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Christine Angot, prix Médicis

Christine Angot, toujours aussi nulle, couronnée du Prix Médicis

Christine Angot, qui nous sert en boucle depuis trente ans la même histoire d’inceste, est de nouveau récompensée d’un prix qu’on n’ose à peine qualifier de littéraire : le Prix Médicis (ah, on est loin de Laurent le Magnifique). Tous les membres du jury ne sont pas à jeter dans les poubelles de l’histoire littéraire, mais concédons qu’entre Marie Darrieussecq, qui s’est fait connaître en se transformant en truie (Truismes, 1996), et l’intouchable Frédéric Mitterrand, la Barbara Cartland du tourisme sexuel, on est servi. Au fond, les mêmes récompensent les mêmes dans l’entre-soi, l’endogamie culturelle et l’entreculage. Vive la conconsanguinité, quoi ! Nous publions ici un extrait de l’article que François Bousquet a consacré dans le dernier numéro d’« Éléments » au « Voyage dans l’Est » (Flammarion), le « roman » qui a reçu le Médicis ».
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À chaque rentrée littéraire, Christine Angot nous inonde de sa prose humide et vagissante, on n’ose dire vaginale, même si tout tourne autour de son hymen défloré par son père. C’est toujours le même livre, la même purge, la même confession durassienne, le même ballonnement d’estomac, le même ressassement narcissique.

Rentrée littéraire est du reste un bien grand mot quand on aborde la production angotienne : ici, la rentrée est surtout salivaire. Par commodité, on range ses ouvrages dans le rayon Littérature française, mais ils seraient mieux dans le rayon Épouvante – Épouvantable, pour être précis (ou « éprouvantable ») –, coincés entre la ménopause d’Annie Ernaux, la prostate de Marc Lévy et le dentier de Jean d’Ormesson. Quinze minutes montre en main pour lire son dernier livre, Le voyage dans l’Est, plus rapide que le TGV. Angot, c’est le Ouigo de l’autofiction. C’est pas cher, mais vous ne savez pas dans quelle gare de province vous allez descendre. Châteauroux, où elle est née, en 1959, ou Reims, où elle a été violée par son père entre 13 et 16 ans. Tout part de là, tout y retourne. Aller-retour, comme lui en elle. Qui la plaindra ? Un seul motif, repris inlassablement : Pénélope avec son métier à tisser ; elle avec son métier à pleurer.

« Je suis un bon coup… médiatique »

L’inceste, saison 1, 2, etc. Le feuilleton se poursuit indéfiniment. Le voyage dans l’Est est pareil à Un amour impossible (2015), qui était déjà une resucée de L’inceste (1999). Angot, c’est un peu comme Tom Cruise dans Edge of Tomorrow, en beaucoup plus chiant. Elle, prisonnière d’une boucle temporelle, revit en permanence la même scène fondatrice : le viol par le père, Pierre Angot, traducteur auprès du Conseil de l’Europe. Elle y revient toujours. C’est la rencontre décisive de sa vie. Elle qui portait le nom de sa mère, Schwartz, devient Angot à 14 ans, comme son géniteur – qui la reconnaît, au sens juridique du terme, et qui la connaît, au sens biblique du mot. Mais ça ne lui suffit pas : violée ado, elle retourne dans le lit de l’ogre à la majorité comme les filles de Loth. Depuis, c’est ce qu’elle fait dans quasiment tous ses livres.

            « Je suis un bon coup médiatique », se flatte-t-elle. Non, non, c’est l’inceste qui est un bon coup médiatique. La relation incestueuse reste l’argument commercial principal. Un placement en Bourse, qu’il s’agisse des bourses de son père, ne change fondamentalement rien à l’affaire.

Angot ou le syndrome de la vache folle

Comment décrire l’inceste ? En vingt livres, Angot n’y est pas parvenue. Il a suffi d’un seul à Dostoïevski, alors même que ce n’était pas son sujet principal : L’Idiot, où il trace le tableau saisissant – torturé, médusé, pathétique – de Nastassia Filippovna, belle comme un oiseau de nuit, comme une Madone souillée que le prince Mychkine veut sauver de la perdition, en vain.

Chez Angot, la rigidité s’est pétrifiée en frigidité. Elle n’arrive pas à jouir. Or, l’écrivain, c’est celui qui fait jouir la langue. Ici, rien, pas d’orgasme. Les phrases sont hachées, tac, tac, tac, même pas rabotées, comme du papier abrasif sur du verre pilé. 500 mots de vocabulaire à tout casser. Le papier peint est bleu, la salle du restaurant où son père l’invite bleue, sa Peugeot 604 bleue, etc. Une juxtaposition de propositions indépendantes et de banalités. Sujet, verbe, complément. Point. Sujet, verbe, boniment. Point. Mais le point n’est jamais final, toujours repoussé. Rumination sans fin, digestion interminable. Angot, c’est le syndrome de la vache folle. Meuh, meuh ! Elle donne le sentiment d’un cas de littérature neurodégénérative, comme si elle était affectée d’encéphalopathie spongiforme. Spongiforme, la substance même de ses livres, pas un pour racheter l’autre.

Cannibalisme littéraire

On a l’impression, en la lisant, de consommer de la viande crue, une sorte de steak tartare, sans condiments, sans style, sans rien pour le faire passer. Son bureau d’écrivain, c’est une table de boucher où elle écrit au couteau à frapper. La vue du sang l’excite. Comme Salomé, elle réclame des têtes en permanence, mais sur le ton d’une harengère. Elle veut qu’on lui apporte la tête de François Fillon sur un plateau en argent, les yeux de Marine Le Pen dans une salade de fruits rouges, les oreilles et plus encore la queue du taureau embrochée, la tête de Marie-Antoinette au bout d’une pique. Mais c’est elle à la fin qui récupère la couronne, quand bien même elle n’est que « littéraire ».

Photo : © Flammarion / Jean-Luc Bertini.

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