostiles, autant qu’on peut l’être. Je note, en passant, un paradoxe savoureux : la victoire du RN aux élections européennes, parti qui refuse le clivage gauche-droite, a ressuscité ce clivage en l’exacerbant. Et la haine hystérique qui se nourrit de ce clivage – clivage dont je ne discute pas le bien-fondé ici – n’a jamais été aussi forte.

Ce que beaucoup de Français désirent, c’est qu’on leur rende ce monde commun qui était le leur avant l’ensauvagement, la brutalité des mœurs importées d’autres continents géographiques, ethniques et spirituels. Qu’on leur rende cette douceur de vivre longtemps associée à ce pays de cocagne. Qu’ils puissent se rendre à une fête de village, en famille, pour jouir des bons moments de la vie, sans avoir à craindre la visite d’individus nuisibles et carnassiers, dont le seul ressort psychique est la violence. Qu’on cesse d’excuser les pourritures qui les agressent, avec la complicité d’une extrême gauche, cette autre entité-monde, imperméable à la réalité et à la morale, tout simplement. Les abrutis qui nous rejouent la comédie de l’antifascisme feignent d’ignorer cette réalité : les Français n’ont aucune envie de restaurer un quelconque fascisme, ils veulent juste vivre en paix et ne plus être martyrisés. En quoi devraient-ils culpabiliser pour avoir formulé un souhait auquel tout le monde devrait se rallier ? Les Français refusent la spoliation systématique de leur être-au-monde et c’est la raison pour laquelle l’anti-France – dénomination désormais revendiquée par les nervis les plus excités de l’extrême gauche – se bat, non pas contre le fascisme mais contre les Français et leur être-au-monde. Raison pour laquelle ils ont vandalisé le local d’une association catholique dans le secteur d’Ainay à Lyon, lors d’une manifestation prétendument antifasciste. Ils s’attaquent, au fond, à une anthropologie, une culture, une spiritualité, qui leur sont étrangères. La haine est de leur côté et personne ne s’y trompe ou presque. S’ils déploient autant de violence, ne serait-ce pas pour cette raison : comme dans les romans de Philip K. Dick, leur monde factice est en train de s’effondrer ? C’est une hypothèse que je soumets à ces zombies d’une époque révolue.

Dantec : « Je voudrais dire aux bouffons et aux bouffonnes : votre monde, il est déjà mort. » L’auteur des Racines du mal a écrit dans son Journal métaphysique et polémique : « Nous vivons sur les ruines du futur. » C’est sur les ruines de leur idéologie anti-France que nous élèverons notre glorieux avenir.

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