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Le magazine des idées
revue de presse de David L'Épée

D’estoc et de taille (troisième session)

« La lecture du journal est la prière du matin de l’homme moderne » disait Hegel. Notre collaborateur David L’Épée, médiavore boulimique, priant peu mais lisant beaucoup et archivant tout ce qui lui tombe sous les yeux, effeuille pour nous la presse de ces dernières semaines.
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S’il y a bien un secteur de l’économie qui n’a pas souffert de la crise sanitaire, c’est celui des nouvelles technologies. À l’heure de la généralisation du télétravail, les télécommunications et leurs nouveaux vecteurs ont joui d’une dynamique à l’exact opposé de la récession rencontrée par d’autres secteurs professionnels. Alors que dans diverses régions de France des citoyens s’organisent pour faire opposition à l’installation d’antennes 5G, la 6G est déjà en préparation, promettant de multiplier par 50 le débit que la précédente avait déjà multiplié par 10 ! Dans le Marianne du 4 juin, Youness Bousenna rappelle que cette surenchère est avant tout le résultat de la concurrence acharnée que se livrent la Chine et les États-Unis sur ce marché. « L’enjeu est technologique et industriel, mais aussi géopolitique : toutes les puissances comptent bien être au rendez-vous, dans un jeu déjà bouleversé par la 5G. “Il était impensable, il y a une décennie, d’imaginer les Américains perdre leur suprématie dans les technologies de l’information et de la communication. L’objectif des États-Unis est de recouvrer cette suprématie grâce à la 6G”, souligne Kavé Samalatian, professeur d’information à l’université Savoie-Mont-Blanc, [ajoutant que] “la 6G est une fuite en avant, une réaction au retard pris par les Américains sur les Chinois avec la 5G”. » L’article cite David Gesbert, directeur du département “Système de communication” d’Eurecom, qui explique : « L’un des enjeux essentiels sera de préparer l’acceptabilité de la 6G afin de ne pas répéter l’erreur de la 5G, car le public n’a pas vu l’intérêt de passer à une nouvelle norme. » Étrange capitalisme que celui qui, plutôt que d’essayer de répondre à une demande, la crée de toutes pièces en entreprenant de faire croire aux consommateurs qu’ils ont impérativement besoin de ce qu’on s’apprête à leur vendre !


Interviewé dans le numéro de mai de Teknikart, François Ruffin fait une lecture de classe du phénomène et explique en quoi l’accès à des technologies de pointe n’est plus de nos jours un marqueur social pour les classes dominantes mais au contraire la marque d’une forme de relégation subie par les classes dominées. « Autrefois, le high-tech était pour la high-class, explique-t-il. Aujourd’hui, les enfants des gens de la Silicon Valley n’ont plus d’écrans, mais ils ont des coachs et des assistants de coach. Ils savent que c’est par l’humain que se fait la transmission, l’enseignement, l’éducation. En revanche, nos gosses vont avoir l’école en numérique. Le projet du gouvernement avec Cap 2022, c’est d’avoir 100 % de services publics en numérique à l’horizon 2022… Il y aura des écrans pour les pauvres et des assistants pour les riches. On est sur une inversion du sens social de la technologie. Au XIXsiècle, être obèse était une marque de richesse, maintenant c’est un signe de pauvreté. C’est la même chose avec le numérique. »


Et puisque le taux d’obésité est aujourd’hui corrélé avec la précarité économique, il s’agit pour le capital non pas de donner aux pauvres les moyens de s’extraire de leur état mais plutôt de leur faire accepter et aimer leur misère – ainsi, pour beaucoup, que la surcharge pondérale qui en est la conséquence. D’où l’invention cynique du délit de grossophobie ! Le Los Angeles Times du 8 mai consacre un article complaisant aux pleurnicheries de femmes en surpoids qui, plutôt que de se plaindre de leur état (et de chercher à y remédier) se plaignent des discriminations qu’elles pensent subir de la part de gens qui se soucient de leur santé, à commencer par les médecins. « En 2013, l’American Medical Association a reconnu l’obésité comme une maladie. Les militants, eux, jugent que l’on peut être en bonne santé quel que soit son poids. » Et de citer, sans la moindre distance critique, quelques exemples édifiants : « Le dossier médical de Chrystal Bougon note qu’elle souffre d’obésité morbide, mais cette militante préfère le mot “gros”. Son parcours au sein du système de santé est jalonné d’expériences grossophobes, raconte-t-elle, comme lorsque, venue consulter pour une lésion à la cornée, elle s’est entendu dire qu’elle devait perdre du poids […] Da’Shaun L. Harrison, 24 ans, a débarqué en ambulance aux urgences d’un hôpital d’Atlanta en pleine pandémie : une personne grosse, noire et non binaire demandant l’utilisation du pronom neutre they [équivalent de “iel” en français], avec une forte toux et des douleurs à la poitrine, qui n’avait pas dormi et avait des difficultés à respirer […] Un infirmier est arrivé : “Eh ben, vous avez un sacré surpoids, dites donc, a-t-il lâché en guise de présentation. La première chose à faire, c’est de vous débarrasser de tout ça […] “Tout cela, dit-elle, donne forcément l’impression qu’on est “puni d’être gros”. » L’article rappelle que selon les Centers for Disease Control and Prevention (agence fédérale de santé publique), environ 70 % des Américains de plus de 20 ans soufraient de surpoids ou d’obésité durant l’année 2017-2018 et que ce taux a tendance à augmenter chaque année. Le journaliste semble toutefois n’y voir qu’un problème de « discrimination » et en aucun cas de santé publique…


Il faut dire que les États-Unis ont parfois une conception bien particulière de la santé. Feuilletant la presse américaine, Le Courrier international a recensé, dans un article du 10 juin, les différentes mesures prises par divers États du continent nord-américain pour inciter leurs populations à se faire vacciner. Comme les populations en question semblent assez rétives à se présenter spontanément dans le centre de vaccination le plus proche, les autorités les y incitent en leur proposant des contreparties : en échange de leur soumission au vaccin ils recevront, selon les États, un beignet, un cheeseburger, une bière, un verre de whisky, un billet pour un match de base-ball ou… un permis de chasse ! Les politiques semblent ne pas avoir bien saisi les termes de l’équation : ou les citoyens n’ont pas réellement peur du vaccin et dans ce cas ils finiront par venir d’eux-mêmes se faire vacciner et sans chercher à se faire rétribuer pour ça, ou ils se méfient du vaccin, craignent pour leur santé, voire pour leur vie, et dans ce cas-là il y a fort à parier qu’un cheeseburger pèse bien peu dans la balance…


Si les perspectives engagées par la crise sanitaire sont très sombres aux yeux de nombreux observateurs, d’autres sont plus optimistes et y voient une forme de rebond pour nos sociétés fatiguées. C’est le cas du sociologue Jean Viard pour qui « les sorties de crise sont des moments de libération de l’énergie ». Dans un entretien paru dans le hors-série mai-juin de L’Express, il déclare qu’il voit dans la situation que nous traversons à la fois une « tragédie inouïe » et une « révolution culturelle ». Il s’explique : « La post-pandémie peut ressembler à ce qu’on a connu à la Libération, avec une soif de vie, une folle envie de bouger, de créer, de danser, de sortir, d’innover… Nous allons sans doute vers les Dix Glorieuses, comme il y a eu après-guerre les Trente Glorieuses. Nos sociétés peuvent retrouver une dynamique où l’idée d’un commun à construire prendra le dessus sur nos postures victimaires. » Aucune remise en cause du régime économique dans cette perspective : Viard semble penser que le capitalisme pourra trouver dans la crise un second souffle pour repartir de plus belle comme avant, mieux qu’avant, comme si de rien n’était et comme si cette manière de fonctionner pouvait continuer indéfiniment…


C’est aussi l’état d’esprit qui semble animer Luc Ferry qui, interviewé le 2 mai par l’hebdomadaire suisse romand Le Matin Dimanche, présente fièrement son nouveau concept : l’écomodernisme. De quoi s’agit-il ? « Le grand mérite de l’écomodernisme est précisément de montrer qu’une croissance infinie est tout à fait possible dans un monde fini, si l’on s’y prend bien. C’est donc la véritable alternative à la décroissance, au développement durable et à la croissance verte qui est en vérité une croissance molle. » Dans une veine toute brucknerienne, il explique que « l’écologie ne doit plus reposer sur une morale punitive de la culpabilité, mais sur l’intelligence de l’intérêt bien compris » et de conclure : « C’est ce qui fait du projet écomoderniste le vrai concurrent de la décroissance. Il apporte un changement de perspective : sans être anticapitaliste, il implique un nouveau rapport au capitalisme. » On pensait qu’après avoir appelé la police à ouvrir le feu sur les Gilets jaunes, Ferry ne pourrait pas tomber plus bas : on se trompait…


Cet « éco-modernisme », capitalisme à la façade vaguement ravalée de vert, n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres de ce que l’époque produit en matière d’« éco-tartufferies » (pour reprendre une expression forgée par Vincent Cheynet). Ceux qui tiennent, dans ce domaine, le haut du pavé ne sont autre qu’Europe Écologie les Verts (EELV), généralement moins soucieux de protéger la nature que de la modifier, comme en témoignent les physiques très « transhumains » qu’arborent certains de leurs candidats sur leurs affiches électorales. Étonnamment, la critique à leur encontre ne vient pas toujours uniquement des milieux décroissants mais parfois même du parti au pouvoir (qui, d’habitude, s’accommode pourtant fort bien de cette opposition de façade). Le député macronien Florian Bachelier s’en est ainsi pris à eux au cours d’un entretien accordé le 10 juin à Valeurs actuelles : « EELV, je ne les considère pas de gauche, confie-t-il. Ni même écologistes d’ailleurs. Quand on abandonne la voix de la France sur l’universel, sur la République, sur la méritocratie, sur le travail, sur la sécurité : ce n’est pas la gauche. Eux, ce sont des gens qui ont plongé dans le “wokisme”, qui catégorisent les individus, qui ont réintroduit le concept de race. Qui promeuvent l’idée d’un privilège blanc. Qui décident qui a le droit de parler et au nom de quoi. » Qu’il ne le dise pas trop fort ou les cadres d’EELV vont finir par croire qu’ils sont réellement des opposants au pouvoir…


On tient un bel exemple de cet « éco-wokisme » avec l’actuelle vogue anti-spéciste, qui se singularise par la déconnexion croissante affichée entre ses prétentions à défendre la nature et la connaissance qu’elle a des réalités biologiques de cette dernière. Paul Sugy, auteur de L’Extinction de l’homme (Tallandier, 2021), un essai qu’il a consacré à cette mouvance, explique dans un entretien accordé le 20 mai à Valeurs actuelles que le but des antispécistes « n’est pas de supprimer l’espèce humaine, mais de l’abolir intellectuellement ». Replaçant cette théorie dans la ligne de toutes celles qui visent à abattre les différences fondamentales nous permettant de conceptualiser le monde (le multiculturalisme, la théorie du genre, etc.), il y voit « l’aboutissement naturel du processus de déconstruction mais aussi son point d’achoppement ». Les exemples qu’il donne sont effarants : « L’’astrophysicien Thomas Lepeltier, auteur de nombreux ouvrages sur la cause animale, estime qu’il faut coûte que coûte empêcher les animaux de se manger entre eux. Pour cela, il propose une intervention parfaitement artificielle : nourrir les lions de steaks au soja, ou encore modifier leur génome pour les rendre végétariens. » C’est pour cela que l’anti-spécisme, selon Sugy, n’est pas une sous-catégorie de l’écologie mais s’inscrit au contraire en porte à faux avec cette dernière. « Pour schématiser, résume-t-il l’écologie considère que la nature est un écrin pour la vie et le bonheur des hommes. Il faut donc la protéger pour les générations futures. L’antispécisme, lui, considère que toute vie possède une dignité en elle-même et qu’il faut protéger les animaux parce qu’ils ont des droits en tant que tels. Il n’accorde donc aucune importance à la biodiversité : les espèces ne sont plus un critère. […] La pensée antispéciste repose ainsi sur une intervention plus grande encore de l’homme sur la nature, pour modifier tous les équilibres, mais non plus au bénéfice de l’homme. C’est un projet sans limites, proprement démiurgique. » Et ce sont peut-être justement ses excès qui finiront par disqualifier ledit projet, ainsi que toutes les autres utopies déconstructionnistes : « Il est possible que si tous les gens de bonne volonté, qui ont une vision raisonnable et non idéologique de la place de l’homme dans la nature, se réveillent et apprennent à répondre à l’idéologie antispéciste, alors jamais celle-ci ne parviendra au terme de son projet. Mais surtout, et c’est là mon espoir, comme l’outrance de ce combat n’est que la conséquence logique des mouvements précédents, c’est le processus de déconstruction dans son ensemble qui sera remis en cause. » A force de surenchère, c’est en effet peut-être ce à quoi nous allons assister – du moins pouvons-nous l’espérer.


L’« éco-wokisme » peut-il faire encore plus farfelu ? Oui, il peut. Interviewée le 22 mai par Médiapart, Cara Dagett, professeure assistante de sciences politiques à Virginia Tech, expose le concept (encore un !) qu’elle a inventé : la pétro-masculinité. Laissons-lui la parole : « La pétro-masculinité est un terme que j’utilise pour réfléchir au lien entre les énergies fossiles et le pouvoir patriarcal blanc. Dans un article publié en juin 2018, intitulé Petro-masculinity : Fossil Fuels and Authoritarian Desire, j’ai réfléchi au fait que ce n’était pas une coïncidence si les hommes américains blancs et conservateurs – quelle que soit leur classe sociale – semblaient être parmi les détracteurs les plus véhéments du réchauffement climatique, ainsi que les principaux partisans des combustibles fossiles en Occident. Le concept de pétro-masculinité m’a permis de mieux appréhender la façon dont les mouvements d’extrême droite étaient à la fois misogynes et climato-négationnistes. Plutôt que de considérer ces deux positions réactionnaires comme des problèmes séparés, j’ai tenté d’apprécier comment elles sont étroitement associées.  En effet, si les masculinités sont multiples, en parlant de la pétro-masculinité, j’essaie de comprendre comment les combustibles fossiles comme le pétrole sont devenus des éléments centraux pour certaines expressions dominantes de l’identité masculine moderne. » Cet anti-sexisme est aussi, vous l’aurez compris, un racialisme. En effet, selon la chercheuse, le déni climatique et le pouvoir des hommes blancs « sont profondément enchevêtrés » et « la relation est aisée à comprendre, étant donné que la blancheur et la masculinité sont au sommet des hiérarchies existantes qui dépendent du statu quo, un statu quo que les climato-négationnistes cherchent à défendre ». Derrière la bonne vieille misandrie et le bon vieux racisme anti-blanc pointe aussi assez rapidement, sans grande surprise, un certain mépris de classe : si tant d’Américains sont attachés à l’extraction des énergies fossiles, explique-t-elle, c’est parce que leur existence en dépend en tant que travailleurs, dans les régions minières laissées en déshérence notamment, là où la classe ouvrière a voté Trump en espérant (vainement) que le gouvernement rouvre les mines. « Les énergies carbonnées, explique Cara Dagett, sont devenues de puissants symboles conservateurs, des représentations sociales de l’autonomie et de l’autosuffisance, notamment dans certaines anciennes régions charbonnières ou pétrolifères des États-Unis, comme les Appalaches ou le Texas – même si elles emploient de moins en moins de personnes. […] Si ces récits ont encore un tel attrait, c’est parce qu’ils s’appuient sur de puissantes identités masculinisées impliquant le travail, la productivité et le nationalisme. » Prolos, chômeurs, blancs, conservateurs et puant la houille et le charbon : ces gens-là n’ont vraiment rien pour plaire aux distingués universitaires « conscients » de Virginia Tech ! C’est pourquoi notre chercheuse préfère miser, en vue du changement, sur une toute autre catégorie de la population : « Les mouvements féministes, transgenres et queers sont importants pour perturber la façon dont le pouvoir s’exerce à travers la binarité homme-femme, ainsi qu’à travers la famille hétéronormative. » Et c’est reparti pour un tour…


Toujours dans les colonnes de Médiapart, le 7 juin cette fois, on donne la parole à une autre représentante de l’eco-wokisme, la journaliste Nora Bouazzouni. Elle nous apprend que les hommes, non contents de saloper la planète avec leur « pétromasculinité », la détruisent aussi par leur excessive consommation de viande. « La viande rouge, explique-t-elle, possède une forte dimension viriliste, et ce n’est pas un hasard si en France les hommes mangent deux fois plus de viande rouge que les femmes. Les légumes sont au contraire perçus comme passifs, inoffensifs, et on entend encore dire que les végétariens sont apathiques, faibles, pâlots. On parle bien d’un état “végétatif” ou l’on dit péjorativement d’une personne dans le coma qu’elle est “un légume”. […] Les aliments froids et/ou humides sont connotés féminins, comme le yaourt, la glace, le poisson et le vin blanc, tandis que les aliments chauds et/ou secs ont une connotation masculine, tels la viande rouge, les plats épicés, le vin rouge, le whisky. […] Pour performer son genre, l’homme se doit de manger beaucoup (38% de plus que les femmes en termes d’apport énergétique), surtout de la viande. Les femmes vont pour leur part faire preuve de retenue, voire se priver, en vue de souscrire aux normes de minceur. En somme, la féminité hégémonique est structurée autour de la restriction de la faim et la masculinité, d’un appétit vorace. » Nora Bouazzouni regrette que « le végétarisme [soit] encore perçu comme dévirilisant car il mobilise l’empathie, la compassion, la prise en compte du collectif avant l’individu, des attitudes définies comme féminines dans notre société ». Et là, une fois encore, qu’on se comprenne bien : lorsqu’on dit masculinité, il s’agit avant tout de la masculinité blanche. Elle donne ainsi l’exemple, à l’époque coloniale, du racisme des Anglais à l’encontre des Asiatiques, ces derniers (« mangeurs de riz et de soja ») étant considérés comme désexualisés et peu virils par les premiers, mangeurs de rosbeef. « Cette vision de la viande comme symbole de la domination blanche persiste encore chez les suprémacistes. Une figure de proue du masculinisme alt-right, le psychologue canadien Jordan Peterson, se vante par exemple d’avoir adopté un régime 100% viande. » Qui dit carnivore dit homme, qui dit homme dit homme blanc, qui dit homme blanc dit nazi… La boucle est bouclée. « La droite et l’extrême droite veulent faire croire que le végétarien est un individu élitiste, snob – le fameux “végane-bobo à vélo” – qui porte un jugement moral sur ceux qui consomment de la viande, comme s’il faisait partie de la classe décisionnaire. » Comme avec la théoricienne précédente, on retrouve à la fin dans le discours de Nora Bouazzouni le rappel d’une réalité de classes qui la situe, elle, du côté des bourgeoises donneuses de leçons : « Ce sont plutôt les classes diplômées et urbaines qui ont une alimentation plus végétale, admet-elle. Les légumes frais sont chers et demandent du temps – et donc de l’argent – à cuisiner. Alors que manger de la viande était autrefois un symbole social de richesse, d’opulence, et que le légume était associé à un aliment de pauvre cultivé dans les potagers, aujourd’hui se nourrir uniquement de légumes est un signe de distinction de classe. » Eh oui, comme pour l’obésité, comme pour l’accès aux nouvelles technologies…


Il va de soi qu’en déconstruisant ces discours pernicieux je ne nie ni la réalité du réchauffement climatique, ni la gravité de problèmes écologiques sérieux tels que la surexploitation des énergies fossiles et la surconsommation de viande. Dans le premier cas nous devrions dès maintenant réfléchir au monde d’après car ces ressources, en plus de polluer effroyablement, ont l’inconvénient de ne pas être inépuisables (n’en déplaise à Luc Ferry) ; dans le deuxième cas il est exact que nous mangeons globalement trop de viande et que nous pourrions tous réduire substantiellement cette consommation sans dommage pour notre santé (au contraire). Mais profiter de cette crise environnementale bien réelle pour dresser les sexes l’un contre l’autre, légitimer des raisonnements racistes et faire culpabiliser les couches sociales les plus économiquement fragiles me semble un cas d’école de malhonnêteté intellectuelle – et c’est précisément ce que font ces deux femmes complaisamment interviewées par Médiapart.


Le néo-féminisme, une fois encore, est au cœur de cet imbroglio paranoïaque. Il faut dire que certaines de ses représentantes se sont fait une spécialité de traquer les hommes et de les mettre au pilori pour les punir d’être nés avec le mauvais organe génital. Prenez Caroline de Haas par exemple, et son entreprise Egae, une agence de conseil et de formation en faveur de la lutte contre les discriminations sexuelles et les violences sexistes. Consacrant dans Le Point du 17 juin un article aux activités de ce groupe au sein du Conservatoire de Paris, Peggy Sastre met en lumière un cas très préoccupant. Celui d’un professeur de musique sur lequel, sans preuves tangibles, Caroline de Haas et ses collègues s’acharnent depuis des mois, visiblement convaincues, comme elle l’a dit elle-même à plusieurs reprises (notamment en février 2018 dans L’Obs), qu’un homme sur deux ou trois est un agresseur (sic !). « Pour qui tient encore à cette vieille lune – que tout un chacun, qu’il soit victime déclarée ou agresseur présumé, soit préservé de l’arbitraire dans une démocratie digne de ce nom – c’est peu dire que la confiance n’est pas au rendez-vous » commente Peggy Sastre. Examinant plus en détails le cas du groupe Egae, Eugénie Bastié publie dans Le Figaro du 10 juin un réquisitoire accablant : « “Best endroit ever pour travailler”, selon les mots [de Caroline de Haas], son cabinet, qui emploie exclusivement des femmes, dispense des formations sur la lutte contre les violences sexuelles et sexistes aux entreprises ou collectivités. Elle vit des formations qu’elle délivre dans des administrations publiques dont elle critique pourtant quotidiennement l’immobilisme en matière de lutte contre ces violences : services du premier ministres, ministère de la Culture, préfecture (Hauts-de-Seine, Indre-et-Loire), Agence française de développement, etc. 600.000 euros de chiffres d’affaires en 2019. Dans le sillage du mouvement MeToo, elle décroche la formation de tous les salariés du groupe Le Monde en 2018. La directrice du Conservatoire de Paris, Émilie Delorme, proche des thèses indigénistes, qui affiche sa sympathie au mouvement Décoloniser les arts, a fait également appel à Caroline de Haas pour mener une formation auprès des professeurs de l’établissement. […] N’y a-t-il pas conflit d’intérêts quand on réclame à longueur de tribunes des plans de formation et qu’on en dispense soi-même ? Interrogée, Caroline de Haas répond qu’elle n’en voit aucun. »


Les travailleurs sommés de se rendre à ses séminaires pour être « rééduqués », eux, ont bien conscience du problème : « Au Monde, la formation imposée aux salariés a fait grincer quelques dents, poursuit Eugénie Bastié. Certains cadres de la rédaction y sont allés en traînant les pieds. Quelques journalistes ont refusé. “Je me suis senti insulté, je ne suis ni une bête sauvage ni un enfant, je ne vais pas me faire rééduquer par quelqu’un qui a manifesté avec des imams intégristes à la manifestation contre l’islamophobie” témoigne l’un d’entre eux, qui souligne un clivage générationnel très fort au sein de la rédaction. Un autre cadre de la rédaction qui a “subi” la formation la décrit comme “déresponsabilisante” et “infantilisante”, adoptant “un ton de culpabilisation générale”. » Pourquoi les entreprises font-elles donc appel au groupe Egae ? « “On achète le label De Haas pour être tranquille”, commente le DRH d’un grand groupe français d’infrastructures et de télécommunications qui assure avoir subi des pressions parce qu’il a mis fin au contrat de son entreprise avec Egae, dont il jugeait la qualité des formations insuffisante. Dénoncer les violences sexuelles, exiger la “formation” comme seule réponse à celle-ci, puis démarcher les entreprises et collectivités pour fournir ces formations : la mécanique est bien huilée. A l’heure où les grandes entreprises sont tétanisées par la cancel culture, “le féminisme washing” tourne à plein régime. Caroline de Haas exerce avec talent le métier de vendeuse d’indulgences de la religion woke. […] De la présomption de culpabilité, elle a même fait un business. » Dans le Valeurs actuelles du 10 juin, Mickaël Fonton constate que les entreprises sont de plus en plus soumises à ces programmes de formatage et de flicage au sein des équipes : « De nombreuses entreprises, soucieuses de se faire bien voir, font ainsi suivre à leur personnel des stages de sensibilisation à la lutte contre le sexisme ou contre les discriminations. » Jean-Éric Schoettl, ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel, confie dans ce même article que « sans doute faute d’autres offres de service, les responsables des ressources humaines confient l’animation de ces stages à des activistes, par exemple à ces ultraféministes pour lesquelles la rééducation musclée des mentalités, basée sur des méthodes pénitentielles, est à la fois une action militante et un fonds de commerce ». Pour Caroline de Haas c’est un coup double : elle se remplit les poches tout en assouvissant sa grande passion (la détestation des hommes), objectif que ne lui auraient pas permis d’atteindre ses résultats électoraux calamiteux…


Mais rassurez-vous, question néo-féminisme toxique, on peut encore faire bien mieux. Après avoir exercé ses capacités de nuisance sur les adultes, pourquoi ne pas les reporter sur les enfants, histoire de commencer la déstructuration à la base ? Selon un rapport remis au Conseil de l’Europe en 2015, au moins un enfant sur 500 aurait « une identité de genre qui diffère du sexe d’assignation », nous apprend un article paru dans L’Obs du 10 juin. De nouvelles structures hospitalières ont donc ouvertes pour permettre d’accompagner les enfants et adolescents dans leur « transition » vers l’autre sexe. « En France, les équipes médicales dédiées aux mineurs reçoivent de plus en plus de demandes. Les listes d’attente peuvent s’allonger jusqu’à deux ans. […] “On est saturé depuis 2018”, précise Agnès Condat, pédopsychiatre de la Pitié. […] “Mon but, c’est que ces enfants aient la vie la plus normale possible, qu’ils ne se refusent rien de ce qu’ils ont envie de faire”, dit Jean Chambry, pédopsychiatre du Ciapa. » Encore et toujours, comme guide de l’action progressiste, l’extension illimitée des désirs individuels, la tyrannie du caprice, le fantasme prométhéen… Interviewée dans le même numéro, Élisabeth Roudinesco a choisi son camp : « Je suis en désaccord avec les psychanalystes signataires d’une tribune publiée sur le site de Marianne le 5 janvier, et avec leur Observatoire de la Petite Sirène (Jean-Pierre Winter, Caroline Eliacheff et Jean-Pierre Lebrun). Ils ne sont pas crédibles car ils ont été hostiles à tout : la loi Taubira sur le mariage homosexuel que j’ai soutenue, la PMA, la GPA qui finira par s’imposer. » Nous n’avons visiblement pas les mêmes critères de ce qu’est la crédibilité… Et si, au contraire, c’est parce que ces psychanalystes avaient eu raison hier qu’ils ont à nouveau raison aujourd’hui ? Évoquant les réticences d’un certain nombre de médecins à l’égard de ces nouvelles expériences, L’Obs déplore cette frilosité : « Cette grande prudence du corps médical s’apparente, aux yeux d’associations trans, à une tentative de contrôle. Pour se passer du filtre de la psychiatrie, certains collectifs demandent d’ailleurs à ce que les généralistes soient formés pour faciliter l’accès aux traitements. “Peut-être qu’un jour on ira au Planning familial chercher ses hormones de transition, comme sa pilule contraceptive aujourd’hui. Si possible, en s’affranchissant du parcours médical”, affirme le Dr Adrian. » Le monde de leurs rêves ressemble de plus en plus au pire des cauchemars…


L’Obs, toujours, dans un numéro hors-série paru en mai et consacré au monde tel qu’il pourrait être en 2049, nous propose le portrait d’une… personne qui semble cocher toutes les cases : entrepreneuse, geek, écolo et transgenre. Comme le dit le chapô de l’article, « cette personne vient clairement du futur ». Si vous le dites…


Mathieu Bock-Côté est loin de partager cet enthousiasme. Dans Le Figaro du 18 juin, il propose un tout autre son de cloche. « Alors qu’il s’agissait d’un phénomène marginal, écrit-il, la dysphorie de genre s’est répandue, depuis une dizaine d’années, comme si des milliers de jeunes en quête identitaire trouvaient dans la théorie du genre et la transidentité un vecteur pour canaliser leur malaise existentiel, en plus d’obtenir en s’engageant dans cette démarche la reconnaissance d’une époque les transformant en avant-garde de l’émancipation. Hollywood fait grand cas, par exemple, des histoires de transition qui y surgissent, comme autant de moments pédagogiques censés éduquer l’humanité. […] À travers cela s’opère un basculement anthropologique : le masculin et le féminin deviennent des catégories réactionnaires fossilisées. La fluidité identitaire devient la nouvelle norme à partir de laquelle penser l’identité sexuelle, l’être humain devant revenir à une forme de magma originel indéterminé antérieur à sa chute dans l’histoire pour renouer avec les conditions d’une authentique liberté. Le “non-binaire” devient le nouvel homme nouveau. Les ancrages immémoriaux de l’humanité sont transformés en construits sociaux comme les autres. Le fantasme de l’autoengendrement resurgit, comme si l’être humain, s’arrachant pour de bon à une filiation jugée aliénante, devenait lui-même son propre créateur. Il devient même courant, chez les membres de la jeune génération, de préciser quels pronoms chacun utilise pour se désigner. La modernité a moins éteint les aspirations religieuses présentes dans l’âme humaine qu’elle ne les a falsifiées en cédant à sa tentation démiurgique. » Une fois que le mal sera fait il sera trop tard et l’addition risque d’être salée :  « L’histoire jugera ceux qui ont manipulé la détresse des jeunes personnes se sentant étrangères à leur propre sexe en les transformant en cobayes pour imposer un projet de rééducation projetant les sociétés occidentales dans une authentique névrose. » Il y a en effet fort à parier que d’ici quelques décennies (peut-être même avant) on jugera les partisans de la « transition » des enfants avec la même sévérité qui prévaut lorsque nous considérons certaines tolérances dont jouissait (dans certains milieux) la pédophilie il y a quelques décennies.


Heureusement, de nombreuses voix s’élèvent déjà contre ce qu’il faut bien appeler des maltraitances sur enfants. Celle de Charlotte d’Ornellas notamment qui, dans le Valeurs actuelles du 27 mai, dénonce la complicité du système scolaire français dans ce désastre : « Les étapes ont été franchies une à une, et l’Éducation nationale a suivi très naturellement : un vade-mecum existe aujourd’hui, qui indique que tout élève, majeur ou mineur accompagné de ses parents, doit être soutenu par la communauté éducative dans sa “transition”, c’est-à-dire dans son changement de sexe social. » L’école pourrait bien s’avérer être désormais un des principaux chevaux de Troie de la folie transsexuelle. « Concrètement, explique la journaliste, le diagnostic de “dysphorie de genre” est quasi systématiquement suivi d’une incitation au changement social de sexe, et ce dès la maternelle. Pour le reste, il faut (encore) attendre quelques années : les bloqueurs de puberté peuvent être prescrits dès 10 ans, le traitement hormonal est possible dès 15 ans pour développer les caractères sexuels secondaires, mais il faut attendre la majorité pour les opérations génitales. Des limites que les militants – qui rêvent même de faire disparaître le sexe à l’état civil – travaillent à faire évoluer. »


Michèle Tribalat tire elle aussi la sonnette d’alarme dans un article paru le 16 juin sur le site de Causeur. Elle révèle qu’un programme canadien, le Gender Unicorn, intégré aux outils éducatifs utilisés dans les écoles, est désormais disponible en France. « Dans la version française Fais ta licorne, les enfants sont invités à déplacer un curseur sur leur “identité de genre”, leur “expression de genre”, leur “sexe assigné à la naissance”, leur attirance sexuelle, proposée évidemment en écriture inclusive, et enfin leur attraction émotionnelle. Des enfants sont donc, parfois dès la maternelle, incités à se poser des questions qui ne sont guère de leur âge, sans que leurs parents en soient correctement informés. » Rapportant le cas d’une mère vivant dans l’Oregon et s’étant inquiétée de cette propagande, l’article rapporte qu’elle « s’est vue répondre par le directeur de l’école que la société américaine avait failli historiquement sur la question du genre, que l’enseigner aux enfants était un progrès et que ce serait le cas tout au long de leur scolarité et dans toutes les matières ». Aux États-Unis on a même publié un guide (Schools in Transition : A Guide for supporting Transgender Students in K-12 Schools) qui demande expressément « à ce que tout garçon qui se déclare une fille soit traité comme tel, sans considération de son âge et de sa maturité ». La prescription va même plus loin : il s’agit explicitement « de tenir à l’écart les familles qui y sont hostiles et de dissimuler la transition dans laquelle leur enfant est engagé en veillant à ne rien laisser transparaître dans les interactions avec les parents ». Les parallèles avec la révolution culturelle chinoise (ou avec les jeunesses hitlériennes) sont décidément de plus en plus frappantes : lorsque les structures d’encadrement de la jeunesse en viennent à enrégimenter les enfants à l’insu de leurs parents et à les monter contre eux, c’est que le processus de transformation totalitaire de la société est déjà bien entamé !


Nos pays seraient toutefois bien avisés de tourner leur regard vers les contrées du nord de l’Europe, là d’où s’est répandue sur le continent cette fièvre trans. Là-bas, à l’euphorie des apprentis sorciers est en train de succéder la gueule de bois. Prenons le cas de la Suède, à laquelle Frédéric Faux consacre un article dans Le Figaro du 15 juin. « Le pays, rappelle-t-il, a été le premier au monde, en 1972, à reconnaître la dysphorie de genre, ce mal-être provoqué par l’inadéquation entre son sexe biologique et son identité de genre, et à donner la possibilité d’officialiser cette transition à l’état-civil. Le premier, aussi, à offrir des soins pour conforter les transgenres dans leur démarche : devenir un homme quand ils sont nés femmes, ou l’inverse. Tous les traitements sont pris en charge dans des cliniques publiques, dès 16 ans : bloqueurs de puberté pour les plus jeunes, injections de testostérone ou d’œstrogènes, opération de la poitrine, orthophonistes pour changer sa voix, épilation, greffe de barbe, etc. À partir de 18 ans, l’administration autorise enfin l’opération des parties génitales, créant un pénis à partir du clitoris ou avec de la peau, modelant un vagin par inversion de la verge ou avec un morceau d’intestin. » Bref, la Suède c’était jusqu’ici le futur dont rêvaient bien des idéologues trans pour nos peuples.


Pourtant, en mars 2021, l’hôpital Karolinska, spécialisé dans le traitement de la dysphorie, a pris la décision de refuser désormais tout traitement hormonal à ses patients mineurs. « Il invoque le principe de précaution et s’appuie sur une compilation d’études montrant qu’il n’y a pas de preuves de l’efficacité de ces traitements, pourtant irréversibles, pour le bien-être des patients. La prise à vie de ces hormones pourrait aussi favoriser les maladies cardiovasculaires, certains cancers, l’ostéoporose, les thromboses. […] Ce qui alarme les praticiens, c’est l’emballement des courbes. De phénomène rarissime, touchant quelques individus dès la petite enfance, la dysphorie de genre est devenue une pathologie de masse, apparaissant avec l’adolescence. “En 2001, seules 12 personnes de moins de 25 ans avaient été diagnostiquées… en 2018, c’était 1859, constate Sven Roman, psychiatre pour enfants, qui travaille comme consultant dans toute la Suède. Tous les ados sont touchés, mais surtout les filles de 13 à 17 ans qui veulent devenir des garçons : entre 2008 et 2018, l’augmentation dans cette tranche est de 1 500 %. […] Le constat est le même pour les opérations chirurgicales. Selon le professeur Mikael Landén, auteur d’une thèse sur le transsexualisme, en moyenne 12 personnes par an seulement demandaient un changement de sexe dans les années 1972-1992… Aujourd’hui, elles sont plus de 2 000. […] Autre indice inquiétant : ces jeunes patients souffrent souvent d’autres troubles psychiatriques comme l’autisme, la dépression, l’anxiété. Ces pathologies, qui pourraient expliquer une supposée dysphorie de genre, peuvent être traitées sans prise d’hormone, ni chirurgie. Mais cette réalité est parfois mal acceptée par les patients, si sûrs d’eux-mêmes qu’ils refusent de se soumettre à une évaluation complète de leur santé mentale. […] En octobre 2019, un documentaire choc de la télévision suédoise révélait que l’hôpital Karolinska pratiquait l’ablation des seins sur des filles de 14 ans. Le cas de Jennifer Ring a également ému le pays : cette femme de 32 ans s’est pendue après avoir effectué une transition de genre dans ce même établissement, alors que d’autres cliniques lui avaient refusé les traitements en raison de ses signes de schizophrénie. » Cette première et timide reculade augure-t-elle d’une prise de conscience de la part des politiques ? Espérons-le. « La peur de ne pas être assez inclusif ou, pire, de passer pour transphobe, a pris le pas chez certains sur l’analyse scientifique et la prudente considération de l’avenir de ces jeunes » conclut Frédéric Faux. Puisse l’exemple suédois nous servir de repoussoir pour nous éviter de reproduire les mêmes erreurs !


C’est aussi l’analyse de Debbie Payton, transsexuelle anglaise membre du Parti travailliste qui, interviewée dans le Causeur du mois de juin, remarque : « Personne n’a envie d’être traité de transphobe. Du coup, les politiciens disent ce qu’on veut qu’ils disent. Ils ne voient pas que ces “progrès” se font au détriment de trois groupes particulièrement vulnérables : les femmes, qui voient leurs droits reniés ; les enfants, à qui on ment en leur racontant que s’ils n’aiment pas leur corps, ils peuvent en changer ; enfin, les transsexuels eux-mêmes qui jusque-là vivaient tranquillement et suscitent aujourd’hui la méfiance légitime des femmes qui voient des minorités actives envahir leur espace. » Considérant cette récusation des réalités biologiques comme « un dogme quasi-religieux » et constatant que « cette idéologie exerce une influence incommensurable sur nos institutions », elle s’attend à ce que nous soyons demain sévèrement jugés par nos enfants. « Un jour, on regardera notre époque avec consternation » prophétise-t-elle.


Mais d’ici là, la propagande continue et tourne à plein régime. Et les plus jeunes, toujours, en sont la première cible. On le voit bien par exemple avec le magazine Topo, qui propose des bandes dessinées édifiantes pour les enfants et adolescents. Au sommaire du numéro de mai-juin : Noires et flamboyantes (une BD sur l’afro-féminisme) et Patriarcat : une organisation sociale toxique. Cette dernière BD, qui se veut didactique, nous emmène dans une maternité afin de nous expliquer ce qu’est « l’assignation de genre » à la naissance (clin d’œil appuyé à la théorie de Judith Butler selon laquelle l’annonce du sexe du nouveau-né faite aux parents par le médecin ou l’infirmière ne relèverait pas d’une simple transmission d’information mais d’un acte performatif). Et, pour donner le ton et bien appuyer, on va baptiser cette maternité Éric Zemmour


On a droit également dans le même numéro à une BD consternante dans laquelle une jeune fille hermaphrodite (elle se compare elle-même à un escargot) affronte le spectre d’un moine venu du XVIIème siècle et qui prétend l’empêcher de féminiser la langue française… Elle triomphe de ce fâcheux en lui expliquant que son conservatisme linguistique n’est que le reflet de sa névrose machiste.


D’ailleurs, dès l’éditorial (lui-même composé sous forme de BD), on fait comprendre explicitement au jeune lecteur que ce numéro, en grande partie consacré au féminisme, vise à l’aider à « devenir une meilleure personne » (sic !). Et on se demande alors s’il existe encore la moindre différence entre cette propagande-là et la rhétorique des catéchismes d’antan…


Mais qu’on se rassure : en termes de catéchisme les adultes ont aussi droit à leur dose. Avec Télérama par exemple qui, dans son numéro du 5 juin, met à l’honneur les « féminités alternatives » (avec, comme attendu, un énième refrain sur la « grossophobie »), affichant en couverture une jeune femme exhibant des jambes dont elle semble avoir soigneusement entretenu la pilosité. On apprend à l’intérieur du numéro qu’il s’agit de Jackie Reedson, doctorante en anthropologie et militante pour les droits des sans-papiers (une synthèse !). Elle confie au magazine qu’elle voit « dans le diktat de l’épilation une domination patriarcale ». Il fallait que ça soit dit…


On lui recommandera donc, dans un souci d’inclusivité, d’aller faire ses courses chez Ranute Store, une boutique lausannoise spécialisée dans les protections hygiéniques pour femmes (pardon : pour « personnes réglées ») et qui ne devrait pas s’offusquer de sa « féminité alternative » puisque même les moustachus de toute obédience biologique semblent les bienvenus.


J’imagine assez bien le dialogue qui a pu se tenir dans l’équipe de direction :

– Les temps sont durs pour le petit commerce avec la Ccovid, la crise et tout. Comment on pourrait sauver notre entreprise ?

– Il faudrait gagner de nouvelles parts de marché.

– Oui mais comment faire ?

– En élargissant notre clientèle.

– C’est-à-dire ?

– Nous n’avons pas assez parlé aux hommes jusqu’ici, c’est un tort. Adressons-nous aux hommes, essayons de leur vendre nos produits.

– Mais Simone, nous vendons des tampons hygiéniques…

– Et alors ?


En épluchant la presse à votre place, j’espère vous avoir fait gagner du temps – que vous saurez mettre à profit en lisant de bons livres !

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