Cheyenne Carron : «“La Beauté du monde” a un prix»

La cinéaste Cheyenne Carron ressemble à sa filmographie – sans concession. Nous avons souvent eu l’occasion d’en célébrer la beauté dans les colonnes d’« Éléments ». Dans un univers cinématographique dominé par la spécialisation à outrance, elle présente la particularité de contrôler toute la chaîne d’un film. C’est le prix de l’indépendance. Tout faire, de A à Z. Cela passe par la lettre « F » comme financement. Son prochain film, « La Beauté du monde », un film sur la fraternité d’arme, les blessures de guerre et les bleus à l’âme, doit boucler son financement. C’est la raison pour laquelle Cheyenne Carron a lancé sur la plateforme de financement participatif Ulule une collecte de fonds. Nous l’avons interrogée.
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ÉLÉMENTS : Quel est le budget d’un film comme La beauté du monde ? Comment le constituez-vous ? Le public pourra-t-il à terme en être le principal pourvoyeur (des exemples récents l’ont montré) ? Plus concrètement, qu’espérez-vous de la collecte que vous avez lancée sur le site de financement participatif Ulule ? Vous êtes-vous fixée des objectifs ?

CHEYENNE CARRON. Le budget moyen d’un long métrage Français est de 4 700 000 euros. Mon film coûtera 150 000 euros. Il m’est arrivé de faire des films avec moins que ça, mais pour La Beauté du monde, je dois emmener une équipe de tournage en province, alors ça entraine des coûts supplémentaires d’hébergement, de repas et de déplacements.

Faire des films avec des budgets si faibles, c’est faire du cinéma coûte que coûte, mais pas n’importe quel cinéma. Mes techniciens et moi-même servons nos idéaux au travers de ces œuvres. Nous ne faisons pas du cinéma un commerce et nous acceptons de vivre modestement.

La collecte Ulule me permettra de financer une partie du film. Je dois atteindre 500 préventes du DVD.

ÉLÉMENTS : Pourquoi ce choix de tout faire, non pas seulement la réalisation, écriture du scénario incluse, mais aussi la production, mais aussi la distribution ? Est-ce le prix de l’indépendance ? Ce serait alors un formidable désaveu pour les circuits classiques. Sont-ils à ce point verrouillés ?

CHEYENNE CARRON. À chaque nouveau film, je présente le scénario au CNC (Centre national du cinéma) pour tenter d’obtenir une aide financière. Mais chaque fois cette aide m’est refusée. Je ne cherche pas à polémiquer avec cette institution. Je me dis simplement que mon film à mettre au monde est plus important qu’une poignée de décideurs qui ne connaissent pas grand-chose au cinéma que j’aime. Alors je me bats pour donner vie à mes films.

ÉLÉMENTS : Qu’est-ce que cette Beauté du monde que vous vous apprêtez à filmer ? De quoi sera-t-elle faite ? Quelle en sera l’histoire ? Qu’attendre de cette beauté ? Un salut collectif, comme Dostoïevski le laissait espérer (la beauté sauvera le monde), ou plus modestement un salut individuel ?

CHEYENNE CARRON. La beauté du monde c’est la résilience d’un soldat qui souffre, mais qui revient à la vie. Sa blessure est en réalité collective, car le soldat part au front pour nos défendre nos libertés. Sa résilience est aussi un peu nôtre, celle de notre humanité.

Pour aider Cheyenne Carron :
https://fr.ulule.com/film-la-beaute-du-monde/

© Photo : site de officiel cheyennecarron.com
Cheyenne Carron au côté du comédien Jean-François Garreaud en 2011 lors du tournage de Ne nous soumets pas à la tentation.

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