Bien avant les satellites, les GPS et les cartes d’état-major, les Grecs avaient compris une vérité fondamentale : penser l’espace, c’est déjà exercer le pouvoir. Des périples des navigateurs aux calculs des astronomes, ils ont transformé l’observation du monde en une science de la mesure et de la domination. Cartographier la terre, c’était déjà l’ordonner et la placer sous le regard de l’homme. Cette révolution intellectuelle culmine avec Ptolémée, dont le système de coordonnées imposera sa vision du monde pendant quinze siècles. Mais la carte n’est jamais innocente : instrument de savoir, elle est aussi instrument de puissance. Chez les Grecs, la géographie naît ainsi au croisement du logos, de la guerre et de la politique, comme une manière de saisir le monde pour mieux l’habiter et parfois pour mieux le conquérir. Une leçon d’histoire et de philosophie par Olivier Battistini.