Dans la tête d’un Gilet jaune, Acte LXV

Les motards « voltigeurs » arrivent ensuite sur les lieux, descendent de leur moto, puis se positionnent calmement sur un trottoir. Manifestement, les autorités ne souhaitent pas de violences dans ce quartier... Nous sommes dans la rue de la Paix !
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Les GJ avaient le choix, ce samedi, entre deux parcours déclarés, le premier autorisé et le second interdit par la préfecture.

Le premier rassemble quelques centaines de GJ (porteurs du gilet) dans l’ouest parisien, de midi à 15 h 30. Une marche sans histoire, solidement encadrée par la police, dans des quartiers peu fréquentés le week-end. Durant le parcours, Nejeh Ben Farhat, l’un des organisateurs, menace d’arrêter le cortège et de ne plus repartir tant que les CRS empiètent sur le trottoir où marchent les manifestants : « On n’est pas à Guantanamo ! Il est où le gars de la préfecture ? » Moins de dix minutes plus tard, il obtient gain de cause car la police s’écarte un peu des participants qui repartent en chantant.

Le second trajet, qui est donc interdit, propose d’emprunter un itinéraire marqué par la présence des lieux de pouvoir institutionnels :

Le but recherché par les organisateurs est d’être vu par les passants et les touristes, à défaut des médias « omerteurs », plutôt que de défiler de façon confidentielle comme à l’occasion du premier parcours autorisé.

Paradoxalement, pour échapper aux contrôles de police, les manifestants doivent prévoir de se fondre dans la masse en ressemblant à des Parisiens, sans signe distinctif ou matériel de protection, avant de se signaler le moment venu en chantant le « On est là ! ».

Donc, rendez-vous à 13 h place du Palais-Royal. 200 GJ environ se retrouvent vite nassés par un impressionnant dispositif policier. Un nombre équivalent de manifestants restent autour de la place, mêlés à des touristes qui filment la scène.

Des « figures » connues du mouvement sont présentes : Jérôme Rodrigues, Faouzi Lellouche, Fly Rider (verbalisé très vite par une amende de 135 euros), Éric Drouet (idem), Vincent « le Cévenol », le jeune « Chouan » Thibault, qui arbore la couleur jaune sur ses épaules…

Faouzi Lellouche raconte que la procédure qui lui a valu une garde à vue, samedi dernier, pour « organisation de manifestation non déclarée », a été classée sans suite par le parquet. Il ajoute que les policiers ont été très corrects avec lui, et que plusieurs d’entre eux lui ont paru favorables au mouvement.

 Jérôme Rodrigues

La nasse n’est pas toujours hermétique, et il est parfois possible aux manifestants d’entrer et de sortir de la place. Puis, quelques instants plus tard, cela redevient impossible avant de l’être à nouveau…

Peu après 14 h, les organisateurs prononcent un discours ponctué par une Marseillaise, puis par les chants GJ, avant d’appeler à la dissolution et de se donner rendez-vous le samedi suivant. Beaucoup quittent la place, puis celle-ci est nassée alors qu’il n’y a plus qu’une cinquantaine de personne à l’intérieur ! En conséquence, les esprits s’échauffent un peu. Un peu de spray au poivre et quelques coups de matraque, mais la police ne semble pas chercher l’affrontement. Des manifestants les invectivent en les accusant de protéger la banque et les oligarques aux dépens au peuple français. Les chants reprennent… Certains portent désormais le gilet jaune.

Ceux qui n’ont pas pu partir en ont été empêchés par les policiers ou les gendarmes qui ont rapidement cerné la place quand les organisateurs ont annoncé la fin de la manifestation (pour quel motif légal ?). Juste après, lorsqu’ils veulent sortir, ils doivent montrer leur pièce d’identité pour être verbalisés (135 euros), parce qu’ils n’ont pas quitté les lieux et sont donc, selon les forces de l’ordre, restés dans une manifestation interdite ! On empêche d’abord les gens de sortir et ils prennent une amende parce qu’ils ne se sont pas dispersés ! « Du foutage de gueule ! », comme le dit une des organisatrices encore présente.

Pour ceux qui ont pu s’éclipser juste avant le nassage, un rendez-vous discret est fixé à 15 h 15 sur la place Vendôme.

La minute culturelle (Wikipedia) : la place Vendôme, située dans le 1er arrondissement de Paris, se trouve au nord du jardin des Tuileries, au sud de l’opéra Garnier et à l’est de l’église de la Madeleine. Typique de l’urbanisme classique français, c’est une des places de Paris les plus célèbres et considérée comme l’une des plus luxueuses du monde. Son architecture est due à Jules Hardouin-Mansart qui conçut, en 1699, un plan d’urbanisme strict auquel devaient se conformer les propriétaires des immeubles. Une grande partie des façades est classée monument historique. En son centre se trouve la colonne Vendôme édifiée en 1810, abattue par les communards, reconstruite ensuite.

Elle a été appelée « place Vendôme » dès le XVIIe siècle. C’était plus anciennement la « place Louis le Grand » et, à l’origine, la « place des Conquêtes ». On lui a donné le nom de « place des Piques » pendant la Révolution. Elle fut nommée « place Internationale » en 1871, pendant la seconde Commune de Paris, durant laquelle la colonne Vendôme fut détruite par les communards, qui y voyaient un symbole de la tyrannie et du militarisme de Napoléon. Avant de devenir un lieu central pour la joaillerie que l’on connaît de nos jours, la place Vendôme est, avec la rue de la Paix, l’épicentre de l’élégance parisienne durant un demi-siècle, comptant nombre de couturiers ou modistes.

L’hôtel de Bourvallais, situé au no  13, est le siège du ministère de la Justice, parfois désigné par métonymie « la place Vendôme ».

Des GJ Place Vendôme ! Évidemment, cela n’aura pas lieu parce que la police, dûment renseignée malgré la discrétion des consignes, en bloque les accès.

Les GJ se rassemblent tout d’abord devant l’Opéra Garnier avant de se rendre par petits groupes vers la place Vendôme. Barrés par un cordon de CRS dans la rue de la Paix, à l’angle de la rue des Capucines et de la rue Danielle Casanova, ils investissent cependant la chaussée et le trottoir pour signifier leur présence qui détonne dans ce quartier touristique.

Courageusement, Jérôme Rodrigues traverse la rue sur un passage piéton, des dizaines de fois, dans un sens, puis dans l’autre, juste devant les policiers qui restent stoïques.

Les motards « voltigeurs » arrivent ensuite sur les lieux, descendent de leur moto, puis se positionnent calmement sur un trottoir. Manifestement, les autorités ne souhaitent pas de violences dans ce quartier… Nous sommes dans la rue de la Paix !

Les GJ, toujours sans gilet, se replient finalement vers le métro Opéra. Jérôme Rodrigues et quelques autres sont nassés par des dizaines de policiers, juste à côté d’un orchestre d’étudiants festifs qui continuent à jouer comme si de rien n’était.

Une fois libéré, Jérôme Rodrigues descend les marches de la station de métro et harangue ses partisans qui l’applaudissent. C’est fini pour aujourd’hui…

Quelques minutes plus tard, à l’extérieur, Fly Rider est embarqué dans une voiture de police. Il explique les faits après sa libération, sans suite :

À 18 h, la préfecture annonce que 32 personnes ont été interpellées (sans autre précision) et 140 verbalisées.

Sinon, les manifestations de Toulouse et Bordeaux (appel national dans cette ville) ont chacune réuni plus de monde qu’à Paris.

À Bordeaux, où des affrontements ont eu lieu, 

quelques comportements violents de la part des compagnies d’intervention, comme ce manifestant tabassé dans la rue ou ce tir de LBD à bout portant :

Les CRS étaient plus professionnels dans les beaux quartiers de Paris !

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