Coronavirus : la nouvelle route de la soie en accusation

Décidé par les autorités chinoises, le chantier pharaonique de la nouvelle Route de la Soie à 1 000 milliards de dollars a défoncé au Laos une forêt primaire très dense en chauves-souris, restées à l’écart des activités humaines depuis des siècles. Quelles nouvelles variantes de CoV hébergent-elles ? Et que vont-elles en transmettre ? Une étude de l'Université de Hong Kong avait tiré la sonnette d’alarme sur le rôle des chauves-souris dans la propagation du virus en février 2019.
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Le Pr Antonio Wong, professeur de microbiologie à l’Université de Hong Kong, avait prévenu. Son article, daté de janvier 2019, paru en février dans la revue internationale Viruses, était titré « Global Epidemiology of Bat Coronaviruses ». Soit, en français, « Épidémiologie mondiale de coronavirus de chauve-souris. » Difficile de faire plus précis. D’autant que le résumé précisait : « En plus des interactions entre les différentes espèces de chauves-souris elles-mêmes, les interactions chauve-souris-animal et chauve-souris-humain [par exemple du fait de la présence de chauves-souris vivantes dans les marchés humides de faunes sauvages et les restaurants du Sud de la Chine] sont importantes pour la transmission interspécifique des CoV et peuvent conduire à des ravages mondiaux dévastateurs. »



Le seul biologiste à s’être ému de cet article est Pr Paul Brey, responsable de l’Institut Pasteur du Laos, lequel en prévint en France son ami le Pr Didier Sicard, qui fit suivre au ministère de la Santé. Sans autre résultat que l’indifférence. Las, durant le dernier trimestre 2019, la préparation du Nouvel An chinois (fêté à partir du 25 janvier 2020) rendit fébrile le marché de Wuhan où se vendaient en grand nombre des animaux sauvages venus illégalement du Sud et du Laos. Les halles locales allaient ainsi devenir en 2020 l’épicentre d’une épidémie mondiale et le déclencheur d’un tohu-bohu économique planétaire. La première révolution chinoise était née là, à Wuhan, en 1911. Et nul parmi les sinologues n’oublie que l’expression ge-ming (革命) signifie en mandarin non pas simplement « révolution », comme en anglais ou en français, mais aussi et surtout « changement de destinée » ou « renversement de mandat céleste », ce qui parle directement aux dirigeants chinois.

Dans la forêt primaire du Laos

L’article d’Antonio Wong, outre des précisions techniques sur les différentes formes (une trentaine) de coronavirus (CoV) hébergés par des chauves-souris et autres animaux dégustés au cours des fêtes chinoises, avait en outre apporté des précisions géographiques relatives aux présences de deux grandes familles de CoV (Alpha et Bêta) sur la planète. Les indications étaient claires, avec de fortes concentrations en Chine, Laos, Espagne, Italie, Mexique, Brésil et Australie, toutes zones où la récente épidémie a flambé plus qu’ailleurs.



En 2003 déjà, une épidémie mondiale à CoV de type Alpha, dite SRAS-CoV (syndrome respiratoire aigu sévère) était partie de Chine et avait atteint une trentaine de pays. En 2012-13, ce fut une autre variante, de type Bêta, dite MERS-CoV (Middle East Respiratory Syndrome) qui affecta surtout les pèlerins de la Mecque. Rebelote en 2020 sur toute la planète. Le Pr Sicard, informé depuis Vientiane par Paul Brey, note que les travaux en cours pour l’ouverture internationale d’une nouvelle route de la soie défoncent au Laos une forêt primaire très dense en chauves-souris restées totalement à l’écart des activités humaines depuis des siècles. Quelles nouvelles variantes de CoV hébergent-elles ? Et que vont-elles en transmettre ? En l’absence de toute équipe d’observation, nul ne le sait. Les trafiquants de tout bord, quant à eux, trouvent là des serpents et des pangolins en contact avec les pipistrelles locales, et dont ils savent pouvoir tirer en Chine des profits considérables. Les prochaines pandémies réserveront de troublantes surprises.

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