Dans la tête d’un Gilet jaune, Acte LXIV

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Le 28 janvier, les sapeurs-pompiers ont défilé en tenue de feu à Paris et ont obtenu satisfaction le jour même sur leurs revendications. Leur manif n’a pourtant pas été un long fleuve tranquille, contrairement aux marches syndicales habituelles de ces dernières semaines (animées seulement quand les GJ étaient présents aux avant-postes).

Outre les heurts prévisibles car les pompiers étaient équipés pour ça,

il faut retenir deux incidents graves :

1/ Un pompier recevant un tir de LBD derrière la tête alors qu’il était juché sur un canon à eau. Usage de l’arme sans motif légitime, donc, qui constitue normalement un délit aggravé.

2/ Dans le Xe arrondissement, une véritable bagarre de rue entre les pompiers et les baqueux ! Mais les soldats du feu ont été solidaires…

Tout va très bien, madame la marquise !

Pendant ce temps, Macron posait avec un tee-shirt dénonçant les violences policières ! Au grand dam des syndicats de police qui commencent à s’inquiéter : le président va-t-il couvrir indéfiniment les violences illégitimes de certains de nos adhérents ?

C’est dans ce contexte qu’est organisé l’Acte LXIV des GJ.

Faouzi Lellouche et les autres organisateurs avaient vu grand pour ce samedi avec un parcours Palais-Royal – Sénat – Matignon – Assemblée nationale.

Comme prévu, le préfet de police a interdit ce trajet pour des raisons d’ordre public, au motif que « le parcours proposé par les déclarants passe à proximité immédiate d’institutions et traverse des rues et des quartiers commerçants et touristiques très fréquentés le week-end ». Les organisateurs ayant refusé des « parcours alternatifs » (quelque part dans le nord de Paris), il n’y aura donc pas de manifestation déclarée.

Qu’à cela ne tienne ! Les GJ se donnent quand même rendez-vous à 13 heures au Palais-Royal, autorisation ou pas. Il suffit de venir sans gilet et d’occuper la place, même si le « comité d’accueil » policier est prévenu et donc présent.

Très vite, 200 GJ environ se font nasser par une police très calme, mais il y autant de manifestants autour de la place. La grande majorité est venue sans gilet, pour pouvoir se fondre parmi les touristes et jouer au chat et à la souris avec les forces de l’ordre. On entend des chants « On est là ! ». Une femme munie d’un mégaphone apostrophe les forces de l’ordre : « Arrêter d’obéir aux financiers ! ». Il y a encore beaucoup de femmes aujourd’hui parmi les participants.

Jérôme Rodrigues encourage les participants. Le journaliste indépendant Vincent Lapierre est également présent. Quelques antifas aussi, plutôt discrets.

La police reste très tranquille et fait seulement son boulot, sans agressivité et sans zèle excessif. Même les motards et les baqueux postés aux alentours ont l’air calme ! Avec l’affaire du tee-shirt, commencent-ils à comprendre que quelques-uns d’entre eux seront très certainement sacrifiés au nom de la réconciliation nationale ?

En outre, nous ne sommes pas dans une rue du Xe arrondissement, comme avec les pompiers, mais sur une place des beaux quartiers où la visibilité est importante vu le nombre de touristes. Gaffe !

Les différentes unités de police s’accordent parfois difficilement entre elles et les GJ en profitent aussitôt.

Crânement, des dizaines d’entre eux forment une ronde et chantent autour des policiers qui nassent leurs camarades. Quelques CRS leur sourient même amicalement, et même au moins un baqueux !

Quelques minutes plus tard, la « manif interdite » entre dans la rue Saint-Honoré, avant d’être très vite bloquée par les forces de l’ordre. C’est la manif la plus courte des 64 actes, à peine cent mètres ! Nouvelle nasse, plus longue, et nouveau jeu de chat et de la souris parce que de nombreux GJ ne se sont pas fait prendre et restent en dehors, en manifestant sporadiquement leur présence par des slogans. Les policiers restent toujours calmes et ne cherchent pas à les interpeller. D’autres cordons policiers se mettent en place, mais il est facile de les contourner en jouant les touristes.

Un peu plus tard, après quelques poussées des manifestants, le barrage est levé et les GJ sont ramenés sans violence vers la place. Certains sont un peu étonnés, car ils s’attendaient à être verbalisés (135 euros !) pour « participation à une manifestation interdite ». Profitant de la passivité des forces de l’ordre, qui ne semblent pas recevoir d’ordre et qui commencent visiblement à être lassées d’avancer et de reculer sans raison précise, les GJ investissent la rue de Rivoli et bloquent la circulation (l’entrée permettant d’accéder au Louvre, de l’autre côté du trottoir, a été préalablement fermée par une grille solide).

Toujours pas de réaction policière pendant de longues minutes, puis un commissaire demande finalement aux manifestants de quitter la chaussée. Le ton est courtois, ce ne sont pas des sommations. Du coup, ça marche, les GJ quittent la rue et laissent passer les voitures !

En fait, un mot d’ordre discret a circulé : « À 16 heures, devant l’École militaire ». Les manifestants veulent profiter du métro encore ouvert pour s’y rendre. Le plus grand nombre se dirige donc vers la station située sur la place, en lançant aux policiers de façon goguenarde : « On rentre à la maison ! »

Le temps que la police réagisse, la grande majorité s’est déjà éclipsée. Quelques minutes plus tard, quand la place et la station sont fermées, ce sont surtout des passants et des touristes qui se retrouvent bloqués sur la place, sans comprendre la situation !

S’ensuit un voyage bruyant dans les wagons et les couloirs du métro, accompagné de chants et de slogans GJ.

Dès la sortie du métro, les GJ sont rapidement repérés par le « comité d’accueil » policier déjà sur place en nombre, et une trentaine d’entre eux se retrouvent nassés et verbalisés (les fameux 135 euros !) sur l’avenue de la Motte-Picquet.

Ils sont ensuite escortés par groupe de quatre ou cinq jusqu’au métro. Quelques-uns agitent des drapeaux « Brexit » en signe d’adhésion aux idées souverainistes, sans réaction hostile des policiers qui les laissent faire.

Il y aura 403 manifestants verbalisés aujourd’hui, dont Jérôme Rodrigues, après une brève interpellation.

Pendant ce temps, la plupart des GJ déambulent dans la rue et encouragent leurs camarades en se mêlant aux passants. Un autre groupe longe l’École militaire et part en « manif sauvage » en chantant. Mais rapidement, les motards « voltigeurs » interviennent, et il y a encore des nassés et des verbalisés en nombre. Mais même entravés dans leurs mouvements, les contestataires gardent le moral, chantent et plaisantent entre eux, alors que certains invectivent les policiers qui restent stoïques. Un avocat présent conteste la légalité de cette opération policière, une « garde à vue » à ciel ouvert, sans notification de droits. Des touristes sont également bloqués, ils auront des choses à raconter !

Tous les contrevenants sont ensuite raccompagnés par petits groupes jusqu’au métro le plus proche, comme précédemment. Selon Jérôme Rodrigues, Faouzi Lellouche aurait été interpellé.

Sinon, outre les rassemblements à Bordeaux, Lille et Nantes, il y a eu des heurts et du gaz à Toulouse, et surtout à Montpellier, où un appel national avait été lancé et où la presse évoque la présence de 500 black blocs. Dans ces deux villes, il y avait plus de manifestants qu’à Paris.

À Montpellier, les compagnies d’intervention qui cernaient la foule se sont tirées dessus avec des grenades lacrymogènes (voir 23 mn 50 de la dernière vidéo) !

Les gazeurs gazés, cela rappelle un court métrage de 1895, L’arroseur arrosé des frères Lumière, montré lors de la première projection de l’histoire du cinéma :

Le mouvement continue donc dans les grandes villes…

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