Le magazine des idées
Nicolas Massol, Maxime Macé et Pierre Plottu

David L’Épée fait condamner « Libération »

Il y a un peu plus d’un an, « Libération » publiait un article malodorant et insultant contre notre collaborateur David L’Épée, dans un seul but : salir sa personne, l’isoler politiquement et le détruire socialement. David L’Épée avait alors choisi de contre-attaquer grâce au soutien des lecteurs et amis d’« Éléments » – merci à eux ! – en portant l’affaire devant les tribunaux. La justice lui a donné raison, condamnant « Libération ». À bon entendeur, messieurs les censeurs !

ÉLÉMENTS : Après de longs mois d’attente, le jugement a été rendu et la justice vous a donné raison, condamnant Libération à retirer de son site des informations violant votre vie privée et à vous verser des dommages et intérêts. Pouvez-vous revenir brièvement sur cette affaire et commenter ce verdict ?

DAVID L’ÉPÉE. Tout a commencé en avril 2023 avec un colloque organisé à Paris par une structure liée au Rassemblement national sur le thème de la lutte contre le wokisme. J’avais été invité à m’exprimer lors de ce colloque à la suite d’une conférence que j’avais donnée sur le même sujet quelques mois plus tôt au Parlement européen, à l’invitation du groupe parlementaire Identité & Démocratie. Mon intervention ayant été appréciée, c’est tout naturellement que les eurodéputés français à l’origine de cet événement m’ont recontacté pour m’inviter à ce colloque parisien. Apprenant que je figurais sur la liste des orateurs, Libération a consacré à mon cas un article à charge mêlant dans la plus grande confusion vieilles affaires de jeunesse, procès en mauvaises fréquentations (l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours… et qui est donc un peu plantigrade lui-même), jugements idéologiques mensongers et calomnieux (la fameuse accusation d’être d’extrême droite, un vieux classique qui fonctionne toujours, même et surtout quand il ne repose sur rien) et révélations censément compromettantes sur ma vie privée. L’objectif était double : porter un coup contre le RN en pointant un de leurs interlocuteurs présenté comme un « maillon faible », et s’en prendre à un auteur connu pour ses positions anti-woke et écrivant pour un média (Éléments) dont la ligne éditoriale a toujours été en opposition absolue, sur quasiment tous les plans, à celle de Libération. Et après tout c’est normal : quand le wokisme est attaqué, le wokisme contre-attaque !

J’ai le cuir dur et je suis habitué aux calomnies journalistiques et aux faux procès en « fascisation », qui sont toujours le lot des journalistes en mal d’arguments. C’est évidemment très désagréable et agaçant d’être attaqué pour des idées qui ne sont pas les siennes (et qui sont même parfois carrément opposées aux siennes), mais c’est malheureusement la règle du jeu lorsqu’on appartient à une famille intellectuelle de l’opposition : il ne faut pas s’attendre à être traité de manière honnête ou équitable par les médias dont les options sont proches de celles du pouvoir (qu’il s’agisse du pouvoir politique, économique ou idéologique). Ils ont le droit de mentir et de calomnier au nom de la « liberté de la presse » – liberté qui n’est bien sûr valable que pour eux, tant il est vrai qu’a contrario les mesures de censure prises contre les journalistes ou auteurs de l’opposition se multiplient ces dernières années.

J’étais donc quelque peu résigné à me faire traîner une nouvelle fois dans la boue par les chasseurs de sorcières de Saint-Germain-des-Prés (ce n’était pas la première fois et ce ne sera sans doute pas la dernière). Mais il y a un point tout de même où, malgré le déséquilibre des forces, j’avais une chance d’obtenir justice : une phrase de l’article divulguait un élément tout à fait confidentiel relevant de ma vie privée et n’entretenant aucun lien avec mes activités d’écrivain. Cette information, obtenue par les journalistes de façon délictueuse (le « secret des sources » a bon dos…), n’avait rien à faire dans cet article et violait de manière évidente mon droit à la vie privée. Mes confrères de la revue Éléments m’ont incité à prendre un avocat, ce que j’ai d’abord hésité à faire car je traversais une période financièrement difficile et c’était un luxe que je ne pouvais pas m’offrir. Nous avons alors lancé un appel aux dons et les résultats ont été au-dessus de toutes nos espérances : en moins d’une semaine on avait rassemblé la somme nécessaire à payer mes frais de justice ! Ce soutien rapide et enthousiaste de nos lecteurs m’a fait chaud au cœur et nous a fait comprendre qu’au-delà de mon cas personnel nous pouvions compter sur toute une solidarité silencieuse de gens excédés par la dictature des médias de grand chemin et par l’emprise toujours plus étouffante de la propagande woke. Contribuer à me faire gagner ce procès était pour eux un petit acte de résistance au politiquement correct et à l’impunité des médias dominants. Qu’ils en soient ici remerciés.

J’étais assez confiant car la violation de mes droits dans cette affaire sautait aux yeux, mais je n’ignore pas que dans la France actuelle il arrive que la justice ne soit pas tout à fait la même pour tous – « Selon que vous soyez puissants ou misérables, les jugements de cour vous rendront blancs ou noirs. » J’ai eu la chance, en plus du soutien pécunier de nos lecteurs, de pouvoir compter sur un avocat très impliqué et compétent, Maître Derieux, que je remercie au passage.

ÉLÉMENTS : Comment expliquer une telle hargne de ces trois journalistes à votre encontre ? Vous leur avez fait des crasses ?

DAVID L’ÉPÉE. Je me suis moi aussi posé la question ! Je ne connais ni d’Éve ni d’Adam ce trio de pieds-nickelés (j’ai le droit de les appeler comme ça : liberté de la presse !) qui ont dû se mettre à trois pour se pencher sur mon cas et dont certains ne se sont pas privés de m’attaquer à d’autres reprises après la parution de cet article (dans les pages de la revue Esprit notamment), histoire de bien enfoncer le clou. Pourquoi moi ? Je ne sais pas trop. Peut-être mon cas était-il un simple prétexte circonstanciel pour attaquer le RN (parti auquel je ne suis nullement affilié, je le rappelle), peut-être était-ce un moyen de signifier leur hostilité à la revue Éléments, peut-être cela s’inscrivait-il tout simplement dans leur longue suite d’articles consacrés à la défense du wokisme et à la stigmatisation de ceux qui osent y porter un regard critique.

A priori je n’ai aucune raison de prendre de manière trop personnelle ces attaques insidieuses, mais il m’est toutefois difficile de ne pas le faire dans la mesure où on a bel et bien essayé de m’abattre socialement. Je ne pense pas que le choix de s’en prendre à moi au moment où j’étais le plus affaibli (je sortais d’un divorce difficile, je venais de perdre mon emploi, je portais le deuil de mon père et j’avais de gros problèmes d’argent : ça faisait tout de même beaucoup !) soit tout à fait un hasard. Ils s’en sont pris à moi au moment où j’étais le moins solide et le moins apte à rendre les coups. M’accuser tout à la fois dans leur article d’avoir des idées intolérables et, en même temps, de ne professer ces idées que par opportunisme et appât du gain afin de pouvoir donner des conférences rémunérées, c’est tout de même assez fort ! Si mon projet professionnel consistait à raconter n’importe quoi et à faire étalage d’idées auxquelles je ne crois pas, je serais conférencier woke, ça rapporte bien davantage (et ça met à l’abri de la vindicte médiatique) !

Au-delà de la froide stratégie journalistique il y a donc une vraie volonté de nuire, de faire du mal. Je vous livre un exemple anecdotique juste pour illustrer ce que j’avance. Lors du procès, mon avocat a joint à mon dossier une gentille lettre rédigée par une de mes anciennes maîtresses qui attestait du préjudice moral que j’avais subi lors de la parution de l’article de Libération. Elle y écrivait ceci : « Je peux tout à fait concevoir qu’une femme plus influençable que moi ait pu prendre le contenu de cet article pour argent comptant et se soit enfuie en courant. Si la parution de cet article avait pu tout à la fois fermer à David les portes de toutes les entreprises, faire éclater ses réseaux amicaux et tenir les femmes à distance, l’objectif aurait été parfaitement atteint ! Je pense pouvoir dire, sans me jeter des fleurs, que j’ai joué durant plusieurs semaines un rôle essentiel auprès de lui pour l’aider à tenir le coup, psychologiquement, et je ne suis pas certaine qu’il y serait parvenu sans le soutien affectif d’une femme. » Quelle a été la réaction de l’avocat de Libération ? Il a fait valoir que cette affaire n’ayant pas eu de conséquence négative sur cette relation et ma maîtresse n’étant pas, de fait, partie en courant, on ne pouvait pas vraiment dire qu’il y avait préjudice ! Traduction : on acceptera éventuellement d’entrer en matière le jour où vous vous serez jeté sous le train !

Je raconte ça avec une certaine légèreté mais cette réaction démontre de manière assez éloquente la déconnexion qui est souvent celle des grands médias face aux conséquences de ce qu’ils publient. Un journaliste a le pouvoir, en quelques phrases, de pousser votre patron à vous licencier, de faire éclater votre cellule familiale ou de vous marginaliser socialement de manière durable. Le lendemain il sera passé à autre chose et s’en prendra une autre cible, il vous aura quasiment oublié ; mais vous, vous mettrez peut-être des années à faire entendre la vérité et à rétablir votre honneur et votre réputation. C’est pourquoi je suis, tout comme Bernard Lugan, favorable au duel en matière de presse. Il me reste quelques bases d’escrime (mon patronyme m’y prédisposait) et je pense que les journalistes y réfléchiraient à deux fois avant de diffamer quelqu’un s’ils devaient eux-mêmes prendre un risque similaire à celui de leur cible. Or aujourd’hui des risques ils n’en prennent aucun : ils sont presque systématiquement protégés par leur hiérarchie et leur impunité est totale, surtout lorsque la personne contre laquelle ils donnent la charge n’est pas dans les bons papiers de l’équipe au pouvoir. Cela doit changer.

ÉLÉMENTS : Vous êtes donc satisfait par la manière dont l’affaire s’est conclue ?

DAVID L’ÉPÉE. Globalement oui. Comme je vous l’ai dit, mon avocat a fait un excellent travail. Les dommages et intérêts qu’on m’a accordés sont bien en-deçà de ce que la loi me permettait d’espérer mais ce n’est pas l’essentiel : le plus important est que j’ai pu obtenir gain de cause et démontrer qu’il arrivait, parfois, que David puisse gagner contre Goliath. Ce n’était certes pas l’objet précis de ce procès mais je regrette tout de même que Libération n’ait pas eu à se justifier sur les méthodes tout à fait discutables par lesquelles leurs journalistes avaient obtenu des informations issues d’échanges privés et que je n’avais jamais rendues publiques. Secret des sources… Je n’insisterai pas là-dessus car j’ai envie de tourner la page de cette malheureuse affaire, mais permettez-moi de mettre en garde nos lecteurs : les flics les plus malveillants ne portent pas toujours un képi !

Ce verdict devrait, je l’espère, redonner confiance à tous ceux qui, de guerre lasse, pensent qu’il ne vaut même pas la peine de se battre lorsqu’on est diffamé ou diabolisé par un titre de la grande presse. Il n’y a que lorsqu’on ne va pas au combat qu’on peut considérer qu’on a déjà perdu !

ÉLÉMENTS : Vous avez déclaré récemment que cette victoire était aussi une victoire pour la revue Éléments. Que vouliez-vous dire par-là ?

DAVID L’ÉPÉE. Je maintiens que c’est aussi la revue Éléments qui a été attaquée à travers moi. Nous avons été, dans l’espace francophone, une des premières revues d’idées à « déconstruire » le discours woke, et ce avant même que le terme soit conceptualisé comme tel. Nous n’avons pas attendu l’irruption de Netflix, le développement des ateliers non-mixtes sur les campus ni même le déploiement de la théorie du genre ou du « transactivisme » (et des lobbies en faisant la promotion jusque dans les plus hautes sphères de l’État) pour traiter de la question, tout était déjà en germes il y a plus de vingt ans et déjà nous alertions nos lecteurs sur la montée de ces phénomènes et sur la contagion idéologique qui nous arrivait d’outre-Atlantique. Il suffit de relire nos anciens numéros ou certains ouvrages d’Alain de Benoist pour s’en rendre compte. Il n’est donc pas étonnant que Libération, qui est certainement aujourd’hui le plus wokisé des quotidiens nationaux, nous ait dans le viseur.

C’est aussi une victoire de la revue Éléments dans la mesure où, sans nos lecteurs, je n’aurais tout simplement pas pu attenter d’action en justice. Les frais d’avocat engagés nous ayant été restitués conformément à la loi (puisque le procès est gagné), je peux annoncer à mes généreux soutiens que cet argent sera intégralement réinvesti dans la revue que cet argent sera intégralement réinvesti dans la revue qui, à la différence de Libération, ne vit pas sous perfusion constante des contribuables.. Ceux qui ont mis la main à la poche auront donc fait coup double : par leur solidarité ils m’auront permis à la fois d’obtenir justice et de soutenir le développement d’Éléments. Voilà, je pense, ce qu’on peut appeler un bon investissement !

ÉLÉMENTS : Nos ennemis peuvent-ils maintenant espérer que vous allez vous assagir ?

DAVID L’ÉPÉE. Certainement pas ! Ce n’est ni au programme ni dans mon tempérament. Si ces attaques de presse me sont tombées dessus au pire moment, je dois dire à nos lecteurs qu’à présent je vais bien, je vais même très bien. J’ai retrouvé du travail, j’ai remonté la pente, l’humeur est au beau fixe et je suis plus que jamais déterminé, aux côtés de mes camarades d’Éléments, à continuer le combat. Lorsque nous commencions à analyser et critiquer les idéologies de la déconstruction, même nos amis se demandaient si ce sujet-là était bien sérieux, s’il ne s’agissait pas de débats de niche n’ayant guère d’impact sur la société réelle et la vie des gens ordinaires. À présent, même les observateurs les plus éloignés de notre champ de recherche doivent convenir que ces idéologies sont partout et qu’elles visent une forme d’hégémonie culturelle, depuis l’instruction de nos enfants et la doxa médiatique jusqu’à la promulgation de lois nationales et européennes de plus en plus extrêmes et délirantes. Résister à cette déferlante mortifère n’est plus une option : c’est une nécessité. C’est donc ce que nous continuerons de faire.

Photo : De gauche à droite le trio Nicolas Massol, Maxime Macé et Pierre Plottu de Libération qui n’hésite pas à fouiller dans la vie privée sans aucun risque, ils sont presque systématiquement protégés par leur hiérarchie et leur impunité est totale, surtout lorsque la personne contre laquelle ils donnent la charge n’est pas dans les bons papiers de l’équipe au pouvoir.

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