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Charlie Hebdo contre la GPA: le changement éditorial, est-ce maintenant ?

Dans son numéro 1164, du 8 octobre 2014, l’hebdomadaire Charlie Hebdo affiche en une un dessin de Charb, son directeur de la publication, avec ce commentaire : «La GPA c'est deux parents et une esclave». Est-ce l’amorce d’un changement éditorial, mieux d'une révolution idéologique ? Du calme. Pour une fois que notre collaborateur David L'Epée est d'accord avec Charb, il fallait bien qu'il l'écrive…
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L’heure est au changement de climat politique autour de la question, très controversée, de l’évolution des modèles familiaux et de ses rapports avec le progrès scientifique. Certains chantres béats de la postmodernité conservent, bien sûr, une confiance indéboulonnable en leurs propres utopies, aussi mortifères soient-elles : Jacques Attali est toujours favorable à l’euthanasie des retraités improductifs, Pierre Bergé est toujours enchanté à l’idée de faire du ventre de la femme un produit monnayable, et Anne-Cécile Mailfert, porte-parole du mouvement Osez le féminisme, ne voit pas d’un mauvais œil l’initiative des entreprises Google et Facebook qui proposent à leurs employées de faire congeler leurs ovocytes afin de leur permettre de travailler plus et de renvoyer leur maternité aux calendes grecques. Bref, de ce côté-là, tout va pour le mieux dans Le meilleur des mondes – pour reprendre le titre du roman d’Aldous Huxley, qui n’a jamais aussi bien correspondu à l’actualité.

La GPA c’est deux parents et une esclave

Mais d’autres progressistes, toujours enchantés de faire la promotion de toutes les innovations juridiques et technologiques susceptibles de déstructurer les filiations naturelles, semblent pris d’une sérieuse crise de doute. Le scepticisme ne vient pas toujours d’où on l’attend. Ainsi, Charlie Hebdo a fait hurler une partie de son lectorat en publiant, dans son numéro du 8 octobre dernier, une couverture de Charb représentant deux homosexuels tenant en laisse une femme noire, nue, enceinte et marchant à quatre pattes avec le titre : la GPA c’est deux parents et une esclave. En page 3, un autre dessin, toujours de Charb et sur la même tonalité : on y voit deux homosexuels, aisément identifiables à leurs mimiques, autour d’un appareil qui ressemble à une machine à café si ce n’est qu’il propose, en lieu et place de ce breuvage, des fœtus. Une tête de femme dépasse de la machine, évoquant une sorte de greffe robotique (l’image même du transhumanisme) avec le texte : « amis gays, les femmes ne sont pas des distributeurs de bébés. » Le premier des personnages répond alors « Si ! », tandis que le second complète : « Mais faut avoir la monnaie… »

    Sur le compte Facebook de l’hebdomadaire, de nombreux lecteurs se sont indignés :

– Les homos sont outrageusement caricaturés…

– La représentation de la femme pour laquelle a opté le dessinateur est raciste.

– Son positionnement est réactionnaire.

– … et faire mine de s’appuyer sur la défense des femmes du tiers-monde pour enrayer le mouvement inexorable de la libération des bourgeoises bien de chez nous ne peut que cacher un anti-féminisme honteux et une homophobie nauséabonde !

    En première ligne quand il s’agit de lancer des fatwas contre les mal-pensants, le dessinateur Charb a troqué son rôle habituel d’inquisiteur à celui du réprouvé…

L’éditorial de Bernard Maris n’a pas arrangé pas les choses. Il écrit la chose suivante : « Derrière la GPA se profile l’eugénisme. Mais voilà la question : pourquoi les homos tiennent-ils absolument à donner leur sperme ou leurs ovules? » Conscient sans doute d’être en train de froisser son lectorat traditionnel, davantage constitué de bobos que de Veilleurs Debout, il a tenté piteusement de se rattraper : « Les adeptes de la GPA devraient logiquement manifester avec les thuriféraires de “la famille, noyau indestructible de la société”, au nom de la filiation, du sang, du sol, du camembert, du béret de pépé, du sperme de papa et de l’ovocyte de maman. Et vibrer à la politique familiale inventée par Pétain. »

Le sursaut anti-GPA malthusien de Charlie Hebdo

Ouf, l’honneur est sauf, voilà Maris revenu du côté du Bien. Il s’oppose certes à la GPA mais qu’on ne s’y trompe pas, ce n’est pas au nom d’une nostalgie déplacée pour la famille à l’ancienne ou l’ordre biologique mais au contraire, une fois encore, au nom du progrès. Il renvoie donc les savants fous du côté de La Manif pour Tous, ce qui n’apparaît pas très cohérent mais les désignent à la vindicte de ses lecteurs. Un raisonnement tordu, dont on peine à saisir le sens exact.

Face à cette confusion, on en est réduit à faire des hypothèses. La plus probante, c’est qu’il y a plusieurs raisons de s’opposer à la GPA et qu’elle n’est pas l’apanage des seuls « bio-conservateurs » (pour reprendre l’expression du chirurgien Laurent Alexandre, interviewé le 16 octobre dernier dans Les Echos) mais peut également être partagée par les adversaires irréductibles de la famille, sous sa forme biologique comme sous sa forme transhumaniste. Or, il se trouve que deux ans auparavant, Bernard Maris proposait, dans un autre éditorial de Charlie Hebdo, un coup de gueule qui s’apparentait à une profession de foi anti-familialiste explicite. Sous prétexte de défendre le mariage homosexuel, il écrivait le 7 novembre 2012 : « Si tout le monde est homo, comment voulez-vous repeupler la Terre, continuer de la polluer, s’exterminer dans des guerres, bosser à faire des voitures pour rouler dans des embouteillages ? […] Seuls les plus ringards, les plus nuls, les plus méchants ont peur que l’espèce disparaisse. Les autres s’en moquent un peu. »

Tout laisse à penser que le sursaut anti-GPA de Charlie Hebdo, courageux mais pas trop, n’est peut-être tout simplement qu’un accès d’ultra-malthusianisme, lequel ne détonne finalement pas tant que ça avec une publication foncièrement libérale qui a toujours mis l’individu-roi, sans ascendance ni descendance, au sommet de son échelle de valeurs.

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