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Le magazine des idées

Conseil de défense. Qu’est-ce qu’ils ne vont pas encore nous inventer ?

Ils étaient venus, ils étaient tous là. Ministres, secrétaires d’État, directeurs de services médicaux, spécialistes du renseignement… tous rassemblés autour de la longue table du grand salon du palais de l’Élysée. Certains fumaient des cigares, d’autres des petits joints odorants confectionnés par le ministre de l’Écologie, Jean Castex dégustait un pastis façon yaourt (deux doses de pastis pour une dose d’eau)… L’atmosphère était détendue, les visages, vierges de tout masque, rayonnaient… On sentait qu’on allait encore une fois bien rigoler.
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C’est alors qu’Emmanuel Macron fit son entrée, en bras de chemise, souriant lui aussi largement. À peine assis, il lança les débats :

– Alors, on leur fait quoi ce coup-ci ?  

– On les reconfine ! On les reconfine !, répondirent en chœur l’ensemble des présents, certains martelant bruyamment la table de leurs poings afin de marquer leur enthousiasme.

– « Du calme les gars, du calme… », tempéra la Président. Bien sûr qu’on va le faire… Mais certains m’ont conseillé d’attendre encore un peu… de trouver autre chose pour encore deux ou trois semaines avant le grand ré-enfermement… Je pense qu’ils ont raison. Ainsi, on prouve notre grande attention aux craintes de la population et notre grande magnanimité… »

L’aréopage semblait un peu déçu.

Le Grand Enfermement

– Ben, on leur fait quoi alors ?, demanda Olivier Véran, penaud comme un enfant à qui on vient d’arracher un jouet.

– On ferme les écoles et on leur renvoie leurs sales gosses à la maison !, proposa Jean-Michel Blanquer, bondissant sur sa chaise.

– « Oui, excellente idée ! », reprit Olivier Véran déjà revigoré. « Avec leurs petits monstres 24 heures sur 24 à domicile, dans un mois, on n’a plus qu’à les ramasser à la petite cuillère ! Ils nous supplieront d’aller bosser 50 heures par semaine pour échapper à cet enfer ! »

Plusieurs ministres applaudirent, mais le Président ne semblait pas convaincu.

– Oui, c’est certes fort amusant, mais c’est un peu du réchauffé, et puis cela risque de générer des absences sur les lieux de travail… Il faut trouver autre chose…

Le silence se fit, les mines se fermèrent et les sourcils se froncèrent. On réfléchissait.

Au bout de quelques instants d’intense réflexion, Barbara Pompili ralluma péniblement le mégot de son joint et interrogea :

– Ben, on leur a laissé quoi ?

– Justement, pas grand-chose… C’est d’ailleurs un peu le problème… Pas facile de trouver de nouvelles vexations, enfin de nouvelles mesures de prévention, répondit Jean Castex, qui s’échinait à ouvrir un paquet de noix de cajou récalcitrant.

– Dans ce cas, on pourrait faire un mix… Couvre-feu la semaine et confinement le week-end, suggéra alors la ministre de la Transition écologique et solidaire.

– Oui, très bon ça, la double peine !, s’enthousiasma le Premier ministre qui venait enfin de parvenir à accéder aux précieuses anacardes.

– « Pas très opportun psychologiquement juste avant le grand ré-enfermement… », rétorqua le Président. « Il faudrait une petite mesure, embêtante mais pas trop, simplement un petit caillou de plus dans la chaussure, quoi… »

– Un petit glaviot dans la gueule… d’où l’intérêt de porter des masques !, commenta Castex, hilare.

– « Oui, voilà », reprit le Président. « Alors, qu’est-ce qu’on a encore laissé ouvert ? »

Les convives se dévisagèrent longuement, sans trouver de réponse.

C’est Bruno Le Maire qui, après plusieurs minutes d’effort, finit par avoir une illumination et s’exclama : « Les centres commerciaux ! »

– Eh bien voilà ! Bingo ! On ferme les centres commerciaux. Finies les promenades shopping avec bobonne… Allez, c’est vendu ! Jeannot, c’est toi qui t’y colles pour aller leur refourguer la tisane en conférence de presse !

– C’est toujours lui ! Tout ça parce qu’il a un accent à la con qui plaît aux ploucs, maugréa alors Olivier Véran, la mine vexée.

– Allez, pas de mauvais esprit. C’était toi la dernière fois ! Et ne t’inquiètes pas, c’est pas la dernière…, conclut le Président avant de quitter la pièce.

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