Covid-19 : Face à la pandémie, le «système chinois» est-il en train de «gagner» ?

Alors que les pays européens semblent livrés à eux-mêmes face à la pandémie de coronavirus, la Chine, de son côté, commence à en sortir. Correspondance de Pascal Dupont, lecteur d’Éléments, installé en Chine.
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Combien y aura-t-il eu de morts en Chine du Coronavirus ? 3 000 ? 30 000 ? 300 000 ? La Chine dissimule-t-elle ses chiffres autant que l’Occident gonfle les siens où n’importe quel décès, quel qu’en soit la cause, est dû officiellement au Coronavirus, ce qui n’est pas pour rien dans l’affolement de la population ? Qu’importe, la crise sanitaire en Chine est en passe de s’achever. Pour les Chinois, le Covid-19 aura été un « Tigre de papier ».

Dans ce gigantesque pays fédéral qui ne porte pas ce nom, la politique locale est révélatrice de la situation sanitaire réelle dans chaque province. Certaines d’entre elles ont déjà commencé à revivre normalement depuis quelques semaines, telles les trois provinces du Nord-Est où la vie a  repris, et où les règles de quarantaine sont désormais assouplies.

Ailleurs, comme à Pékin, la précaution est toujours de mise mais l’activité humaine reprend. Au quotidien, les rues sont de plus en plus fréquentées avec bientôt, il faut malheureusement le craindre, le retour de ces maudits embouteillages ! Les contrôles sanitaires et physiques sont  toujours présents. Ici, chacun a donc l’obligation d’accepter une prise de température frontale à l’entrée des marchés, des résidences, des immeubles d’affaires, des parcs, etc. Il est par ailleurs impossible pour des personnes extérieures d’entrer dans un immeuble d’affaires où l’on ne travaille pas ou dans une résidence dans laquelle on n’habite pas sans un « pass » temporaire.

À Wuhan, épicentre de la crise sanitaire

Avec le retour du travail et de la production, les grandes zones urbaines (Shanghai, Pékin, Canton, etc.) sont sur leurs gardes et sont prêtes à exfiltrer le moindre cas suspect pour le soigner dans un hôpital dédié, situé dans des zones rurales bien moins peuplées, ou en très grande banlieue. Les habitants sortent davantage, masque toujours de rigueur, mais avec le très agréable sentiment de voir le bout du tunnel !

L’épicentre de la crise sanitaire, la zone de Wuhan et ses environs, sera réouvert officiellement dans quelques jours, pour la plus grande joie des habitants, et un peu moins pour le reste de la Chine qui va serrer les dents quinze jours de plus afin d’être sûr que tout est « sous contrôle » comme l’affirment les autorités.

Les frontières ont rempli parfaitement leur rôle. Alors que les pays européens tergiversaient, la Chine a rapidement « tout bouclé » et les visas sont désormais quasi impossibles à obtenir. Tous ceux qui avaient quitté le pays au début de la crise pour éviter le confinement et être « en sûreté » à l’extérieur, sont désormais bloqués (dans des zones aujourd’hui bien plus infestées), car en plus de ne plus donner de visa, ceux qui en ont un encore en cours de validité n’auront pas facilement un billet d’avion : il n’y a plus qu’un vol par destination et par semaine.

Tous ceux qui ne seraient pas découragés de venir en Chine auront obligatoirement leur vol détourné vers un aéroport d’une ville de second rang pour un premier contrôle sanitaire (qui offrira une première quarantaine dans la petite ville de province pour les éventuels malades), puis un deuxième voyage jusqu’à la destination finale pour une mise en quarantaine obligatoire de quatorze jours dans une chambre individuelle dans un hôtel réservé. De quoi décourager les nomades qui avaient « quitté le navire » et qui rêvent aujourd’hui de revenir là où la crise est en voie de règlement !

Les moyens alloués à la santé sont colossaux

Mauvais pari donc pour tous ceux qui n’avaient pas anticipé une réaction forte de la Chine. Les différents niveaux de confinement en fonction des villes et des provinces ont été efficaces. Ils avaient pour but un ciblage précis des cas, en empêchant le « bougisme », pour permettre un traitement massif à chaque cas repéré. Ainsi, dans la tour d’immeuble voisine de la mienne, un cas a été déclaré et a été immédiatement pris en charge et soigné. Tous les habitants de l’immeuble se sont fait dépister…

La mobilisation du système hospitalier chinois n’est pas un mythe à des fins de propagande. Elle a été totale, les efforts des personnels soignants reconnus, et leur efficacité clairement constatée. Il faut aussi dire que les moyens alloués à la santé sont colossaux. Le moment de surprise passé, tous les besoins matériels des soignants ont été satisfaits.

Quel premier bilan peut-on en tirer ? La Chine a montré au monde entier qu’elle était capable de gérer, au prix d’un nombre proportionnellement très faible de morts (même en prenant les estimations les plus hautes), une crise sanitaire majeure. Aujourd’hui, la vie reprend lentement, et le pays pourrait même voir sa position économique à terme renforcée par cet épisode, si aucun changement majeur n’intervient dans l’organisation mondiale des échanges et du commerce. Ce qui est, hélas, à craindre…

Pour en savoir plus sur le Covid-19, lire au quotidien notre « Carnet de bord d’un néo-urgentiste au temps du coronavirus »

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