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Cinéphilie vagabonde, de Michel Marmin

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Si Michel Marmin n’existait pas, il ne faudrait surtout pas oublier de l’inventer, sachant qu’avec l’historien Jean Tulard et le cinéaste Bertrand Tavernier, il est du trio de tête de la critique cinématographique française. La France est nation de cinéphiles, on ne le dira jamais assez ; d’où ces metteurs en scène, chez eux oubliés post mortem ou négligés de leur vivant, mais qui finirent, chez nous et rien que chez nous, par être reconnus à leur juste valeur.

Parmi ces derniers, il y avait évidemment des réalisateurs donnés pour être « auteurs » et d’autres, ravalés au rang de simples « faiseurs ». Michel Marmin ne s’embarrasse pas de ces considérations, trop souvent empreintes de mépris de classe, préférant ici faire la distinction entre cinéma de « création » et cinéma de « consommation ». Bref, entre ceux qui ont quelque chose à dire, même avec un budget misérable, et ceux qui, même mieux dotés, ne font parfois qu’emballer leur vacuité dans du papier de soie.

Tout aussi rétif à d’autres élégances, politiques celles-là, l’auteur, fort de convictions de gauche, car demeurant envers et contre tout socialiste, a néanmoins toujours fait siennes ces valeurs de droite que sont, au hasard et dans le désordre, goût du panache, sens de la controverse, tendance à la provocation, inclination au contrepied artistique et dialectique, sans oublier une forte propension au mysticisme, même si connu pour ne pas hanter les sacristies plus que de raison. Et c’est cette ouverture d’esprit, doublée d’une érudition étourdissante, qui éclaire chaque page de ce florilège, tricoté à partir de ses meilleurs articles, et réunis sous l’aimable titre de Cinéphilie vagabonde.

Car pour vagabonder, ça vagabonde. Par les chemins de traverse, surtout. En effet, si les grands ancêtres, D.W. Griffith, Charlie Chaplin, Marcel Carné, pour ne citer qu’eux, sont à l’honneur, c’est à d’autres maîtres, généralement moins connus, qu’il consacre une grande partie de ce dictionnaire tant inspiré que subjectif.

Terence Fisher, le maître de la Hammer, ce studio anglais qui a revisité les mythes de Dracula et Frankenstein, grâce aux talents conjugués de Peter Cushing et Christopher Lee, déjà révéré par Bertrand Tavernier, a droit à un fort joli chapitre. Tout comme Sergio Corbucci, l’auteur du crépusculaire Django, film qui révolutionna le western européen aussi sûrement que Sergio Leone. Plus réjouissant encore, il y a la réévaluation d’Umberto Lenzi, homme à tout faire du cinéma italien, aussi à l’aise dans l’épouvante que le péplum, le suspense que le film d’aventures, dont il cite La rançon de la peur, l’un des films policiers les plus dérangeants jamais filmés. Notons qu’en ces lignes, l’épithète de « dérangeant » est à prendre au sens véritable du terme et pas à celui que lui donnent aujourd’hui les grands prêtres de l’anarchisme d’État.

Tout aussi surprenant – mais pas tant que ça, pour qui connaît ce drôle de paroissien –, il signe ici l’un des plus beaux textes jamais écrits sur la 317e section, le film mythique de Pierre Schoendoerffer consacré à la guerre d’Indochine, tout en reconnaissant que La Bataille d’Alger, de Gillo Pontecorvo, même si ode au FLN, est un grand film de droite, pétri d’aristocratiques valeurs. Voilà qui fera peut-être tousser certains, mais les mêmes « certains » pourraient aussi reconsidérer leurs positions à la lecture de sa tribune, « Vive le cinéma zoulou ! », publiée chez nos amis d’Éléments, en avril 1980, bien avant que Jack Lang ne s’empare du sujet pour ensuite l’abandonner, tribune où il se livre à un vigoureux plaidoyer en faveur du cinéma français et européen, face au Moloch hollywoodien. Quarante ans après sa publication, voilà un brûlot qui n’a rien perdu de son incandescence…

On dira encore que, si l’amour du cinéma n’est que vulgaire posture chez tant de cuistres, elle n’est ici qu’offrande. Décidément, le religieux n’est jamais loin, chez Michel Marmin.

Source : Boulevard Voltaire

Photo : Gérard Blain et Michel Marmin en mars 1987.

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