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la jeunesse avec Fillon

« Ce que je reproche à la droite « conservatrice et catholique », c’est d’être, en réalité, libérale et pharisienne. »

"Si vous êtes à la recherche d’un livre pour cet été, à dévorer rapidement, et qui permet, y compris en vacances, de faire brièvement le tour des deux dernières années en matière sociétale, alors jetez-vous sur le livre Hécatombe. Pensées éparses pour un monde en miettes, signé Xavier Eman, auteur à la plume toujours incisive et dont les lecteurs notamment de la revue Éléments se délectent à chaque nouveau numéro. » Un entretien de nos amis de Breizh-Info.
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BREIZH-INFO. Qu’est-ce qui vous a poussé à compiler vos sorties sur les réseaux sociaux en un ouvrage ?

XAVIER EMAN : Je n’ai pas pour habitude de dénoncer mais je vais faire une exception : c’est François Bousquet, le rédacteur en chef d’Élément et directeur des Éditions de la Nouvelle Librairie qui a pensé que cela pouvait avoir de l’intérêt et m’a incité à faire cette sélection de textes. C’est donc vers lui qu’il faut se tourner en cas de réclamation.

BREIZH-INFO. Si je vous disais que votre livre ressemble au fruit d’une rencontre entre Jean Roucas, Michel Houellebecq et Drieu la Rochelle, qu’est-ce que cela vous inspire ?

XAVIER EMAN : Cela fait un sacré grand écart ! J’aurais sans doute préféré que vous évoquiez Jean Yann, même si le « Bébêtes show » de Jean Roucas a rythmé les débuts de soirées familiales dans mes (lointaines) jeunes années… Mais si vous voyez dans mes écrits un (tout petit) peu de la profondeur de Drieu, de la qualité d’observation de Houellebecq et que le tout est saupoudré d’une touche d’humour, cela me convient évidemment parfaitement !

BREIZH-INFO. Ce qui frappe dans votre style globalement, c’est un certain cynisme vis-à-vis de bon nombre de nos concitoyens. Notre société est-elle si nauséabonde que cela ?

XAVIER EMAN : Notre époque est très largement abjecte, je pense que cela ne fait pas débat. Tout, de la mode à l’art en passant par les relations humaines, la publicité, les loisirs, la télévision, le cinéma (vous avez vu la dernière « Palme d’or » de Cannes ?) y est laid, bas et vulgaire. La violence la plus extrême et la plus gratuite est omniprésente. La bêtise et l’inculture crasse règnent en implacables et arrogantes maîtresses. Que penser d’une société où l’on en est arrivé à remettre en cause la différence entre un homme et une femme et où l’on encourage des gamins à changer de sexe au gré de leur « ressenti », créant volontairement des monstres condamnés à la dépression médicamenteuse et, souvent, au suicide ?

Mais une fois que l’on a fait ce constat – bien peu original – on n’a pas dit grand-chose… La crudité du diagnostic n’a que peu d’intérêt si celui-ci n’a d’autre finalité que lui-même. La description du mal n’a de sens que dans l’optique de le combattre et, à terme, de l’éradiquer. Il ne s’agit pas de se complaire dans le « tout est foutu » mais de piquer au vif notre orgueil endormi afin de tenter de renouer avec ce que nous avons été et que nous pouvons encore être… des hommes imparfaits mais dignes, fiers et debout.

BREIZH-INFO. Vous n’épargnez pas – c’est l’une de vos marques de fabrique – la droite conservatrice et catholique à travers des exemples du quotidien (et beaucoup de renoncements). Seriez-vous profondément anti-réactionnaire ?

XAVIER EMAN : Ne soyons pas hypocrites, si j’étais contraint de choisir, comme lieu d’habitation, entre Versailles et La Courneuve, j’opterais sans hésitation pour la ville de Monsieur Thiers et de ses fusilleurs. L’instinct de survie, sans doute. Dieu merci, il existe encore quelques alternatives… Ce que je brocarde, en fait, c’est surtout la frilosité, la lâcheté, la démission des nantis, des privilégiés, des héritiers qui liquident l’héritage… Je n’aime pas les gens qui ont beaucoup reçu et qui ne redonnent rien… Je n’aime pas les gens qui pensent devoir leur statut avantageux du moment à leurs seules qualités personnelles ou familiales alors qu’ils sont le fruit d’une histoire, d’une terre, d’un pays et des sacrifices immenses consentis par l’ensemble d’un peuple… Je n’aime pas les gens qui veulent simplement sauver le décorum et les conventions du « monde d’avant »… Ce que je reproche à la droite « conservatrice et catholique », c’est d’être, en réalité, libérale et pharisienne.

BREIZH-INFO. Ne trouvez-vous pas que l’ère covidienne que nous traversons est un formidable révélateur des âmes, qu’elles soient celles des personnages médiatiques, scientifiques, politiques de notre temps, comme celles des individus « lambdas » ? Que retiendrez-vous de cette période ?

XAVIER EMAN : L’extrême fragilité de la liberté, déjà relative, qui nous était accordée. Et finalement, le peu d’attachement de la plupart des gens pour celle-ci, à laquelle ils préfèrent le confort et la perspective de vacances à Ibiza. Je suis aussi frappé par la rapidité avec laquelle le pouvoir a jeté le masque « démocratique » pour recourir à l’autoritarisme le plus implacable, le tout accompagné d’un mépris social de plus en plus assumé. Les pires prédictions des auteurs de science-fiction sont en passe d’être dépassées et, finalement, cela se déroule très bien, très calmement… On a pourtant été prévenus, mais ça n’a servi à rien.

BREIZH-INFO. Au-delà de ces réflexions, vous avez choisi David l’Épée pour faire la préface de votre livre. Qu’est-ce qui vous rassemble ? Qu’est-ce qui vous oppose ?

XAVIER EMAN : David est une personnalité aussi attachante qu’originale. Déjà, il est Suisse, chose passablement incongrue. En plus, il est Robespierriste, ce qui, pour quelqu’un comme moi qui a été élevé dans une maison où la Révolution française était la « grande catastrophe » et le 14 juillet 89 le « triomphe des ivrognes et des prostituées », est forcément assez « dépaysant »… Avec David, nous sommes rarement d’accord, ce qui donne de l’intérêt à nos conversations, mais je pense que si vient un jour le temps des barricades, nous nous retrouverons du même côté de celles-ci, où nous ne servirons d’ailleurs sans doute pas à grand-chose, comme tous intellectuels (ou assimilés) qui se respectent…

BREIZH-INFO. Le Xavier Eman des livres et des écrits – David l’Épée le dit d’ailleurs parfaitement – l’homme des réflexions piquantes et en même temps si vraies qu’il distille à longueur d’années sur plusieurs plateformes ou revues, n’est pas forcément l’homme ouvert d’esprit, militant, drôle et travailleur infatigable que ses camarades et amis connaissent . Y a-t-il une forme de Docteur Xavier et Mister Eman chez vous ?

XAVIER EMAN : Je suis un partisan de ce que l’on appelle l’« autonomie de l’œuvre », c’est-à-dire que c’est l’œuvre – le texte – qui compte et pas celui qui l’écrit. Est-ce que le propos est juste, vrai, intéressant, drôle ? Voilà ce qui est vraiment important. Le reste est très accessoire. Dans un monde rêvé, tous les livres seraient anonymes et on les jugerait alors en dehors de toute considération sur la biographie, la notoriété, le physique, les défauts ou les qualités de leur auteur.

Mais pour répondre de façon un peu moins générale  à votre question – et au risque de paraître pédant – j’ai de l’écriture une conception assez exigeante dans le sens où je la vois comme une tension vers la vérité. Pour ce faire, elle ne doit pas s’embarrasser des précautions, préventions,  atténuations, arrangements, politesses, qui sont nécessaires, et même indispensables, à la vie quotidienne. Je vis, naturellement, pour faire plaisir, protéger, aider et chérir mes proches, mes amis et mes intimes. Je n’écris pas pour cela. La dichotomie entre les deux peut parfois susciter des incompréhensions, des césures voir des blessures. L’écriture, comme la révolution, n’est pas une soirée de gala. 

BREIZH-INFO. Bon, puisqu’il faut bien conclure, auriez-vous tout de même quelques mots d’espérance à communiquer à nos lecteurs, ou bien au contraire quelques piques bien placées qui leur donne matière à les faire réfléchir ?

XAVIER EMAN : Il existe, fort heureusement, de nombreux motifs d’espérance… Il y a déjà, pour certains, la grande espérance de la Foi. Ensuite, il y a les grandes joies apportées par la famille, l’amitié, la camaraderie, l’amour d’une femme… Il n’y a pas qu’en politique que le désespoir est une sottise absolue. Quoi qu’il arrive, nous faisons un assez bref passage sur terre – ce que semblent oublier certaines personnes pour qui la survie parait être devenue le but unique et absolu – et nous devons occuper au mieux ce temps qui nous est imparti, de toutes les manières possibles mais surtout en étant au service d’une cause plus grande que nous. Je ne vois pas comment donner du sens à la finitude humaine autrement que par l’inscription, à un niveau ou un autre, dans une œuvre collective intemporelle au service du Vrai et du Beau. Il faut créer, agir, aimer, éduquer, produire, chanter, semer, guerroyer, bâtir, transmettre… Les seuls véritables crimes sont la passivité et l’abandon.


Propos Yann Vallerie
Source : Breizh-Info

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