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Éducation : manque de vocations enseignantes, un effet du changement de civilisation ?

Éducation : manque de vocations enseignantes, un effet du changement de civilisation ?

Manque de candidats aux concours de l’Éducation nationale, salaires bloqués, conditions de travail dégradées… Les explications habituelles ne suffisent plus. Pour Bruno Gaia, qui a longtemps exercé dans des établissements difficiles, la crise des vocations enseigne quelque chose de plus profond : un changement de paradigme culturel chez une partie des élèves, une confrontation de codes et de valeurs qui rend le métier de plus en plus intenable.

« Théorie du Grand Remplacement ». Dès que ces quatre mots sont posés, tout ce qui suit est décrédibilisé. C’est compréhensible, le terme évoque en creux une conspiration ourdie par des forces occultes qui consisterait, de manière concertée, planifiée, à remplacer la population européenne.  « Immigration de masse », « submersion migratoire », disqualifient eux aussi, mais seulement dans certains milieux. « Africanisation » vous débarrassera assurément de vos amis de gauche en trop. Mais « créolisation » ou « Nouvelle France » vous permettront de refaire le plein.

Il faudrait, pour sortir de l’hypnose des mots, la réalité des chiffres. La possibilité d’une analyse objective sur la part réelle de français d’origine extra-européenne et, en particulier, d’origine africaine. Mais, on le sait, c’est une connaissance interdite. Et pourtant… La démographie est un cadre de réflexion auquel aucun sujet n’échappe.

Il y a  une crise de vocations chez les enseignants. C’est acté. Le salaire, très faible au vu des efforts consentis en termes d’études supérieures, est une des causes. Le gel du point d’indice, aussi,  a fait fuir beaucoup d’enseignants qui avaient la vocation mais qui, voyant leur pouvoir d’achat diminuer, ont préféré valoriser leurs compétences ailleurs.

Pour autant, nous affirmerons ici que le salaire n’est pas la seule raison. Loin de là.

Car, après tout, certaines conditions compensent, au moins partiellement, ce salaire dégradé : métier utile socialement, métier « humain », les fameuses vacances, etc. Alors pourquoi une telle désaffection ?  Certes, Il y a eu les assassinats barbares de Samuel Paty et de Dominique Bernard par des islamistes. Mais ce sont deux cas sur des centaines de milliers  de fonctionnaires. On peut difficilement y voir une explication « systémique».

Fort d’une longue expérience dans des établissements réputés « difficiles » je propose  une piste de réflexion : le changement de culture, le changement de paradigme civilisationnel des élèves entraîne des conséquences qui font fuir les candidats.

Un changement de paradigme civilisationnel

C’est que dans ce qui dysfonctionne dans la vie des profs, il n’y a pas que l’horreur du professeur tué par une fatwa numérique. Il y a, chaque jour, chaque heure, les « tchip » (bruit de bouche insultant issu des langues « à clicks »). Il y a les regards : yeux qui roulent avec mépris ; les sourires ironiques, arrogants. Il y a les « Rhaaa ! » ce son que je décris dans mon roman Blanc Cassé, et qui est la constante ponctuation des scènes de violence, d’humiliation, en classe et en dehors. Il sont parfois adressé à l’enseignant parce qu’il a bégayé, qu’il a rougi, qu’il été mis en difficulté c’est alors l’expression de la meute qui a sa petite curée. Il y a le tutoiement qui reparaît très vite,  dès que quelque chose déplaît. Il y a : « vous allez voir ». Il y a : « attendez que mon père il vient ! » Il y a les cris suraigus des filles. Et puis il y a, comme une scie sur les nerfs, des centaines de fois par jour : « wesh », « wallah », « sur le Coran », « au nom… » Il y a aussi une culture qui entre en confrontation directe avec celle de l’école républicaine : « pourquoi vous nous faites lire ça », « moi je ne veux pas étudier ça », « ouais votre anglais, là, c’est la langue des américains, c’est la langue des mécréants ».

Cerise sur le gâteau,  parmi ces éléments, nombreux, qui participent à la dégradation de la situation, tous ne seront pas le fait d’élèves allogènes, extra-européens ou perçus comme tels. Loin de là

Car il y a, en plus du reste, l’assimilation à l’envers.

On l’a vu, cette assimilation du pire par l’autochtone le « souchien », illustrée de manière flagrante, brutale, grotesque, avec les « petits blancs » qui se sont filmés dans une église, en train de chanter les paroles d’un rap faisant l’apologie de Merah et des islamistes ayant commis les atrocités du Bataclan et des terrasses. L’assimilation à l’envers, c’est ça. C’est l’équivalent de l’égalitarisme qui règne dans l’éducation nationale et qui tend à mettre tout le monde au niveau du plus faible. Dans le cas de la  rencontre (ou du choc) des civilisations, l’assimilation à l’envers est la tendance à ce que tout le monde s’assimile au moins-disant en termes de discipline personnelle, de valeur accordée à l’autre, de civilité, de civisme. Mais surtout à ce que tout le monde s’assimile au mieux-disant en termes de violence.

On objectera que les adolescents ont toujours été transgressifs, ont toujours défié l’autorité des parents et du pays. C’est indéniable. C’est, pour le coup, bien plus que systémique, c’est atavique.

Je me souviens de ma propre adolescence. Je faisais parti du groupe des « métalleux ». Certains portaient des croix de l’antéchrist, d’autres des signes anarchistes. Il y avait des t-shirt à têtes de mort ou d’une vulgarité confondante. Pour défier le père, pour défier le prof, pour défier les grands. La différence c’est qu’il n’y avait pas , alors, de parti politique qui encourageait les jeunes à faire une revendication du port de T-shirts des Guns and Roses ou de Carcass. Il n’y avait pas non plus une confession agissant en sous-main, les enjoignant à défiler avec des drapeaux étrangers d’une espèce de terre promise du rock transgressif. Et puis… Il n’y avait pas un continent entier de « métalleux » ou de punks que l’on laissait se déverser sur nos terres, au risque, un jour, de devoir tous être forcés de porter cheveux longs et gras, ou coupe iroquoise…

« Les enseignants sont parti prenante, ils sont tous d’extrême gauche ! », entend-t-on déjà crier.  Évitons, pour commencer, les généralisations ! Les choses changent. Doucement certes, mais elles changent. Et puis, les enseignants, s’ils dont en effet souvent très à gauche avec à un mojito dans un petit bar le long du canal Saint Martin, ont tout de même tendance à perdre la « vocation » à l’idée de devoir subir leur sixième insulte crachée entre les dents, leur douzième roulement d’yeux méprisant, leur centième « tchip et leur deux-centième « wallah » de la semaine. Le tout pour un salaire assez misérable. On les comprendra, sans pour autant les excuser de maudire les conséquences dont ils ont tant chérit les causes.

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