Carnet de bord d’un néo-urgentiste au temps du coronavirus #3 : le manque de place oblige à des choix draconiens

Membre de la rédaction d’Éléments depuis plus de vingt ans sous pseudonyme, le docteur François Delussis est neurologue dans un hôpital de la région Rhône-Alpes. En direct des urgences, il nous livre son carnet de bord quotidien. Aujourd'hui, le manque de place l’oblige à faire des choix draconiens.
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Jeudi 2 avril

Nouvelles cargaisons de masques arrivées tôt ce matin, une fois de plus au tout dernier moment.

13 cas suspectés depuis hier soir. Dans le « secteur Covid » des urgences, l’atmosphère est lourde. La plupart des patients admis sont en état limite, porteurs de troubles respiratoires pouvant à tout moment se majorer. Les formes plus légères viennent en effet beaucoup moins à l’hôpital qu’au début de la pandémie. « Charlotte » pour les cheveux, lunettes, masque, gants, blouse et surblouse, les soignants se reconnaissent à la voix. L’essentiel de leur action consiste à être rassurant pour les patients tout en les surveillant de près.

Concernant la région Rhône-Alpes, 2 500 patients atteints du Covid-19 sont actuellement hospitalisés, dont le quart en réanimation. Près de 300 décès ont été rapportés à ce jour.

Une femme d’origine capverdienne d’une quarantaine d’années se présente. Depuis quelques jours, elle met plus de temps que d’habitude à reprendre son souffle après son accès de toux matinale. Grosse fumeuse (deux paquets par jour depuis 15 ans), elle est coutumière de ces symptômes, mais ils lui semblent plus marqués. Elle n’a pas de fièvre. La radiographie pulmonaire est malheureusement sans appel : une volumineuse tumeur de la partie supérieure du poumon droit y apparaît… mais d’autres anomalies plus diffuses sont évocatrices de l’infection au Covid-19. Cette double pathologie risque de remettre en cause son transfert en « réa » si son état finit par le nécessiter. Le manque de place oblige en effet à faire des choix de plus en plus draconiens.

Carnet de bord d’un neo-urgentiste
– Lundi 30 mars et Mardi 31 mars – Coronavirus #1
– Mercredi 1 avril – Coronavirus #2 : la tension monte à l’hôpital

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