Jean Soler

De quoi le scandale Jean Soler est-il le nom?

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Agrégé de lettres, défenseur des langues régionales, diplomate érudit en poste à Tel-Aviv, Téhéran et Bruxelles, le catalan Jean Soler est l’auteur d’une œuvre essentielle: Aux origines du Dieu unique, un essai en trois volumes: L’invention du monothéisme, La loi de Moïse et Vie et mort dans la Bible. La parution de son dernier ouvrage Qui est Dieu ? (éditions de Fallois), résumé grand public de ses recherches, a déclenché un procès délirant en antisémitisme de la part «d’obscurs rabbins français» et «d’intellectuels juifs parisiens du second rayon qui connaissent très mal la Bible, le Talmud, le judaïsme, et pas du tout l’hébreu». A quatre-vingt ans, l’historien a choisi la revue Éléments pour se défendre, «mieux que je n’ai pu le faire jusqu’ici» nous a-t-il confié.

Pascal Eysseric : Avec le recul, que pensez-vous de la polémique qui a fait suite à l’article consacré à vos travaux par Michel Onfray dans l’hebdomadaire Le Point ? Vous attendiez-vous à une telle avalanche médiatique ? Quelles conclusions en tirez-vous ?

Jean Soler : Cette polémique m’a surpris et attristé. J’ai été choqué avant tout par la hargne de nos contradicteurs, qui ont cherché à nous accabler en brandissant leur catéchisme. Par exemple, parce que je mets en avant l’ethno-centrisme des Hébreux, des rabbins m’ont objecté que j’ignorais « le célèbre commandement : Tu aimeras l’étranger comme toi-même ». Non seulement je ne l’ignore pas mais je l’ai analysé longuement dans La Loi de Moïse, un livre qu’ils ignorent, eux. J’y explique que le terme hébreu guer, traduit ici par « étranger », désigne exclusivement l’étranger qui travaille pour des Hébreux. Quand il s’agit de l’étranger véritable, celui qui vit ailleurs, celui dont il est interdit de partager le lit ou la table, parce qu’il constitue un danger pour l’identité juive, celui-là, la Bible l’appelle nokri. Si ces rabbins ne connaissent pas la distinction des deux termes, on peut s’interroger sur leur maîtrise de l’hébreu biblique. À vrai dire, hébreu ou pas, ils ne peuvent avoir qu’une lecture confessionnelle de textes qu’ils considèrent comme « révélés ». Autre exemple. Dans la revue juive L’Arche, quelqu’un a voulu me démolir en écrivant: « Il s’appuie sur les recherches récentes des archéologues et surtout, sans le citer, sur un livre magnifique d’Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, La Bible dévoilée ». « Sans le citer » : voilà l’accusation massue. Si mon contradicteur avait pris la peine de lire mon livre jusqu’au bout, il aurait constaté que je fais référence à ce même ouvrage, à deux reprises, dans mes notes en fin de volume. Il y a plus. Dans L’invention du monothéisme, essai paru en mars 2002, avant la publication de La Bible dévoilée, j’écrivais : « Aucun des événements ou des personnages mentionnés dans la Bible n’est attesté par des vestiges archéologiques ou des documents épigraphiques antérieurs au IXe siècle avant notre ère, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur des territoires occupés par les Hébreux ». Finkelstein n’a fait que confirmer, avec ses fouilles en Israël, des convictions qui étaient les miennes, alors déjà. L’auteur de la diatribe contre moi était impatient d’en venir à sa conclusion : « Son livre ne devrait pas s’intituler Qui est Dieu ? mais bien Adversus Judei, « Contre les Juifs ». Quand on veut citer du latin, il vaut mieux connaître cette langue. La préposition adversus se construit avec l’accusatif. Il fallait donc écrire Adversus Judeos, et même pour respecter la graphie latine, Judeaos. Ces exemples illustrent, parmi d’autres, la sainte union, chez mes détracteurs, de la malveillance et de l’ignorance.

Propos recueillis par Pascal Eysseric

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